‹ Joséphine répudiéeChapitre 57 sur 165 · LES DÉFECTIONS · texte numérisé non relu

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et l'Elysée, n'allait pas jusqu'à Navarre et Joséphine « ayant invité toutes les personnes de sa maison à y venir », la plupart avaient fourni de bons prétextes ou de mauvais, pour rester à Paris.

La première défection, la plus sensible sans doute, avait été celle de M m ° Ney, Joséphine l'avait vue grandir, l'avait donnée pour compagne à Hortense, l'avait reçue, produite, mariée — et quel mariage et comme elle s'y était employée 1 — Au divorce, elle avait accueilli avec joie la proposition que lui faisait M** Ney de la suivre dans sa retraite. Outre qu'elle lui portait Tune des meilleures parts de cette sorte d'attachement qu'elle était capable d'éprouver, elle ne manquait pas de penser que, belle et élégante comme elle était, maréchale et duchesse d'Empire, elle parerait la Maison et au moins y mettrait une femme titrée. Mais, la maréchale, au moment où elle s'était engagée, n'avait pas consulté son mari. Ce ne fut qu'après le départ de l'Impératrice pour Navarre qu'elle reçut ses ordres. Ney était en Espagne et trois mois pour correspondre n'était point extraordinaire. Or, le maréchal prisait peu, dès lors, les sacrifices inutiles et il signifia fort nettement à sa femme qu'elle eût à quitter l'astre couché pour porter ses tendresses à l'astre levant. Joséphine en reçut la nouvelle de façon à achever son déplaisir. Elle répondit du ton juste qu'il fallait et si, dans sa lettre, elle se souvenait trop peu qu'elle avait été et qu'elle restait impératrice, au moins étaitelle une dame, c II m'eût été doux, disait- elle à la maréchale, de ne pas me séparer de vous. Les senti*

ments que je vous porte vous sont connus depuis longtemps et la preuve d'attachement que vous m'aviez donnée en vous fixant près de moi me les avait rendus encore plus chers. Mais, je sais que le premier devoir d'une femme est d'être soumise à son mari. Votre obéissance est juste et j'accepte votre démission. Recevez l'assurance de mes regrets et de l'amitié qui m'attachera toujours à vous. » Et elle ajoutait : « Je ferai connaître à l'Empereur et je seconderai de mon mieux le désir de votre mari pour que vous soyez attachée à l'Impératrice. » N'avait-on pas, au fait, passé la mesure en requérant ainsi son intervention et, donnée ainsi, la leçon n'était-elle pas jolie — mais serait-elle comprise?

Pour une qui, franchement, quittait la place, combien étaient prêts à déserter à la muette : passe pour le premier aumônier, M. de Barrai, archevêque de Tours, l'ancien aumônier de la princesse Caroline, Sénateur et archevêque, il est obligé d'assister aux fêtes du mariage. S'il ne vient pas à Navarre, il saura, en des circonstances plus graves, payer de sa personne et attester sa fidélité. Certes, il doit beaucoup à Joséphine dont il est l'allié, — son frère, le général, ayant épousé la seconde fille de Fanny de Beauharnais, — mais il doit peut-être moins que d'autres, car, dès 1788, il était évêque de Troyes. D'ailleurs 1 evêque d'Evreux, tout porterie remplacera fort bien. Le culle n'étant point des nécessités pour l'Impératrice, les deux chapelains, l'abbé Jean Mondot de Beaujour et l'abbé Malfillâtre, peuvent, sans inconvénient, rester

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à Tours où ils sont, l'un chanoine et l'autre grand vicaire ; mais pour le chevalier d'honneur c'est bien différent. Il est dès maintenant la cheville ouvrière de la Maison, a étant chargé, dît le règlement, outre les fonctions qui lui sont propres et qui consistent particulièrement h accompagner Sa Majesté, de veiller à lagarde de Sa Majesté, soit dans ses palais, soit dans ses voyages, de la police des habitations et de la distribution des logements, » De plus, ce chevalier d'honneur, le comte André de Beaumont, vit depuis tantôt six ans près de Joséphine, il sait toutes ses ' habitudes et connaît les moyens de l'égayer en se rendant le plastron des plaisantes imaginations de ses collègues; il se prête à tout pourvu que Sa Majesté se trouve satisfaite et qu'elle daigne sourire. Malheur reusement, il vient d'être désigné par le Sénat comme député au Corps législatif pour le département d'Indre-et-Loire ; en ces conditions peut-il manquer aux fêtes et aux cérémonies ?

De chambellans, il pourrait y avoir M. Louis de Montholon, le comte de Montholon tout récemment nommé, mais à peine a-t-il paru pour faire sa révérence de remerciement. On ne sait rien de lui, sinon qu'il est frère du chambellan de l'Empereur, ministre à Wurtzbourg et qu'il tient son comté d'Empire de la bonne grâce de son beau-père Se" m on ville, lequel, le 28 mai 1809, aobtenude lui transmettre le sien; aussi, qu'il a vingt-cinq ans et qu'au berceau, il collectionnait déjà des titres, puisque à douze mois il éta chevalier de Malte de minorité. Il ne s'arrêtera ps

là ', mais, pour le moment, il trouve sans doute son habit de chambellan trop seyant à Paris pour l'exiler en province.

Les dames du Palais, quoiqu elles doivent être blasées sur des plaisirs qui leur sont moins nouveaux qu'à M. de Montholon, ne se pressent pas davantage. On attend M™ Colbert, M Ue de Canclaux, qui, dans le grand deuil où Ta jetée la mort de son mari, tué à l'ennemi le 3 janvier 4809, a été des premières à demander à rester de la Maison ; on espère M ne Octave de Ségur, M Ue d'Aguesseau, modèle moins parfait d'amour conjugal, à qui la place manque plutôt près de la nouvelle impératrice que le désir de l'occuper ; mais on demeure sans nouvelles de M** de Turenne qui va bientôt imiter la maréchale Ney; de M™ Walsh qui a eu d'autant plus de mérite à rester fidèle qu'elle a dû lutter davantage contre son odieux mari; surtout de celle, qui, à Hortense comme à Joséphine, a le mieux fait sonner son dévouement : M™ de Rémusat Attachée à l'Impératrice comme elle dit l'être, lui devant tout, ce qu'elle montre et ce qu'elle ne montre pas, que ne vient-elle, en ces tristes jours, lui tenir compagnie? Sans doute a-t-elle pensé que, H me de la Rochefoucauld partie, elle seule restant des dames du

1 M. Louis de Montholon, gentilhomme de la chambre des rois Louis XVI II et Charles X, obtint par lettres patentes du 14 août 1829, la substitution en sa faveur de la pairie et du titre de marquis de M. de Sémonville ; il ne put jouir de la pairie, son beaupère ayant survécu à la monarchie légitime, mais il acheta de la chambre apostolique la terre d'Umbriano et, par bref pontifical du 1" octobre 1847, fut déclaré prince d'Umbriano del Precetto. 11 se fit dès lors appeler prince de Mon Iholon-Séinon ville

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