LES CHAMBELLANS ET LES ÉCUYERS
dant l'héritage de son cousin, le marquis de Lusignan, il s'est tarare fort heureux d'endosser l'habit de chambellan où il ne peut manquer d'accrocher quelques croix et qui lui procurera infailliblement d'abord un titre de baron, puis, chose plus utile, un bon mariage. A une telle cour, M. de Turpin est d'ailleurs de ressource ; un peintre amateur y est apprécié et sait amuser les soirées de campagne.
A l'écurie, pour des raisons diverses, le personnel est presque au complet. Le premier écuyer, se sou- Tenant des prérogatives dont jouissait, dans l'ancienne maison le premier écuyer de l'Impératrice, seul chef de service d'ailleurs et seul présent des premiers officiera, n'a eu garde de manquer l'occasion de s'installer en maître. On l'appelle M. Honoré Monaco. C'est le fik aîné et l'héritier désigné de Très haut et Très puissant prince Honoré IV, ci-devant prince de Monaco, Menton et Roquebrune, duc de Valentinois, marquis des Baux, le duc le plus titré parmi les pairs de France. Il n'en est pas mieux rente. A vingt ans, affirment les généalogistes, il a servi et il a été blessé à Hohenlinden. De 4806 à 1808, après un passage comme officier d'ordonnance dans l'étatmajor de l'Empereur, il a été employé près de Murât. En tout cas, lorsque, par décret signé à Schœnbrùnn le 7 juin 4809 il a été nommé écuyer de l'Impératrice, en n'a peint rappelé ses services militaires. Au divorce, le général Ordener, premier écuyer, a été appelé au gouvernement de Compiègne, et tous les éeuyers militaires qui étaient du service de VImpéra-
trice ont passé chez l'Empereur ; « le sieur Honoré Monaco », seul conservé, s'est donc trouvé le plus ancien. C'est un joli homme, qui s'entend aux chevaux, et fait le grand seigneur ; on Ta mis à la tète du service et bien que, par le règlement, il soit chargé seulement de tout ce qui concerne l'écurie, il se trouve, par l'absence de M. de Beaumont, le chef de la Maison.
Les deux écuyers qui lui sont adjoints M. Frédéric Pourtalès, et M. d'Andlau ne sont pas pour le gêner. M. Pourtalès, qu'un amour très vif et partagé a appelé dans la Maison, vient d'avoir trente ans. Il est le petit-fils d'un Jérémie Pourtalès, religionnaire du Gard, qui, parti de France à la suite, dit-on, de la Révocation de l'Edit de Nantes, est venu, en 1720, s'établir à Neuchàtel en Suisse, où, par son active probité, il a fait fortune. Il a longtemps, la balle au dos, couru les vallées, puis s'est établi négociant et s'est trouvé assez riche, en 1750, pour prendre ou recevoir des lettres de noblesse de Frédéric II, roi de Prusse et souverain de Neuchàtel. Son fils, qui a augmenté singulièrement son bien, a eu lui-même trois garçons qui se sont lancés dans le grand monde. Le troisième, Frédéric, servait en 1806 dans les Gendarmes de la Garde et démonté, ayant perdu son corps d'armée, il a été pris à Postdam comme la plu* part de ses camarades. Le général Oudinot qui, à Neuchàtel, lorsqu'il y est venu pour le compte de Berthier, a été l'hôte d'un Pourtalès, l'a réclamé, l'a comblé d'attentions et l'a fait entrer dans l'armée
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française. Berthier, fort vain d'avoir dans son étatmajor un de ces sujets qui eût servi, et même qui eût fait la guerre contre la France,, s'est emparé de lui tout aussitôt et Ta nommé son aide de camp. Le nom, tout neuf, a de l'allure et se prête à la particule ; les écus du porte-balle y mettent du brillant et bientôt H. Frédéric de Pourtalès a compté parmi les plus fringants et les plus dépensiers de la maison militaire, du major général, la plus fastueuse et la plus bruyante de l'Empire. Il ne s'en est pas moins laissé prendre à une de ces bonnes fortunes qu'on ne ménageait guère aux ce cocos de Berthier » et, pour se rapprocher de sa belle, il vient de quitter l'armée pour cette place d'écuyer.
Quant à M. Hardouin- Gustave d'An dl au qui n'a pas encore vingt-trois ans, son histoire tient en son nom, des plus anciens et des plus illustres d'Alsace et d'Allemagne : son frère est chambellan de l'Empereur et son mariage à lui-même est arrangé avec M"* Tourteau d'Orvilliers.
On est donc mieux en hommes qu'en femmes :
aussi Joséphine veut-elle donner l'entrée dans les appartements à sa lectrice, M me Gazzani, qui a sollicité de garder sa place, et dont le mari est toujours receveur général de l'Eure. Sans doute, les soupçons sont dissipés qu'elle a eus sur elle et qui lui faisaient recommander au Cabinet noir la correspondance de M me Gazzani avec M me de Montmorency. Il y a un précédent fourni par l'Empereur même, en 1807, à Fontainebleau, mais les dames honoraires sont choquées et la Cour clabaude — sauf M. de Pourtalès.
fM JOSÉPHINE RÉPUDIÉ
Pourtant c'estavec M me Gazzani que Joséphine peut te mieux causer de l'infidèle et sans établir trop de différence entre leurs deux situations, elle estime sans doute qu'il suffit qu'elles aient été Tune et l'autre abandonnées par le même homme pour qu'elles ' puissent à son sujet échanger des impressions.
Aussi bien» M"* Gazzani ne pourrait entrer plus avant dans sa familiarité que les femmes de garderobe; celles-ci, les seules de tout le service intime qui lui soient restées — pas toutes encore et le départ de Tune d'elles lui a été un gros crève-cœur. Si elle a vu avec satisfaction disparaître les premières femmes, MM™ 6 * Saint-Hilaire et Bazan dont elle s'était embarrassée sans jamais s'en servir; aussi les quatre dames d'annonce officiellement dénommées femmes de chambre et qui remplaçaient les huissiers dans l'Appartement intérieur; lorsque l'Empereur lui a .demandé pour garde des atours de la nouvelle Impératrice, celle de ses femmes de garde-robe en qui elle a mis toute sa confiance : M Ue Aubert, c'a été un désespoir et un redoublement de larmes. Plus encore peut-être, quand, sans même la prévenir, il a, d'autorité, enlevé et fait partir pour Braunau Duplan, son valet de chambre coiffeur, le seul qui fût capable de la coiffer i son goût. Il n'est donc resté près d'elle de sa domesticité personnelle que Al** Charles, M me Fourneau et M 119 Avrillon auxquelles elle a joint comme garde d'atours M me Poyard, née Odelucq. Elle a toujours en hommes, les premiers valets de chambre : Frère et Dou ville ; mais elle n'a qu'eux; l'intimité, si l'on peut dire, en est resserrée : ces gens ont derrière