‹ Joséphine répudiéeChapitre 59 sur 165 · LES PRÉSENTS — M" D'ARBERG · texte numérisé non relu

LES PRÉSENTS — M" D'ARBERG

confiance, chambellan et soldat, en attendant qu'il soit préfet, est à ce moment même employé à Valençay près des princes d'Espagne. Toute la famille est donc compromise au point qu'elle ne puisse se détacher et, à défaut des sentiments, l'intérêt garantit le dévouement.

Qu'il se fut élevé des compétitions et qu'il se fut produit des intrigues, nul doute, mais l'Empereur n'a pu hésiter. D'ailleurs, la place qu'il a confiée à M" 6 d'Àrberg, n'était point, telle qu'il la comprend, une sinécure et il lui faudra, pour la remplir à peu près, tout le tact qu'elle possède. Connaissant sa femme, sachant ses entraînements, désireux d'éviter à sa dignité les fréquentations où, seule, elle ne manquerait pas de retomber ; décidé à prévenir les familiarités dangereuses, l'introduction dans l'intimité de personnages douteux, les laisser- aller qu'amènent l'ennui et l'oisiveté de la campagne, l'Empereur a prétendu mettre l'honneur de la Maison sous la sauvegarde de M me d'Arberg. Elle seule en aura la direction : « La dame d'honneur, dit le règlement, est chef de toute la Maison de Sa Majesté. Elle est particulièrement chargée de régler le service des appartements, soit appartement d'honneur, soit appartement intérieur, celui de la garde-robe et des atours de Sa Majesté. » De fait, c'est l'établir en camerera major, et pour suivre strictement cette loi, Joséphine ne pourrait faire un pas sans en demander permission ; il serait donc à craindre qu'elle ne prit en haine sa gouvernante, ne la mit hors de sa cou-

fiance et trouvât plaisir à la contrarier, mais l'habileté de M™ d'Arberg consistera justement à prévenir plutôt qu'à défendre, à se relâcher sur des' points pour en gagner d'autres, à abandonner, par exemple, le contrôle sur les dépenses des atours et de la garde* robe pour se réserver le contrôle sur les présentations, les visites, la tenue dans les salons et, si Ton peut dire, la respectabilité de la Maison. Si elle ne put tout éviter, au moins, le plus souvent, sauva- t-el le les apparences. Certes la déplorable faiblesse de Joséphine pour les actrices, les modistes, les couturiers, les demoiselles à talents et à jolis minois, le besoin qu'elle a d'être entourée, de trouver près d'elle de la jeunesse, de s'en amuser et de s'en distraire, amènera encore bien des compromissions et déchaînera bien des orages, mais, M ma d'Arberg présente, les batailles de dames ne retentiront pas au dehors, les personnes encombrantes recevront leur congé et les visiteuses, telles que M Ue Rau court, resteront chez elles, au lieu de s'inviter à déjeuner sous prétexte d'une passion immodérée pour les fleurs.

M me d'Arberg s'entend donc à donner à ce premier séjour à Navarre la dignité qu'on y doit garder, mais elle y a d'autant plus de peine qu'elle est seule à savoir ce qu'ordonne l'étiquette et ce que commandent les convenances, Joséphine n'ayant trouvé pour la suivre que deux dames qui n'ont pas de titre auprès d'elle, qui n'ont jamais vécu à la Cour, qui n'en connaissent point les habitudes et qui, par leur pauvreté, sont réduites à se réjouir d'être hébergées. Joséphine a

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