L'AMOUR À NAVARRE
vie de château. Gela semblait fort aimable, et, à sa venue, toute la troupe des demoiselles de compagnie se mettait en joie, car ses malles étaient pleines de présents qu'il offrait fort galamment et s'était l'unique façon dont il rappelât qu'il était prince; mais, de chacun de ses voyages, résultait, sans qu'il en eût conscience, un amoindrissement du prestige nécessaire à l'Impératrice. On arrivait à vivre chez elle, non pas comme chez une princesse envers qui Ton a des devoirs de service commandés par un règlement, définis par un serment solennel, rémunérés par un traitement, mais comme chez une châtelaine dont on reconnaît l'hospitalité et les cadeaux par des flatte» ries, des galanteries et quelque peu de respect.
Peu à peu, tout se mêlait : les femmes de chambre étaient des parties de traîneaux qu'organisaient ces messieurs; les demoiselles, appelées pour chanter ou jouer de quelque instrument, prenaient le thé au salon; le secrétaire et la lectrice ne voulaient plus être distingués de la Maison d'honneur ; les écuyers portaient le frac bourgeois, pour escorter l'Impératrice ; on retenait i déjeuner des mademoiselles Raueourt venues sous prétexte de visiter les serres ; la hiérarchie était détruite, partant le décorum, et, malgré M me d'Arberg, tout allait à la diable.
Il eût été invraisemblable qu'en une telle vie oisive et désœuvrée, où tant d'hommes jeunes se trouvaient constamment mêlés à des jeunes filles fort alléchées de maris et à des femmes encore jeunes, mais ayant du service et des campagnes, l'amour ne se mît pas
de la partie. M. de Pourtalès, nul n'en faisait mystère, était l'amant en titre de M mo Gazzani; et cela dura jusqu'au moment où, s'éprenant de M n * Louise de Castellane, il prétendit mener de front deux intrigues, Tune à peu près innocente, et l'autre pas du tout. M. de Monaco était pris hors de la Maison, ce pourquoi les attelages à six chevaux, courrier piquant en avant, suffisaient à peine pour le mener à Paris ; M. de Guitry n'avait pas tardé à échanger avec la duchesse d'Àrenberg quelque propos qui soudain la déglacèrent et le général Wattier-Saint- Alphonse étant venu pour une inspection à Evreux se trouva retenu par les beaux yeux de M lle de Mackau. Il faut passer d'autres liaisons : celles-ci se terminèrent par des mariages, — plus tard encore celui de M me de Colbert avec M. de la Briffe; — des autres, tout le monde parlait alors, mais on ne saurait à présent en écrire sans calomnie. C'était donc dans une atmosphère d'amour et de galanterie que vivait Joséphine et elle s'y plaisait. Elle prisait nonseulement l'amour, préliminaire de nœuds légitimes, mais l'amour tout court, et si, pour les jeunes filles qu'elle avait recueillies, elle mettait son plaisir à préparer d'avantageuses unions, elle n'agitait point de foudres contre les femmes de sa maison qui se ménageaient des distractions tendres. Elle se prêtait aux confidences et, à remuer ainsi de l'amour, s'imaginait sans doute en faire. Bien sûr, qu'elle n'eût point toléré de scandales, parce que c'eût été gênant et que l'Empereur eût pu s'en mêler, mais dès que rien