‹ Joséphine répudiéeChapitre 70 sur 165 · AIX-LES-BAINS · texte numérisé non relu

AIX-LES-BAINS

Pourtalès ; c'est toute la cour : ni M me d'Àrberg qui imposerait ses conseils, ni de M. de Beau mont qui glisserait ses avis. On prend ce qu'on appelle la route de Rome, par Melun, Auxerre, Mâcon et Lyon, On va directement jusqu'à Lyon où Ton s'arrête deux jours ; de là, par Genève, on arrive à Àix. La maison qu'on a destinée à l'Impératrice est si petite qu'il a fallu en louer une seconde pour les hommes de la Maison; mais on a eu soin de porter les meubles, le coucher de Sa Majesté, ses nécessaires et bien des bijoux. Tout de suite, on prend un train de vie fort honnête et fort simple, — point d'uniformes ni de costumes — et, n'était la belle calèche à la livrée impériale, on dirait d'une baigneuse qui, à la russe, se fait suivre de sa société habituelle, et non d'une souveraine. Joséphine, au sortir du lit, prend en conscience ses bains et ses douches; puis, selon l'usage, elle se recouche jusqu'au déjeuner qui est à onze heures et pour lequel toute la petite cour se réunit au Palais. — Où qu'elle habite et quel que soit le taudis, le logis prend ce nom. — Ensuite, tandis qu'elle travaille et fait travailler ses dames à ses interminables tapisseries, on lit à haute voix les nouveautés de Paris que Barbier prend soin d'envoyer : des romans et des pièces de théâtre. On va ainsi jusqu'à cinq heures où Ton fait toilette. A six heures, on dîne; après dîner on se promène en voiture; à neuf heures, on est rentré pour la partie de l'Impératrice; M 11 * de Mackau chante ; à onze heures, tout est couché. Les grandes chaleurs venues, on retarde le

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dîner jusqu'à huit heures et l'on se promène le matin» Personne à voir les premiers jours ; on vit entre soi, et l'Impératrice, d'excellente humeur, se promène beaucoup et engraisse.

Elle est rassurée à présent sur l'avenir de sa fille, rassurée aussi sur la possession de Navarre dont la transmission a été faite dans toutes les formes par l'Archichancelier, présidant le Conseil du Sceau des Titres à son mandataire, M* Ch&uveau-Lagarde. Elle pense donc aux réparations, à l'ameublement, aux terres et c'est l'occasion d'une grande correspond dance avec Berthaut. Etant en train, elle fait renouveler en entier sa chambre à Malmaison où elle ordonne, dans le parc, quantité de travaux. Même, l'affaire à laquelle elle tient, le mariage de Louis Tascher avec la prinoesse de la Leyen, se termine : l'Empereur a donné cent mille livres de rente, et un titre de comte, plus la réversibilité du titre de duc et des deux cent mille francs de dotation qu'il a attribués au neveu du Prince primat, le baron Dalberg. Tout est donc au mieux. Elle ira, vers la mi-juillet, faire une tournée dans les glaciers, puis reprendra une seconde saison et terminera par un voyage en Suisse. D'ailleurs, les visites ne vont pas lui manquer. Elle aura sa fille, à qui, malgré la gaieté que lui voient les gens qui l'entourent, elle écrit des lettres d'appel désespérées, lui disant : « Fais que je te voie, ma chère fille ; seule, abandonnée, loin de tous les miens et au milieu des étrangers, juge combien je suis tris Le et quel besoin j'ai de ta présence! » Elle

CHARLES DE FLAIIAUT «M

aura son fils et sa belle-fille quand ils retourneront à Milan et puis, à la mi-juillet, les baigneurs vont affluer. S'il lui plaisait, tout Chambéry s'empresserait chez elle, et, pour peu qu'elle fit un signe, elle recevrait les compliments des villes et les réjouissances officielles des habitants; mais elle refuse les h on* neurs ; elle conserve son demi-incognito. Il lui plaît ainsi et, d'ailleurs, elle ne peut faire autrement.

L'incendie du bal Schwartzenberg occupe vivement ce petit monde où les choses de la grande cour prennent une telle importance. Personne qui touche Joséphine, hormis la princesse de la Leyen, n'est pourtant sérieusement blessé, et Auguste est sortie des premières conduite par son mari; mais, par ressouvenir, Joséphine s'émeut, verse des larmes, s'étonne de ne pas avoir été du drame, écrit i l'Empereur, pense à elle-même surtout : « Quelle singulière situation, dit-elle, un lien encore si fort et des intérêts devenus si différents ! » Autour d'elle, on se désespère et Ton se rassure, on a des crises de nerfs' jusqu'à ce qu'on ait reçu des lettres ; puis, ce sont des récits sans fin. L'arrivée de Charles de Flahaut fait diversion : il vient de Plombières où il a laissé la reine fort souffrante : heureusement, outre Julie, dont elle se passerait, elle a près d elle M m * de Souza et d'ailleurs elle se dispose à venir. Pour l'attendre, Charles de Flahaut se joint à la, maison de l'Impératrice et, très vite, il y met du mouvement ; car il est de ressource, d'une conversation aimable, fort g-ai, chantant bien et il a l'heureux don de plaire. Les

dames « en sont contentes ». Après lui, voici le flot des baigneurs : M. et M ae de Chateaubriand, M™ de Sales, le jeune ménage Tascher : la femme inconsolable de la mort de sa mère, le mari perclus d'un accès de cette goutte qu'il gardera comme brevet de longévité jusqu'à ses quatre-vingts ans. Tout à l'heure, une autre société avec qui Ton échangera des politesses, mais avec quelque prudence : M"* Récamier, la comtesse de Boigne, Adrien de Montmorency, les Sosthène de La Rochefoucauld, le baron de Yogt, coterie d'opposition violente où pourtant Joséphine et Hortense chercheront des amis. Le vice-roi arrive, mais il a laissé à Genève sa femme enceinte qui, va les mauvais chemins, n'a pas pu pousser jusqu'à Aix ; Joséphine avec M"™ d'Audenarde, Pourtalès et Flahaut, décidément en pleine faveur, va passer à Genève une journée avec elle (14 juillet).

Une bien autre nouvelle à présent que celle de l'incendie de Schwartzenberg, c'est l'abdication de Louis et, c'est l'Empereur lui-même qui l'apprend à Joséphine. « Mon amie, lui écrit-il, j'ai reçu ta lettre du 5 juillet. Tu auras vu Eugène et sa présence t'aura fait du bien. J'ai appris avec plaisir que les eaux te sont bonnes. Le roi de Hollande vient d'abdiquer la couronne en laissant la régence, selon la Constitution, à la reine. Il a quitté Amsterdam et laissé le grand-duc de Berg. J'ai réuni la Hollande à la France, mais cet acte a cela d'heureux qu'il émancipe la reine et que cette infortunée fille va venir à Paris, avec son fils, le grand-duc de Berg. Cela la

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