‹ Joséphine répudiéeChapitre 72 sur 165 · DEPART POUR GENÈVE · texte numérisé non relu

DEPART POUR GENÈVE

santés, et les toasts sont favorisés, car, peu à peu les maladies les plus rebelles cèdent par enchantement. Ainsi est-il d'Hurleuse, qui a retrouvé à Aix le médecin qui, à Plombières, avait commencé sa cure.

Dans cette oisiveté de la ville d'eaux, même avec l'obligation des bains et le déjeuner retardé jusqu'à midi, on est constamment ensemble, depuis midi jusqu'à cinq et même six heures, au palaia où Ton cause, on travaille, on lit de mauvais romans ; à la promenade, jusqu'à huit heures; au dîner, puis au Casino si Ton sort, au salou si l'on reste. Les désœuvrés ont bien des occasions et prennent leurs avantages. C'est une vie qui entraîne et où l'on se laisse agréablement entraîner.

Joséphine, qui n'y trouve pas les mêmes plaisirs, commence à s'en lasser. Forte de l'approbation de l'Empereur qui lui a écrit : « Je vois arec plaisir que tu aimes Genève; je pense que tu fais bien d'y passer quelques semaines » ; elle prépare le séjour qu'elle y compte faire par des voyages répétés. Elle y a passé à l'arrivée; elle y est venue le ii juillet pour voir Auguste; elle y retourne du 11 au 13 août : Est-ce la fête du lac qui l'attire» l'idée de se montrer aux Genevois dans une barque décorée exprès pour elle et traînée par deux cygnes ? est-ce vraiment le désir de visiter des manufactures et d'y faire des emplettes? En tout cas, elle est pressée, car, pour revenir, elle court toute la nuit. Quelque joie qu'elle ait manifestée à vivre près de sa fille, il faut croire que ce plaisir a été troublé, car, tout au commencement de septembre, la

yoici à Sécheron, fort mal installée à l'hôtel d'Angleterre, dans trois petites chambres, et elle a laissé à Aix Hortense qui doit la rejoindre, si l'Empereur la permet.

Que s'est-il passé? Mystère. On ne peut penser que ce soit l'annonce de la grossesse de Marie-Louise qui met Joséphine en cet état. Elle vient d'en écrire à l'Empereur. « Elle espère que cette démarche le mettra à son aise et qu'il pourra lui en parler avec autant de confiance qu'elle a d'attachement pour kii. » Mais Napoléon, dans sa réponse, fort aimable pourtant, a tourné court, glissant seulement au milieu de compliments, de nouvelles des petits Napoléon : « L'Impératrice est effectivement grosse de quatre mois ; elle se porte fort bien et m'est fort attachée. »

Vers le 10 septembre, sans attendre Hortense, Joséphine part pour faire le tour du lac; elle passe deux jours à Lausanne, à l'auberge du Lion d'Or à peu près incognito ; puis, elle revient à Sécheron où sa fille arrive enfin : quelques excursions alors, comme au château de Crans, à Géligny où le général Cannac d'Haute ville, qui occupe la maison Rilliet, lui présente le pasteur et les notables ; et puis il faut qu'Hortense rentre à Paris : l'Empereur commence à s'étonner qu'une mère si tendre n'éprouve nul besoin de revoir ses fils qu'elle a quittés, l'un depuis six mois, l'autre depuis quatre; il le dit d'un tel ton qu'il convient d'entendre.

Joséphine, seule à présent, fréquente le théâtre de Genève où Elleviou et M me Kintre sont en représenta-

Page 1