‹ Joséphine répudiéeChapitre 84 sur 165 · L'AMOUR A NAVARRE · texte numérisé non relu

L'AMOUR A NAVARRE

n'en éclate aux dehors et qu'on n'est pas obligé de demander des permisions, à quoi bon gêner les gens ? Puisqu'elle désire que les femmes qui l'entourent soient jolies, n'est-il pas naturel que les hommes le letir disent et cherchent à le leur prouver? C'est la politesse telle qu'on se doit d'un sexe à l'autre. Eugène viendrait-il aussi souvent à Navarre et s'y plairait-il comme il fait si des duègnes remplaçaient les ingénues et Joséphine ne tire-t-elle pas ainsi un avantage direct de l'agrément qu'on rencontre chez elle? De là à penser qu'elle se soit prise elle-même au jeu et que, malgré ses quarante-six ans, elle ait encouragé quelque entreprise, il n'y a qu'un pas et on l'a franchi. Sans peine assurément, se fût-il trouvé dans cet entourage, un gentilhomme ruiné qui, ne se tenant pas satisfait des présents ordinaires, eût volontiers accaparé les libéralités de la patronne pour s'en faire des rentes ; il s'en est rencontré un qui s'est vanté d'avoir, à ce moment, été son amant et qui a confié ce secret à l'indiscrétion de sa postérité ; mais Joséphine, de ce mauvais cas, n'a pas au moins à être défendue. Il y eut de sa part, envers cet individu, de la pitié, une excessive faiblesse dont profita une avidité constamment éveillée; il y eut des bienfaits dont il ne se trouva jamais satisfait, mais, on peut en être assuré, si elle avait mis le bout de son doigt dans la main de cet individu, le douaire entier y eût passé, et comme il ne reçut rien de plus que les autres, moins peut-être, l'on peut hardiment démentir cette ignominie de révélation posthume.

Néanmoins, tout cela ne donne pas bon air à Navarre : on y manque de tenue. Que ce soit par les récits d'Hortense, par les plaintes de M mo d'Àrbergou par les rapports du préfet qu'il l'apprenne, l'Empepereur exige qu'au moins à l'extérieur les choses retrouvent leur dignité. Il ordonne que les écuyers et les chambellans portent leurs uniformes, que l'étiquette soit observée comme elle Feat aux Tuileries ; qu'une garde de vingt-cinq hommes soit fournie» à dater du 7 février, par les cuirassiers d'Evreax, et que le piquet de service — quatorze cavaliers avec officier et trompette, — escorte à chaque sortie dans la forêt d'Evreux, l'Impératrice-Reine couronnée.

Gela produisit son effet certain et si l'on recommença à s'ennuyer, ce fut plus impérial. Il faut reconnaître pourtant que, à défaut d'amusements qu'on prît entre soi, il n'y avait guère à compter sur ceux du dehors. Les visites de Paris étaient rares et courtes, d'ailleurs intéressées : M°" de Ganisy était Tenue demander que l'Impératrice s'entremit pour son mariage avec M. de Caulaincourt ; M me de la Rochefoucauld avait fait le voyage pour la conservation des honneurs de son ancienne place ; ce n'étaient point des gaietés. A'Evreux, on y trouvait quelques figurants pour les dîners et les soirées, mais, comme distractions, la ville était morne.

Au jour de l'an, il y eut des compliments officiels ; l'Impératrice en entendit le moins qu'elle put et borna les réjouissances à une loterie de bijoux entre les familiers de sa maison. Au débat de

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