‹ Joséphine répudiéeChapitre 74 sur 165 · LETTRE DE M-« DE RÉMUSAT SOI · texte numérisé non relu

LETTRE DE M-« DE RÉMUSAT SOI

Et, d'accord avec le grand maréchal, elle conclut « qu'il reste à l'Impératrice un sacrifice à faire, et qu'il est digne d'elle de ne point attendre les événements et de les prévenir en écrivant à l'Empereur une courageuse détermination » : un voyage un peu prolongé, un séjour à Milan, à Florence, à Rome, l'hiver passé en Italie, le retour, au printemps, à Navarre, voilà ce qu'elle propose, au milieu des phrases qu'elle juge le mieux propres à émouvoir Joséphine et à la flatter, de compliments et de louanges sur « les grâces de sa personne », sur « les avantages qu'elle possède et qui peuvent établir une concurrence », avec les respects, les adulations et les très humblement qui conviennent.

C'est tout juste le programme que, le 25 avril, Eugène a formellement proposé au nom de sa mère et qui, accepté par l'Empereur, a semblé la loi des parties. Mais, depuis lors, dans la lettre du 8 juillet, Napoléon, par bonté d'âme, a écrit : « Je te verrai avec plaisir cet automne », et Joséphine s'en est emparée. C'est un mot échappé, mais il doit suffire pour rompre les engagements, les plus forts, dès que c'est elle qui les a pris. Sur ce mot, elle s'est convaincue que son retour à Malmaison était assuré, qu'il ne serait plus question du voyage d'Italie et, sans doute, a-t-elle écrit pour annoncer son arrivée.

C'est alors que, sans se découvrir personnellement, ce qui eût été comminatoire, l'Empereur a fait agir M m6 de Rémusal. L'a-t-il vue lui-même, ou, ce qui, semble plus probable, lui a-t-il envoyé Duroc? A-t-il,

contre Joséphine, d'autres griefs , comme de dettes nouvelles, de réceptions souveraines, ou de propos tenus dans son salon? Il ne semble pas. Ge qu'il réclame, c'est simplement l'exécution du contrat conclu avec Eugène et si, malgré ses sentiments, il ordonne ces insinuations, c est que, outre les convenances pour lui-même, pour Marie-Louise et aussi pour Joséphine, il assure ainsi le repos de sa jeune femme et son repos à lui-même. Marie-Louise aime son mari : elle n'a pu voir sans jalousie et sans colère qu'il conservât, pour sa première femme, si inférieure à elle par l'origine, la race, l'existence, une sorte de tendresse et des soins affectueux. Elle ne peut supporter ce qui la rappelle, et toutes les tentatives qu'a faites Napoléon pour suggérer, sinon une sympathie, du moins une curiosité, ont échoué devant un orgueil qui ne tolère pas la comparaison, devant une idée de dignité qui semble naturelle et louable chez une femme de vingt ans, née archiduchesse et élevée catholique. Si timides qu'aient été les propositions de visite à Malmaison, même en l'absence de Joséphine, c'a été aussitôt un déluge de larmes offensées et brûlantes et « si elle n'osait pas refuser, les marques de sa douleur étaient trop visibles pour que l'Empereur ^sât insister d. Napoléon recule donc à présent devant des sentiments dont, avant son second mariage, il n'avait soupçonné ni la profondeur ni l'étendue, qu'il s'était alors flatté de concilier avec l'affection qu'il conservait à Joséphine, mais qui lui apparaissent & présent tels qu'ils sont : non pas seulement comme

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