LE FAUBOURG SAINT-GERMAIN S
ses ignorances ; elle déleste les hommes de la Révolution ; elle est pleine de faiblesse pour les hommes d'Ancien régime et» si elle ne prend sa part ni du pillage ni des intrigues, elle est incapable de défendra ceux qu'elle n'aime point. La Maison se recrutant uni* quement parmi les émigrés et les adversaires virtuels de l'Empire, la société qu'on y attire et qui s'y plaît devient naturellement telle, et, à l'exception de quelques fonctionnaires qui persistent par devoir ou par curiosité, c'est un salon du faubourg Saint-Germain, et des pires, qui se tient à Malmaison sous le pavil* Ion impérial de Joséphine.
D'elle-même, elle est portée à rechercher ce monde : il Ta dédaignée, méprisée, bafouée lorsque la tante Renaudin a forcé son mariage avec Alexandre, mais il ne lui en a paru que plus désirable ; elle Ta entrevu à Pantémont par une chatière, et alors, avec quels yeux de convoitise ! elle l'a enfin approché en 92, mais seulement pour en connaître les déclassés et les rené* gats, ceux qui, pour quelque intérêt, ont renié leur caste et leur roi ; elle y a enfin jeté des relations dans l'antichambre de la guillotine et, dès qu'elle a eu un soupçon d'influence, elle s'est empressée à lui rendre ses très humbles services. Si supérieure qu'elle s'y trouvât en fait, elle s'y est toujours, en droit, sentie inférieure ; elle a porté toute son ambition à s'y faire agréer, non comme une protectrice, mais comme une égale; et ce monde qui a sollicité ses grâces, mendié son intervention, pris son argent et ses places, toujours en pensant qu'il lui faisait beaucoup d'honneur, ce
monde dont rien ne l'a dégoûtée, ni les hauteurs de M me de Custine, ni le ton de M"* de Guiche, ni les insolences de M mt de Ghevreuse, ni la trahison de M m * de la Rochefoucauld, ce monde-là, elle s'imagine le tenir, et c'est lui qui la tient.
Elle en est la prisonnière, l'espionne inconsciente, la placière patentée» la volontaire vache à lait. Elle le renseigne autant qu'elle est renseignée elle-même ; heureusement l'est-elle peu. Gomme il faut toujours qu'elle demande et que c'est devenu chez elle une fonction naturelle de solliciter, elle garde, de chaque homme en place qui la vient voir, une promesse de quelque chose et c'est pour les parents, les amis, les protégés de ce monde. Elle est incapable d'y rien refuser et le plus bel exemple en est sans doute la cousine la Rochefoucauld.
Celle-ci doit tout à Joséphine qui, dès le Consulat, a fait donner au mari une préfecture, puis une légation, puis des ambassades. Elle lui doit ses dettes payées, la place de dame d'honneur, d'énormes traiteterne nts, des gratifications à chaque occasion, le mariage de sa fille avec le prince Âldobrandini, la dot fournie par l'Empereur, la corbeille par Flmpératrice : pas un bijou, une robe, un meuble qu'elle ne lui doive, et pourtant, durant les cinq ans qu'elle est resiée près d'elle, elle n'a cessé de la persécuter au point qu'elle en pleurât, la desservant à la Cour comme à la ville, la tournant en ridicule, elle et le régime, et, vraisemblablement, par son secrétaire Luigny, installant aux Tuileries l'agence de la cons-