LA TABLE 25J
La table est fine. Ce n v est plus comme aux Tuileries
où, à ces déjeuners du rez-de-chaussée, que l'Impératrice eût voulus d'une jolie élégance et d'une recherche de mets, de vins et de fleurs , le maître d'hâte! servait des portions comptées qui sentaient le prix fixe. Outre qu'elle goûte tous les luxes, Joséphine s'est rendu compte que même à une table impériale le menu importe et que les convives agréaMes, attirés une fois par la vanité, reviendront par gourmandise. Elle s'est Jonc enquise des plats que son cuisinier réussit le mieux et qui plaisent davantage à tel ou tel. Elle a pris un chef d'office glacier, un Napolitain nommé RuccesL, — dont on a fait Rouchèse — qui a eu la gloire d'inventer ou d'importer le biscuit glacé; il a du génie pour les entremets de glaoe et excelle à dresser un buffet. Antre friandise, et rare en un temps de blocus continental : jadis, étant M"" Bonaparte, elle eut une femme de chambre anglaise ; cette femme a épousé un -des portiers de Malmaisot* et elle excelle à faire le fromage de Chester ; en ce temps, en France, du Chester frais, c'est unique. Et, pour les desserte, toutes les raretés des serres de Malmaison, profusiot d'ananas et de bananes, fruits de France tforoés potrt devancer les saisons, et la curiosité des arbres naiot où l'on cueille à la main.
Puis, des fleurs, si belles et si prestigieuses que si l'on ne se «décide pas encore à servir à la russe comme on fait chez le prince Kourakin, on diminue, chaque soir, les lourdeurs du service à la française et, quand en relève pour le deseert, c'est presque autant par des
fleurs que par des fruits, des bonbons ou des petits fours.
On sert en argent, mais si la table s'allonge à 30 couverts, l'argenterie se trouve un peu courte : yoint pour les plats, il y en a 16 d'entrée, 16 d'entremets, 8 ronds et 18 ovales, avec leurs cloches assorties, mais pour les assiettes, dont il n'y a que 170 avec 198 couverts. Au dessert, les assiettes sont de porcelaine de Berlin, de porcelaine de Paris, — ce qui veut dire des manufactures de Nast ou de Dagoty, — et, les grands jours, de porcelaine de Sèvres, du service a aussi beau que possible », donné par l'Empereur. Les couverts sont de vermeil, mais on en manque : pour 48 couteaux d'une sorte, il n'y a que deux douzaines de couverts et, d'une autre sorte, pour 36 couverts il n'y a que 12 couteaux. Gela se remarque.
Après dîner, le café au salon, avec un grand luxe de vermeil, car on a quantité de sucriers et de cafetières de toutes les formes. Arrivent encore des visiteurs : aux beaux jours, on fait un tour de parc ou Ton s'assied devant le château ; autrement, musique dans la galerie, billard, whist, trictrac de l'Impératrice, le ithé avec gâteaux et glaces ; les voitures des Parisiens avancent; Joséphine reste encore quelque temps à faire des patiences, en bavardant avec les dames de la Maison ; à minuit, elle monte ; et, tous les jours, c'est ainsi, avec des engagements pris d'avance qui rendent tout déplacement impossible, avec cette régularité monotone d'imaginaires devoirs qui, sans que nul ait la volonté de s'y soustraire, transforme les