‹ Joséphine répudiéeChapitre 67 sur 165 · RETOUR A MALMAISON · texte numérisé non relu

RETOUR A MALMAISON

Navarre lui devient agréable parce qu'elle se sent libre de rompre le ban, — si elle n'était occupée d'Hortense dont la santé, depuis sa déportation en Hollande, est devenue, paraît- il, tout à fait mauvaise. Elle espère au moins ravoir près d'elle aux eaux,* et, après lui avoir prêché Aix-la-Chapelle, elle lui prêche Aix-en- Savoie. C'est décidément là qu'elle va. « Ma santé, dit-elle, a surtout besoin de distraction et j'espère en trouver davantage dans un pays que je n'ai pas encore vu et dont la position est pittoresque. » Ces eaux, sont souveraines pour les nerfs, « c'est pourquoi, dit-elle à sa fille, je t'engagerais à les prendre de préférence à celles de Plombières ». C'est sa façon — et elle est commune alors — d'entendre les eaux, mais elle n'y tient pas tant qu'au joli ménage qu'elle ferait à Aix avec Hortense. Presque pas de suite; on voyagera incognito ; on logera ensemble, on promènera en calèche; on ira en bateau : elle voit tout en rose : n'est-ce pas demain qu'elle revient à Malmaison? C'est le 15 mai, le jour même où l'Empereur s'en va à Anvers. Les six semaines ont paru longues, mais comme le retour est plus joyeux que n'était le départ : le spectre de l'exil a disparu; la vie s'arrange et il y aura encore de bons jours.

ON ERRE 15 mai - 22 Doyembre 4810.

Une joie que ee retour. La nature est en fête et Mal* maison, Henri comme un bouquet, s'offre à la maîtresse revenue en la splendeur renouvelée de son printemps ; et des tulipes de Hollande que si rarement elle a vues s'épanouir aux jacinthes qu'elle n'a point encore admirées, des roses qui se varient et se nuancent à l'infini aux lilas qui argentent les buissons d'un vert naissant, des marronniers aux faux ébéniers et aux noyers du Japon, de la pointe des arbres au ras du parterre, c'est un tapis, des murs, des voûtes de fleurs. Tous les vilains bruits sont tombés. Plus d'exil, mais / de surprenantes faveurs. « On assure, écrit à Louis M. Deeazes, que Fimpéralrice Joséphine aura une entrevue avec l'Impératrice, et qu'ensuite elle viendra passer quelques jours à Paris. » La foule accourt, d'autant plus empressée que Leurs Majestés sont à Anvers et qu'on ne craint pas de déplaire & Marie- Louise ; d'ailleurs, comme il doit y avoir bientôt

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échange de visites, ne faut- il pas se tenir en garde contre un retour de faveur dont on aperçoit certains indices. Eugène n'a-t-il pas été appelé à accompagner l'Empereur et durant le voyage n'a-t-il pas reçu des distinctions particulières ? Ne sait-on pas, par les entours de Joséphine, qu'elle a reçu de l'Empereur une lettre pleine d'affection, où il permet qu'elle prolonge son séjour à Malmaison, même après la rentrée de la Cour à Paris et où il annonce sa prochaine visite? Des indiscrétions complaisantes n'ont-elles pas laissé surprendre des copies de cette lettre et cela ne fait-il pas nouvelle?

« Mon amie, a écrit l'Empereur, je reçois ta lettre. Eugène te donnera des nouvelles du voyage et de l'Impératrice. J'approuve fort que tu ailles aux eaux. J'espère qu'elles te feront du bien. Je désire fort te voir ; je compte être à Saint-Gloud le 30 du mois. Ma santé est fort bonne. Il me manque de te savoir contente et bien portante. Fais-moi connaître le nom que tu voudrais porter en route. Ne doute jamais de toute la la vérité de mes bentiments pour toi; ils dureront autant que moi. Tu serais injuste si tu en doutais, m

Joséphine a donc tout lieu d'être contente et elle le témoigne. Elle a son petit-fils, son préféré, le dernier né d'Horlense, le petit Oui-Oui, pour qui la mère a craint le printemps de Hollande et que, pour bien des causes» elle n'a pu emmener : très souvent on le conduite Malmaison. Reste Hortense elle-même; .mais voici que» de Verdun, elle écrit qu'elle a quitté La Haye et qu'elle est en route pour Plombières.

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