LA MAISON DE JOSÉPHINE
rien, la solitude, des arbres, des pièces d'eau, du froid, des chambres en ruines et, à côté, une villasse la plus provinciale qui soit, où, pour ses grands dîners, à l'admiration de ses administrés, M. le préfet pare sa table de fleurs artificielles que la baronne, sa tendre épouse, a portées dans ses cheveux tout l'hiver.
La révolte de l'entourage contre le despotisme de l'Empereur exilant, chez les Ebroïciens, l'Impératrice- Reine couronnée et sa Maison — sa Maison surtout! — de loin, fait rire, mais de près ! N'est-ce pas une preuve de dévouement, tout à fait hors des conventions et des usages, que de suivre ainsi sa maltresse, à la fin de l'hiver, dans un ehâteau abandonné ! Gomme on la fait valoir et comme il faudrait à Joséphine de son influence d'autrefois, comme il lui faut à présent de largesses pour triompher des mauvaises humeurs 1 comme les excuses se multiplient pour ne point la rejoindre et comme on sent, chez ceux <jae la nécessité retient, l'âpre désir de fuir 1
Au lendemain du divorce, lorsqu'il s'était agi de désigner et de nommer la Maison de Joséphine, l'Empereur était encore dans toute la ferveur de ses regrets et beaucoup de ceux qui avaient demandé à en faire partie, s'étaient imaginé qu'ils perdraient peu à n'être pas employés près de la nouvelle souveraine; que, conservant leurs rangs et leurs prérogatives, ils ne manqueraient point de paraître à la Cour, d'assister aux fêtes et peut-être même d'approcher l'Empereur plus familièrement. Il y avait eu, chez quelques-uns, l'idée que Joséphine, livrée à elle-même, serait une
proie facile pour qui se mêlerait de la conduire, que ce ne serait pas un vilain rôle que celui de guide et de conseiller, de moniteur et d'intermédiaire et que, en servant ainsi de trait d'union avec l'Empereur, on en aurait des revenants-bons d'influence, d'éclat ou tout simplement d'intrigue. D'autres, sachant comme elle était incapable de calculer et de s'enquérir, comme facilement elle était prodigue, avaient compté que, restant près d'elle, ils joindraient à leurs fonctions, jadis purement honorifiques, des directions actives, lucratives surtout, et trouveraient des agréments de vie qui compenseraient amplement leur renoncement, d'ailleurs presque forcé, à l'existence parisienne. Certains avaient sollicité d'entrer dans la Maison, au moment où elle diminuait d'éclat parce qu'ils n'eussent pu y aspirer lorsqu'elle était dans sa splendeur et que t pourtant, cela demeurait une fonction de cour et un acheminement à quelque baronnie, peut-être même à l'étoile de la Légion. Ceux-ci étaient restés parce qu'on n'eût voulu d'eux nulle part ailleurs, et ceux-là étaient entrés parce que la place les ferait vivre, ou les mettrait, mieux qu'un remplaçant, à l'abri du service militaire. Enfin, car l'espèce humaine, même à une cour, peut fournir de ces surprises, on eût cité jusqu'à deux personnes qui ne paraissaient point avoir cédé à ces mobiles et qui avaient agi, semble-t-il, par dévouement, au moins par cette sorte d attendrissement qui, à des jours, jette dans des engagements dont on ne sait ensuite comment se défaire. Mais le dévoue* ment, même héroïque, s'il allait jusqu'à Malmaison