MALMAISON ET L£8 VOYAGES
Septembre 1811 -Octobre 1811.
Celte crise nouvelle, venant après tant d'autres, aura-i-elle rendu Joséphine plus sage et, durant quelques jours au moins, meltra-t-elle une limite à ses fantaisies ? Vaine illusion. Dès son arrivée à Malmaison, toute pleine des projets qu'elle a formés sur Navarre, elle a fait venir Fontaine pour le consulter sur les plans de Berthault. Il s'agit seulement de raser la marmite et de transformer le grand château en une maison à l'italienne, à toit plat, avec couronnement de balustres. Un mois après, Navarre s'éloignant, elle mande de nouveau Fontaine — non plus pour Navarre, mais pour Malmaison. — Elle a l'idée d'y construire un vrai château avec tous les dégagements qui conviennent; mais cela coûtera cher, et pour avoir les fonds, « elle prie Fontaine de proposer à l'Empereur, s'il en trouve l'occasion, un échange de la maison de TÉIysée contre sa valeur numérique ». Ce projet ne peut déplaire à Napoléon qui s'est repenti plus d'une fois
d'avoir abandonné l'Elysée à Joséphine. Il s'est ainsi privé de la seule résidence où, à Paris, il pût prendre on semblant de liberté et d'exercice, où il échappât à la continuelle inspection du populaire ; de plus, sa femme et son Gis y trouveraient les agréments nécessaires à leur santé. L'Elysée ne sert de rien à Joséphine qui n'y peut habiter, mais» par contre, les gens de sa maison, des plus qualifiés aux plus humbles, y ont chacun un appartement ou une chambre, et c'est l'occasion de continuelles tracasseries, sinon de querelles violentes entre les livrées. Napoléon est donc fort disposé à accueillir la demande d'échange, mais il ne se soucie pas d'ajouter un million ou deux à ceux qu'il a déjà donnés. Instruit des projets que José- / phine a formés sur Navarre, sachant que le délabre-
ment du château et l'incommodité de l'habitation, rendent de grandes réparations indispensables, — et pour un profit médiocre, — il imagine que si, en échange de l'Elysée, il offre un palais construit tout à la moderne, entretenu à miracle, pourvu du plus riche mobilier, entouré d'un grand parc, classé parmi les habitations les plus renommées d'Europe, Joséphine y trouvera à la fois un agrément et une économie.
Le château de Lacken, près de Bruxelles, l'ancien château de Schonnenberg qui fut la maison de plaisance du prince Charles, offre tous ces avantages. Acheté le 7 floréal an XII par le Premier Consul, qui, dès brumaire an XI, avait résolu de le sauver des démolisseurs, Lacken a été payé alors 518 853 fr. 22,