PREMIER SÉJOUR A GENÈVE
tion ; elle reçoit familièrement le maire, les députés, lep tribuns du Léman qu'elle a connus jadis à Paris, Pictet, Boissier, Prévost; elle visite des maisons, des campagnes, des ateliers ; elle achète des tableaux à Tôpfer, à Linck, surtout à Delarive, « ce peintre célèbre qui sera dans tous les temps l'honneur de son •iècle et de sa patrie ». C'est une touriste. Résisterait-elle à voir M** de Staël, si celle-ci était à Coppet? Hais M me de Staël est à Blois, d'où, le 24 septembre, elle écrit à M™ de Barante, la femme du préfet du Léman : « Pendant ce temps, vous avez des impératrices et tout le monde passé se retire chez vous. Si j'avais cru que cette impératrice pût me voir familièrement, j'aurais beaucoup regretté de n'être pas à Coppet, mais je ne crois pas que ce que je désire serait arrivé. Si M. de Barante était indiscret comme, moi, il lui aurait fait bien des questions sur le sentiment, mais je ne crois pas qu'il m'ait, à cet égard, remplacée. » H. de Barante, loin d'avoir cherché à converser avec l'impératrice déchue, Ta sans doute négligée, peut-être offensée. Que s'est-il passé pour qu'elle, généralement peu aggressive, ait porté des plaintes auxquelles Napoléon répond : a La conduite de Barante me paraît fort ridicule ? » N'est-ce pas pour ce motif que quelques mois plus tard le préfet est appelé à d'autres fonctions? De plus, Joséphine n'a-t-elle pas fait allusion à l'exil de M me de Staël ? On le croirait à lire ce que lui répond l'Empereur le 28 septembre 1 :
* Dans le Recueil Didot cette lettre est datée de : Paris, ce vendredi ; elie se trouve placée au mois de décembre 1809. Or il s'y
« M me de La Trémoille est une des plus foliés eu Faubourg ; j'ai souffert fort longtemps son caquet, je m'en suis ennuyé et j'ai ordonné qu'elle ne revînt plus & Paris. Il y a cinq ou six autres milles femmes que je veux également renvoyer de Paris ; elles gâtent les jeunes par leurs sottises. »
Cette lettre où l'Empereur accumule les témoignages d'intérêt, où il s'informe avec inquiétude de la santé de Joséphine, où, sur le désir qu'elle en a exprimé, il annonce qu'il nommera baronne M** de Mackau et qu'il « fera ses autres commissions », ne renferme aucune allusion à ses projets de retour. Par suite, Joséphine doit penser qu'après sa tournée en Suisse, elle se trouvera libre de rentrera Malmaison.
fille la commence, cette tournée : le 25, elle part de Genève, et, après une couchée & Horges chez M. Délace et un grand déjeuner à la Lance près de Concise, terre qui est à M. Pourtalès, le frère de l'écuyer, elle arrive le 27 au soir à Neuchâtel. Quoique Lespérut — le Lespérut d'Élisa — qui gouverne la principauté au nom de Berthier, prétende lui en faire des honneurs, c'est encore chez les Pourtalès qu'elle descend.
is elle permet que le lendemain, Lespérut l'accoin-
^it de l'exil de M B * de La T... (la princesse Louis de La Trénoille) qui est du 28 septembre 1810 — et ce 58 septembre est un vendredi ; il y est question d'une barennie pour M 11 * de Mackau. et M 11 * de Mackau n'est revenue de Manheim à Paris, que pour le mariage où elle accompagnait Stéphanie, et elle ne fut attachée à Joséphine qu'au
moment du départ pour Aix ; enfin le B qui s'y trouve signala,
ne peut être que Barante, dont la destitution coïncide presque avec cette lettre. Je donne ici mes raisons ; je devrais en donner de pareilles poaT la plupart des lettres du Recueil Dktot sur qui j'ai dû faire un travail analogue pour les replacer à leurs véritables dates.
VOYAGE EN SUISSE Mi
pagne dans son tour des montagnes : au Loele, où elle est rentre par les autorités et logée dans la maison dite Houriet de Paris ; au saut du Doubs, où on lui a préparé des musiques et où elle commande un tableau au peintre Lorry ; à la Chaux-de-Fonds où elle refuse de descendre à la Fleur de [a/s et où elle va dînera h Balance. £u retour, i Neuchàtel, sérénades, réception des personnages d'importance, entre antres d'une M me Petitpîerre, femme d un commandant, laquelle présente son fils qu'on prétend filleul de Napoléon. Le 30, Joséphine s'embarque à Gerlier, sur le lac de Bienne, pour une promenade à l'Ile Saint-Pierre : là, collation et sérénade offertes par le préfet, au nom du gouvernement bernois ; elle continue sur Berra, visite en passant le pensionnat de Montmirail, tenu par les Frères Moraves, et, arrivée h Berne, s'y installe pour une quinzaine.
A Berne, au moment où, le froid survenant, elle se prépare au retour à Mal maison, eUe reçoit les premiers avis que l'Empereur y met obstacle 1 . H me de Rémusat lui écrit une longue lettre, très étvdiée, où au milieu des phrases qui se rendent flatteuses, est glissé l'avis ou, si Ton veut, le conseil de ne pas rentrer à Paris. « Vous vous rappelez, écrit-elle, que vous avez qud-
4 La lettre 4e M B# de Bénusat insérée an Recueil Didot ne porte aucune date ; M. Paul de Rémusat, dans une note de la page 302 du tome III des Èfémmree Tevt la placer, oe qui est absurde, à la fin de 1812 ou au commencement de 1813; une lettre où M°" de Rémusat y fait allusion [Lettres II, 3KK) est simplement datée lundi {octobre tKiOj ; c'est donc du 1" au 15. vraisemblablement dans la première semaine d'octobre que Joséphine a dû recevoir la lettre qui lui est écrite sur l'invitation de l'Empereur.
quefois regretté avec moi que l'Empereur n'eût pas, au moment de son mariage, pressé l'entrevue de deux personnes qu'il se flattait de rapprocher facilement parce qu'il les réunissait alors dans ses affections. Vous m'avez dit que, depuis, il avait espéré qu'une grossesse, en tranquillisant l'Impératrice sur ses droits, lui donnerait les moyens d'accomplir le vœu de son cœur; mais, Madame, si je ne me suis pas trompée dans mes observations, le temps n'est pas venu pour un tel rap prochement. » Ce sont alors dans de longs détails sur la disposition à la jalousie que témoigne Marie-Louise; M me de Rémusat s'appuie, pour l'avis qu'elle donne, de l'opinion du grand maréchal dont Joséphine doit connaître l'attachement : « Ici, dit-elle, au milieu de ht joie que cause cette grossesse, à l'époque de la naissance d'un enfant attendu avec tant d'impatience, au bruit des fêtes qui suivront cet événement, que feriezvous, Madame ? que ferait l'Empereur qui se devrait aux ménagements qu'exigerait l'état de cette jeune mère et qui serait encore troublé par les souvenirs des sentiments qu'il vous conserve? Il souffrirait, quoique votre délicatesse ne se permit pas de rien exiger; mais vous souffririez aussi; vous n'entendriez pas impunément le cri de tant de réjouissances, livrée comme vous le seriez peut-être à l'oubli de toute une nation, ou devenue l'objet de la compassion de quelques-uns qui vous plaindraient peut-être par esprit de parti. Peu à peu, votre situation deviendrait si pénible qu'un éloignement complet parviendrait seul à mettre tout en ordre. »