BAPTÊMES
question durant les deux heures que l'Empereur a passées à Malmaison. Malgré cela, Joséphine parait fort satisfaite et « elle est d'une gatté folle toute la soirée s.
Avant qu'elle se mette en mouvement, elle se souvent de quantité d'enfants qu'elle a promis de nommer et qui espèrent son boa plaisir. On n'aura plus il est vrai» Napoléon pour parrain, mais, si Ton se dépêche, on aura Eugène. Vite, le chambellan de service écrit au favorisés que « Sa Majesté les attend tout de suite à Malmaison pour y faire les baptêmes projetés. Il faut qu'ils s'y rendent tout de suite avec les enfants. Son Altesse Impériale le vice-roi fait dire dans F instant qu'il va se rendre à Malmaison. Il ne faut pas perdre de temps. » Emoi suprême : W Louis-Mathias de Barrai, premier aumônier, est là tout disposé, le parrain et la marraine sont prêts et les enfants n'arrivent pas. Les voici enfin et quel mélange bizarre de noms, de situations, de fortunes et de destinées! C'est d'abord Joséphine-Eugénie* Valentine de Walsh-Serrant, la fille tard venue de la dame du Palais; — elle épousera un La Trémoille, duc de Thouars, prince de Tarente et de Talmont, et sera une des plus grandes dames d'Europe ; puis, Joséphine-Eugénie Ordener, la fille du général Michel Ordener, le chevalier d'honneur, te gouverneur de Gompiègne, puis, Marie-Jean-Joseph-Eugène Sue, le fils du premier médecin de la garde, — et ce sera l'auteur du Juif errant et des Mystères de Paris; enfiq Eugène-Joseph Lucas, le petit-fils d'un Lucas qui
passe pour un botaniste, parce qu'il passe pour le bâtard de M. de Buiïon et qui» de l'héritage de son père putatif, a retenu la place de gardé des galeries du Muséum d'histoire naturelle à laquelle il a joint celle d'agent de l'Institut de Franfce, -** à telle enseigne que chaque année il apporte son traitement de membre de lins ti tut à l'Empereur qui lui en fait présent. Ce Lucas qui, par les Thouin et Mirbel, s'est familiarisé à Malmaison a un fils pour qui il a obtenu la survi- Tance de ses deux places et qu'il a, à sa suite, introduit chez l'Impératrice. Or, Joséphine, qui a le goût de marier les gens, était justement en quête d'un époux pour une fille de Leroy, son marchand de modes '» Elle a pensé au jeune Lucas et voilà un ménage. Non contente d'avoir fait la fortune de son couturier et le mariage de sa fille, elle est à présent la marraine de son petit-fils et, sur un pied d'égalité avec la comtesse de Serrant et la comtesse Orderier, Leroy parade dans la chapelle de Malmaison.
Les dragées distribuées, Ton part. L'Impératrice voyage sous le nom de comtesse d'Àrberg. Elle mène avec elle l'inséparable M me d'Audenarde et M Ue de Mackau qu'elle vient d'enlever & Stéphanie de Bade. M me de Rémusat qui a besoin des eaux d'Aix la rejoindra sous prétexte de service et prendra ainsi une cure gratuite. En hommes, MM. de Turpin et de
4 Cette fille est dénommée dans cet acte de baptême Adélaïde- Françoise Bonneau ; j'ignore si elle est naturelle ou adoptée, mais quant aux personnes les Mémoires d'Auger, si précieux sur ce coin de société, ne laissent aucun doute.