‹ Joséphine répudiéeChapitre 86 sur 165 · LÀ NAISSANCE DU ROI DE ROME · texte numérisé non relu

LÀ NAISSANCE DU ROI DE ROME

elle me dit : « L'Empereur ne peut douter de la vive part que je prends à un événement qui le comble de joie ; il le sait, je suis inséparable de sa destinée et je serai toujours heureuse de son bonheur. » Le directeur prend congé, va au petit château annoncer la nouvelle à M md Gazzani qui, souffrante, n'a pu assister au dîner du maire; et quand, après trois quarts d'heure, il sort et cherche sa voiture, elle est dételée, les brancards en l'air. Tous les officiers de l'Impératrice ont pris la poste pour courir à Paris et, comme il n'y a plus de chevaux, les derniers arrivés, sous la menace, ont forcé les postillons à atteler ceux du directeur.

L'anecdote paraît peu croyable, mais qu'on la rapproche de ce fait : onze jours auparavant, la dame d'honneur de Marie-Louise a écrit au Grand maître des cérémonies pour l'aviser qu'elle a reçu, des personnes attachées à Sa Majesté l'impératrice Joséphine, une réclamation en forme « pour être comprises parmi celles qui seraient convoquées au moment où Sa Majesté l'Impératrice éprouverait les premières douleurs ». Ségur, fort embarrassé, car le cérémonial arrêté et imprimé laisse des doutes et le règlement d'organisation de la Maison de Joséphine n'en laisse pas, a consulté le grand maréchal; on s'est rejeté sur l'absence de l'Impératrice-reine couronnée et c'est de cette façon que M rae de Montebello a dû répondre aux indiscrets; mais s'ils n'ont pas été convoqués, ils gardent le droit de paraître, de faire leur cour et de se montrer empressés.

Heureusement, le 21, au matin, arrive à Navarre

Eugène que, par une délicate attention,: l'Empereur a envoyé à Joséphine pour lui faire part des détails de l'accouchement. Elle s'empresse d'écrire ses félicitations et le 22, par un page, Leblond de Saint- Hilaire 1 , elle reçoit ce billet : « Mon amie, j'ai reçu ta lettre. Je te remercie. Mon fils est gras et bien portant. J'espère qu'il viendra à bien. Il a ma poitrine, ma bouche et mes yeux. J espère qu'il remplira sa destinée. Je suis toujours très content d'Eugène. Il ne m'a jamais donné aucun chagrin. »

Par cette comparaison mentale de son fils à Eugène, n'est-ce pas que Napoléon offre à son ancienne compagne la seule consolation qu'elle puisse recevoir? S'il ne saurait, en ce jour de joie, simuler des sentiments de regret pour le passé, il sent comme ces allégresses doivent blesser Joséphine et il lui adresse ainsi, par la tacite assurance qu'il continuera à Eugène sa protection et ses bontés, Tunique dictame qu'il juge digne d'elle et de lui-même.

« Par une mystification qu'a jusqu'ici réussi, M. Emile Marco Saint-Hilaire, fils de cette M m Marco qu'on a vue ci-dessus pie» miôre femme de l'Impératrice (Joséphine Impératrice et Reine, p. 30) est parvenu à faire croire qu'il avait été page de l'Empereur et, en cette qualité, il a publié quantité de révélations et de souvenirs qui, s'ils ont profité à la légende, n'ont pu qu'égarer l'histoire. Bien que dans les Révélations d'un page, il n'ait pu se vanter d'avoir été chargé d'annoncer à Joséphine la naissance du roi de Rome, la plupart des écrivains, trompés par une synonymie prétendue, ont pensé que le page Saint-Hilaire envoyé par l'Empereur le 22 mars ne pouvait être que Marco et Marco a laissé dire. Il est vrai que le vrai page, Joseph-Marie-Alcide Leblond de SaintrHilaire était mort et que, pour augmenter la confusion au profit de Marco, il avait laissé une sœur laquelle mariée à François- Armand Marcq fut autorisée à ajouter au nom de ses enfants celui de Leblond de Saint- Hilaire : ils se nommèrent donc Marq de Saint-Hilaire : De Marcq à Marco, il n'y a qu'une queue à couper.

LE RETOUR A MÀLMÀISON 239

A a surplus, bien' que, depuis le départ pour Navarre, sa correspondance se fût ralentie, il ne s'en montrait pas moins tendre et cordial en toute occasion, même arec une nuance de gaieté. Ainsi lui avait-il écrit, en réponse k ses compliments de jour de Tan : « L'on dit qu'il y a à Navarre plus de femmes que d'hommes. » Ainsi, lorsque Joséphine lui avait confié ses projets de marier M Ue de Mackau : ce Je ne vois aucun inconvénient, avait-il répondu, au mariage de If** de ttajrkau avec Wattier, si cela lui convient ; ce général est un fort brave homme ; » et il ajoutait : « Je me porte bien, j'espère avoir un garçon, je te le ferai savoir aussitôt... Quand tu me verras, tu me trouveras avec les mêmes sentiments pour

toi. »

Il allait, tantôt, lui en donner la meilleure preuve. Durant le voyage qu'il projetait à Cherbourg et en Normandie, aussitôt après les relevailles de Flmpératrice, il pensa que, bien qu'il ne prit point sa route par Evreux, le bruit des fêtes et le tumulte des réjouissances n'en seraient pas moins insupportables pour Joséphine et il l'autorisa à passer le printemps à Malmaison. C'était là remplir tous ses vœux, car, dès le mois de janvier, elle avait pris soin d'exposer son programme à M mo de Rémusat de façon qu'il fût répété à l'Empereur : c'était de quitter Navarre au printemps, d'y revenir à l'été, de s'en retourner l'automne et peut-être de passer l'hiver en Italie. Elle avait gain de cause et se hâta d'en profiter. A la miavril, elle abandonne donc sans regret le château des

ÏW JOSÉPHINE REPUDIEE

Bouillon, et le 36 on la trouve à Malmaison procédant avec Eugta» & toute uue suite de baptêmes : celui de la fille de M. de Montholon, son chambellan (Joséphine-Eugénie -Henriette-Stéphanie), celui de la fille de M. de Sainte-Catherine d'Audi ffredy, dont ta femme, née Sanois, est sa parente proche; enfin, au nom d'Hortense, celui de la fille du général Bertrand, Hortense Eugénie — celte qui fut M™" Amédée Thayer.

Mais au moment où elle reprend ainsi ses habitudes, rouvre ses salons d'autant plus fréquentés qu'à la Cour les griefs se multiplient contre Marie- Louise, voîci que les résultats du laisser-aller qu'elle porte à ses dépenses commencent & se faire sentir. M. Pierlot a si bien, grâce à ses fonctions de cour, négligé ses propres affaires qu'il a dû suspendre ses paiements et entrer en arrangements avec ses créanciers. Il se trouve débiteur, envers Joséphine et Hortense, de plusieurs centaines de mille francs : il les remboursera à coup sur, si on lui donne du temps, car ses immeubles seuls le couvrent dix fois, mais, si l'on exige le paiement immédiat, c'est sa ruine. Or Joséphine est engagée pour des dates fixes; il lui faut de l'argent tout de suite, ne serait-ce que pour solder l'acquisition de Prégny, les travaux de Navarre et le courant de ses dettes. Elle s'adresse donc a l'Empereur qui par ailleurs n'a pas manqué d'être averti et qui fait faire par le trésor de la Couronne l'avance nécessaire. Mais, ensuite, le trésor, pour se couvrir, met opposition sur tous les immeu-

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