LACKEN ÉCHANGÉ CONTRE L'ELYSÉE S
la résidence la plus souhaitable et ia rajeur appropriée & la situation de Joséphine, dès qu'elle reconnaît ellemême l'impossibilité d'habiter l'Elysée.
Aussi bien, c'est,, de son aveu formel que, le 10 février 1812, l'Empereur prend, sous le contreseing de Daru, * ministre secrétaire d'État, un décret par lequel il consacre l'échange ; mais, si Joséphine a consenti, elle n'a pas pris l'avis de sa maison et une sorte d'émeute y éclate lorsqu'on est averti qu'il faut quitter l'Elysée. C'est un acte d'une tyrannie sans exemple contre lequel protestent à l'envi l'antichambre et l'office. On ne manque point de répandre qu'un ordre d'exil internera prochainement à Lacken l'Impératrice déchue et, sans s'occuper si la proposition ne vient pas d'elle, si l'Empereur, en transformant l'échange comme il fait, n'a pas encore signalé son affection attentive et protectrice, s'il ne s'inflige pas à lui-même une privation, car Lacken lui était utile lors de ses voyages dans la Belgique et il était de sa
« « Vu les dispositions arrêtées par nous le i6 décembre 1809, par lesquelles nous avons fait donation à Sa Majesté l'impératrice Joséphine du palais de l'Elysée, cLb ses jardins et de ses dépendances; .avec le mobilier qui y existe actuellement» pour qu'elle en jouit sa 'vie dorant et qu'après elle, ledit palais, appartenances et dépendances, rentrassent dans notre domaine privé; vu le consentement par elle donné à ce que le palais de Lacken, ses jardins et. dépendances lui fussent donnés en échange dn palais de l'Elysée et aux mêmes conditions et prérogatives ; nous faisons donation par ces présentes à Sa Majesté l'impératrice Joséphine du palais de Lacken, ses jardins et dépendances, avec le mobilier qui y existe actuellement, en échange du palais de l'Elysée, des jardins et dépendances et mobilier y existant qui seront réunis à notre domaine. Nous entendons également que, conformément à l'article IV du Sénatuseonsulte du 16 décembre 1809, la présente donation soit obligatoire pour nos successeurs, s
politique d'y conserver une résidence, on ne voit que l'obligation d'abandonner ces appartements si commodes. Ce qui achève de donner une apparence à ces criailleries, Joséphine ne vint jamais à Lacken, même pour en prendre possession.
Sa vie est si remplie ; ses journées vides si occupée» qu'il n'y a pas place même pour un tel voyage. Le matin, c'est la toilette, toujours aussi longue et aussi minutieuse, où s'emploie tout un mobilier de ver* meil : cuvettes et pots à l'eau, bidets, pots de nuit, cassolettes, bassinoires, veilleuses, tout est de ver* meil et passe pour de l'or, aussi bien que les accessoires à l'infini des innombrables nécessaires. Après la toilette, arrivent les fournisseurs, couturiers, modistes et lingères, car Joséphine continue à s'habiller tout aussi chèrement, et, en cette année 1812, où elle a juré de faire tant d'économies, son compte, chez le seul Leroy, va à 170 286 fr. 21 : à lui seul Leroy absorbe donc l'article entier fixé au budget pour la toilette, plus 70 000 francs. Après les couturiers, les bijoutiers, les artistes, les marchands de toutes sortes; cela mène jusqu'à dix heures.
A dix heures, Joséphine descend et trouve au salon dix à douze personnes venues de Paris qu'elle a invitées ou qu'elle retient à déjeuner. Le déjeuner, en grande pompe, dure trois quarts d'heure. On revient au salon ; ' on passe dans la galerie ; l'Impératrice s'arrête aux mêmes tableaux qu'elle a montrés la veille, l'avantveille et les jours précédents : elle fait, reçoit, reprend les mêmes observations ; au billard, ensuite, selon la
LÀ VIE A MALMAISON 2f?
dignité, on bat ou Ton est battu» Durant la partie, d'autres visiteurs arrivent ; comme Joséphine évite soigneusement tout sujet qui pourrait compromettre» on ne parle ni de la Cour, ni de l'Empereur, ni des guerres, ni des livres, ni du théâtre, mais ce sont, sur toutes les santés proches ou lointaines, sur les mariages et les naissances, des questions à l'infini et d'un vif intérêt ; — point les morts, cela attriste. Il fait beau ; on sort : promenade dans le parc, visite aux serres, aux cygnes noirs, aux gazelles, aux kanguroos, et, par la même allée, chaque jour, les mêmes explications aux mêmes places et les mêmes admirations ; le pain distribué, avec les mêmes gestes, aux mêmes faisans dorés et aux mêmes pintades ; les mêmes exclamations aux paons faisant la roue, aux canards de la Chine ou de la Caroline se disputant les croûtons, et le retour en cortège au château où, les Parisiens congédiés sur un salut, toilette nouvelle et les voitures avancent.
U ne manque point ni de voitures, ni de chevaux : au milieu des 32 chevaux bai brun, huit juments grises réservées pour les d'Aumont, promettent de longues courses dans les environs : et, comme les voitures sont bien disposées pour la promenade, élégantes et claires, faites à souhait pour parer un paysage ! cette calèche à perles à fond bleu et or, cette autre bleu de ciel à parasol blanc, cette autre jaune et noir ' ; et tout le
Joséphine n'a Jamais eu dans ses remises de voilures de gala, elle se servait de celles de l'Empereur : les plus habillées qu'elle ait conservées sont un landau fonds paillon à armoiries, une berline
jeu des enars à bancs, dont certains ont été ramenés de Suisse et ont des formes qui surprennent ; mais, si l'on se promène durant deux heures, c'est toujours aux mêmes endroits, toujours dans les bois du Buttard : admiration des mêmes points de vue, station obligée à la ferme, à la laiterie, à la vacherie. Oh rentre. Au château, d'autres visiteurs. Il est de bon ton de venir faire sa cour et Ton n'y manque pas. Pour en avoir permission, on écrit à la dame d'honneur. La visite faite, pourvu qu'au divorce on ne se soit pas signalé comme ennemi et que, depuis, on n'ait pas montré une négligence trop coupable, invitation à dîner pour un prochain jour. Qui résiste à cela ? II n'est que de donner à manger pour avoir des foules ; or, un dîner rapporte deux visites, une avant, l'autre après ; et tout le monde est content. Les jours où, par quelque hasard, les Parisiens s'abstiennent, un de ces messieurs lit à haute voix, et donne un goût de la littérature, mais le plus souvent, elle chôme. Après, toilette.
Puis, le dîner très paré avec le ban et l'arrière-ban des serviteurs : contrôleurs, premier maître d'hôtel, les quatre maîtres d'hôtel, le sommelier, les valets de chambre, le coureur basque et le coureur nègre, et des valets de pied en nombre égal aux convives.
bien de ciel et or et une berline bleue. Elle a encore un fonda*. jaune et noir, une diligence aux mêmes couleurs et une autre rouge. Pour le voyage, trois berlines, un fourgon a cassette, une chaise, une pourvoyeuse trois cabriolets, un boggy, un cabriolet-garrick, une gondole, un chariot de poste : toutes ces voitures de couleurs différentes, pas une a la livrée.