CORRESPONDANCE
plus. — elle laisse ce soin à Eugène — et elle se réserve le sentiment. Par là, elle agira bien mieux sur Napoléon, obtiendra bien plus sûrement ce qu elle souhaite, car elle aura fait vibrer en lui une corde que la plupart ignorent, la plus sensible pourtant, celle par qui le conquérant, le fondateur de dynastie est resté l'élève et le fils moral de Jean -Jacques. Eugène emporte cette lettre : « Mille et mille tendres remerciements de ne m'avoir pas oubliée. Mon fils vient de m 'apporter ta lettre. Avec quelle ardeur je l'ai lue et cependant j'y ai mis bien du temps, car il n'y a pas un mot qui ne m'ait fait pleurer, mais ces larmes étaient bien douces ! J'ai retrouvé mon cœur tout entier et tel qu'il sera toujours : il y a des sentiments qui sont ma vie même et qui ne peuvent finir qu'avec elle»
« Je serais au désespoir que ma lettre du 29 t'eût déplu ; je ne m'en rappelle pas entièrement les expressions, mais je sais quel sentiment bien pénible l'avait dictée, c'était le chagrin de n'avoir pas de tes nouvelles.
« Je t'avais écrit à mon départ de Malmaison et, depuis, combien de fois j'aurais voulu l'écrire ! mais je sentais les raisons de ton silence et je craignais d'être importune par une lettre. La tienne a été un baume pour moi. Sois heureux ! Sois-le autant que tu le mérites ! C'est mon cœur tout entier qui te parle. Tu viens aussi de me donner ma part de bonheur et une marque bien vivement sentie; rien ne peut valoir pour moi une marque de ton souvenir
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« Adieu, mon ami, je te remercie autant que je t'aimerai toujours. »
N est-ce pas un peu trop et ne dirait-on pas qu'elle passe la mesure ? Si elle est sincère, n'est-elle pas maladroite» maïs, si elle joue un jeu, connaissant son partner comme elle fait, n'est-ce pas d'une habileté suprême ? Seulement, pour que la lettre produise tout oe qu'elle est en droit d'en attendre, il faut que, de vive voix, Eugène expose les demandes sur qui le sentiment fera passer et qui, sur le papier et à la réflexion, paraîtraient sans doute indiscrètes. Malheureusement, lorsqu'il arrive à Paris, la Cour est repartie pour Compiègne; il n'est pas du voyage, et la santé d'Auguste le retient à Paris. D'ailleurs il ne voit pas si loin, n'entre pas dans les combinaisons, agit en pleine franchise. En même temps donc qu'il envoie à l'Empereur la lettre de sa mère, il pose par primo et secundo, les demandes qu'elle Ta chargé de présenter : d'abord la question des eaux. Où ira « l'impératrice Joséphine »? Gorvisart a parlé d'Aix-la-Chapelle, mais elle n'y tient pas et, si l'Empereur doit voyager de ce côté, on peut trouver ailleurs des eaux également salutaires. « L'impératrice Joséphine, dit-il à l'article deux, a formé k peu près les projets suivants si Votre Majesté n'y trouve rien de contraire, savoir : de se rendre, & la fin de mai, aux eaux qui lui seront ordonnées, en s'arrêtant quelques jours à Malmaison ; passer trois mois aux eaux ; parcourir après le midi de la France, profiter de la saison d'automne pour voir, avec la permission