‹ Joséphine répudiéeChapitre 7 sur 165 · L'ITALIE · texte numérisé non relu

L'ITALIE

leur, elle ne donne pas de leçons, tirais il suffit qu'elle paraisse pour qu'un semblant de politesse s'établisse et que les aventuriers d'hier, passés généraux, se guindent à quelque galanterie. Us Tout épaisse, parfois lourde, mais c'est bonne intention, et, lorsqu'elle se manifeste en présents, elle est d'autant mieux accueillie. Ces présents coûtant peu à qui les fait, Joséphine en reçoit beaucoup. C'est le premier objet de discussion avec Bonaparte. En a-t-il d'autres ? Soupçonne-t-il qu'il est trompé : hormis une courte jalousie qui ne sait sur qui se fixer, il n'a que des inquiétudes. Il faut, pour qu'il prenne l'éveil, l'arrivée de la famille au quartier général et ces piquantes allusions où les sœurs se revanchent de l'intruse. Encore n'y croit-il guère, y voit-il le train habituel des intrigues féminines et des inévitables rivalités. Sans doute, des choses le surprennent, des absences brusques, des fuites soudaines où Joséphine se soustrait à lui. Il s'étonne qu'elle ne trouve pas, à l'attendre un suffisant plaisir ; mais tout nuage se dissipe dès qu'elle paraît. L'ardeur du désir est toujours chez lui presque aussi vive, et dès qu'elle est satisfaite, il ne s'ingénie point à découvrir les secrets qu'on lui cache. Aussi bien, c'est, vis-à-vis de lui, une égalité constante d'humeur, une exactitude qui lui plaît, une grâce qui l'enchante; à toute heure, elle est prête à obéir; elle ne discute ni ne contrarie. Nulle scène, nulle volonté manifestée, nulle exigence, une vie qui se rend docile et s'établit près de la sienne en soumission, sans qu'il ait même à mani-

fester un désir. N'est-ce pas tout ce qu'il faut pour lui plaire ?

Pourtant» il faut le constater : lui qui veut pour Marianne-Élisa et pour Paulette un mariage devant le prêtre, qui, à ce dessein, demande des dispenses et combine les engagements, ne songe point à de tels arrangements pour lui-même et se réserve. Est-ce de Joséphine ou de lui que vient la répugnance à se lier davantage, la volonté de rester libre ? L'occasion est favorable et tout semble disposé pour qu'on la saisisse. Il ne plaît sans doute ni à l'un ni à l'autre, car, en un tel moment, Joséphine l'eût probablement obtenu si elle l'avait souhaité, et, pourvu que la cérémonie restât inconnue du Directoire, elle n'eût pas été contraire à la politique du général.

Au retour d'Italie, s'il s'étonne un peu du retard que Joséphine met à le rejoindre, les prétextes qu'elle lui a donnés lui paraissent si bons qu'il ne s'inquiète point, ce Le temps est affreux, les chemins détestables. » Puis, ce sont les réceptions à Turin et à Lyon, les fêtes, les présents. Il faut bien qu'elle accepte et qu'elle remercie. Dès qu'elle arrive, c'est oublié : il est tout à elle et voilà un ménage modèle. « J'aime ma femme, » dit-il audacieusement, et, comme il peut tout dire, cela ne semble pas même ridicule. Des habitudes reprises avec Barras, des allants et des venants, il ne voit rien. Le voile est épais, mais il ne met aucune complaisance à l'épaissir. Il demeure dans sa sécurité confiante, et, lorsque chacun sait, lui seul ignore. Il ignore avec ferveur, si

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