SENTIMENTS DE NAPOLEON
la jalousie de la jeune épouse contre la vieille maltresse, mais comme la résultante fatale, chez Marie- Louise, «de la naissance, de l'éducation et même du sacrifice qu'elle a accompli en l'acceptant pour mari. Qu'il s'y mêle une rivalité de femme ; qu'on ait fait entendre à Marie-Louise que l'Empereur aime toujours la répudiée; qu'on ait, à dessein, loué devant elle la beauté de Joséphine et laissé sous sa main un portrait où elle était représentée dans tout le charme de ses grâces, avec l'éclat emprunté d'une jeun-esse frauduleuse; que, de là, Marie-Louise ait pris par sur* croît des impressions d'hostilité, cela peut être; mai» elles n'ont fait que s'ajouter à une répulsion invin- N cible dont tous les motifs sont honorables et légitimes* Napoléon ne laisse pas pourtant que d'être singulièrement embarrassé, car, s'il notifie lui-même à Joséphine qu elle ait à ne pas rentrer à Malmaison, c'est un ordre d'exil qu'il lui inflige, désastreux pour elle, douloureux pour lui-même, impolitique devant le public. N'y a-t-il pas déjà assez d'exilées et cette guerre déclarée aux femmes où, maintenant, c'est à sa propre femme qu'il s'attaquera, n'est-elle pas pour fournir è la malignité des armes singulièrement dangereuses ? Il a donc longé la courroie jusqu'au dernier moment, espérant que Joséphine comprendrait et Adopterait le seul parti qui fût convenable. Acculé, M a fait agir M me de Rémusat, pensant que d'une femme et d'une ancienne confidente, le conseil serait mieux reçu ; mais il ne s'attend pas à ce qui arrive. Sur la lettre de ll m * de Rémusat, Joséphine d'abord
atterrée, s'affole. Elle y voit une menace de proscription définitive et, pour s'y soustraire, elle se déclare prête à tout subir, à aller où l'on voudra, à suivre exactement le programme arrêté, pourvu qu'on lui laisse l'espérance de revenir. Elle écrit à l'Empereur ; elle écrit à Hortense; elle envoie Deschamps à Paris, aux nouvelles. Il verra d'abord M me de Rémusat, lui dira combien l'Impératrice a été touchée de ses avis : elle allait venir au moment où la le lire lui est parvenue : c'est cette lettre qui a arrêté le retour. Mais maintenant que doit-elle faire? Son plan, dit-elle, est de rester à Genève, d'aller à Milan, de revenir à Aix et de ne reparaître à Navarre qu'au mois de septembre. Ainsi offre-t-elle plus qu'on ne lui a demandé, dans l'espoir qu'on lui rabattra quelque chose. Encore, dans sa lettre à l'Empereur, a-t-elle introduit des restrictions, parlé de son sacriBce, laissé une porte ouverte et, par les concessions où elle s'est déclarée prête, s'est-elle arrangée pour provoquer une émotion dont Hortense a reçu mandat de profiter pour obtenir des conditions meilleures.
Point de réponse, ni de l'Empereur, ni d'Hortense ; Deschamps ne sait rien ; M me de Rémusat dont le rôle est terminé n'a plus rien à dire. Alors, à Berne, la tête de Joséphine travaille et s'exalte ; elle se voit à jamais chassée de Malmaison et de Paris, privée de ses habitudes et de sa société. « Pas un mot de toi depuis vingt jours que tu es séparée de moi, écrit-elle à sa fille. Que veut dire ton silence? JV.voue que je me perds dans mes conjectures et