LES DAMES DU PALAIS HONORAIRES
obtenu pour elles un titre de dames du Palais honoraires, ce qui a étonné, l'honorariat ne s'accordant d'ordinaire qu'après des services ; mais il faut bien qu'on se contente avec ce que Ton trouve, et l'empressement a été tel pour venir à Navarre qu'encore est-on heureux que ces dames y prêtent leur compagnie.
L'une, M a * d'Audenarde — M me de Lalaing vicomtesse d'Àudenarde — est bien née, étant Peyrac. Elle a été une des femmes les plus jolies, les plus riches et les plus en vue à la cour de Bruxelles où son mari a eu les titres de chambellan de l'impératrice et de grand maître des cuisines. Ruinée à plat par la Révolution, elle s'est intriguée comme il faut, avec l'aide de sa sœur, M 1119 de ôouvello, pour se sortir d'embarras, et elle y est parvenue ; elle a retiré son fils du service d'Autriche où il était sous -lieutenant, Ta fait, en France, capitaine d'infanterie, puis écuyer de l'Impératrice, chef d'escadrons, colonel, baron, légionnaire; elle Fa marié à M 116 Dupuys, la fille du conseiller d'État, ancien intendant de l'Ile-de-France; et, quant à elle, elle s'est introduite chez Joséphine, qui, à présent, la loge, l'habille, la mène partout, la comble de présents et lui confie ses affaires les plus secrètes. L'autre dame, M™* de Viel-Castel, accompagne son mari nommé chambellan au divorce. C'est un homme de bonne maison, car les Salviac de Viel-Castel sont anciens; mais, dès avant la Révolution, ils étaient aussi peu fortunés qu'ils étaient nombreux. Le père du chambellan, le douzième de treize enfants, a borné sa carrière à une compagnie au régiment d'Auvergne.
M2 JOSÉPHINJB RÉPUDIES
Lui-même, sorti des pages du Roi en 1784, déjè marié ea 1789, i lf Ue du GriBblet de Lentillac, a émigré eu 1791 avec quatre de ses frères et a fait la campagne de 1793 dans le corps du duc de Bourbon. Rentré, il a, dit-on, connu Joséphine et, devenu veuf» s'est remarié en 1797 i M 11 * de Lasteyrie du Saillant* nièce de Mirabeau et ci-devant chanoinesse de Rexniremont. Il vivait fort modestement à Versailles avec ses septenfants, et, jusque-là, avait vainement sollicité. Le divorce lui a été une occasion. Il a rappelé les anciens souvenirs, s'est fait appuyer par son beau-frère Lasteyrie, récemment nommé chambellan de l'Empereur, et a emporté la place qui doit assurer, à sa femme et à lui» le vivre, le couvert et divers menus- suffrage* qu'il se chargera d'augmenter.
L'autre chambellan est tout aussi neuf : c'est M. de Turpin de Crissé qui s'appelle Lancelot comme le valet de carreau et qui d'ailleurs dit y avoir des droits d'histoire. En tout cas, sa famille était établie en Anjou au xm e siècle et avait constamment marqué : \ la Révolution, son grand-père était lieutenant général et cordon rouge, son père colonel de Berchiny. Tout enfant, à neuf ans, il a suivi ses parents en émigration et au retour, dix ans après, s'est trouvé si dépourvu que, profitant du goût qu'il avait pour peindre, il a essayé de s'en faire un métier. Dès 1806, il envoyait au Salon des paysages qui rivalisaient presque avec ceux de son ami, H. de Fortin, mais il n'a pas rencontré de princesse Pauline. U est donc resté le satellite assez terne de cet astre mondain et en atten-