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LES MARIAGES

oie, l'Impératrice embrasse M™ de Poortalès. En public, c'est trop ; dans son cabinet, c'eût été bien. « Dans sa position, remarque M. de Castellane, il faut encore plus de dignité que si elle était régnante. » Le trousseau est superbe, mais la dot fut peu payée ; à sa mort, Joséphine en devait encore les deux tiers.

Le mariage de M Uo Annette de Mackau n'est célébré que le 22 janvier 1812 ; la veille» au contrat, Joséphine a encore mis cent mille francs, outre le trousseau. L'assistance est bien autrement qualifiée qu'au mariage Pourtalès. Le futur, à défaut de son père, membre du conseil de préfecture du département de l'Aisne, est assisté du duc de Vicence et du «omte Durosnel ; la future, dont le père, omettant les grandes places qu'il a remplies, se dit seulement propriétaire f a pour témoins le comte de Wittgensteinfierlebourg, MM. Xavier et Charles de Fitte de Soucy, et M. André Alissan de Ghazet. Cest Charrier de la Roche, l'évéque de Versailles, premier aumônier de l'Empereur, qui officie, assisté du curé de Rueil et Ton doit penser qu'il y eut des chansons, Chazet en faisant alors son métier.

Un vent de mariage a soufflé sur Malmaison, c'est l'année aux noces, et, pour Joséphine, Tannée aux dots: une dot de 3 000 francs de rente, avec 6 000 francs de trousseau à la femme de garde-robe, M Ue Avrillon, qui épouse un M. Bourgillon ; une dot à la petite Haute, la fille du portier de Boispréau, l'ancien portier de l'École de Brienne, qui épouse le chasseur de l'Impératrice, un nègre, Joseph Rémond, et, pour ce mariage,

il a fallu une permission spéciale signée de la propre main de l'Empereur et Roi, contresignée par le ministre secrétaire d'État et certifiée conforme par le Grand juge : permission à un nègre d'épouser une blanche ; une dot encore» mais celle-là qu'on promet, et qu'on oubliera de payer, à la négresse Mal vin a, de la chambre de Sa Majesté, — en ses noms Malvina-Joséphine-Anne Kaprindé, née à Brignan, en Afrique, fille de M. Kaprindé et de M™* Kataba, — qui épouse, sans dispense, un nègre : Jean-Baptiste Julien, attaché au service de M. Benolt-IIerlwich Yanderlenden, ancien capitaine d'infanterie et propriétaire à Rueil. Ainsi, pour commencer les économies, voici 400 000 francs au moins dont Joséphine s'endette eu quelques jours, mais quelle joie de marier 1

Et quand ce ne sont pas les mariages, ce sont les baptêmes : comme de juste, elle en supporte tous les frais, elle paie les dragées et faitdes cadeaux à la mère, à l'enfant et même au compère, car le compère habituel est Napoléon-Louis, grand-duc de Clèves et de Berg : baptême de Charles-Joséphine-Auguste-Paul Barthélémy de Las Cases, fils du maftre des requêtes, chambellan de l'Empereur, qui se qualifie baron de Las Cases, comte de l'Empire, — mais à celui-là il faut tout passer I — baptême d'un fils de M. Rolland, cornmissaire des guerres, baptême d'un fils de Louis de Tascher, colonel d'infanterie, commandant de Bremen, combien d'autres ! Et, à chaque filleul nouveau, c'est le présent obligatoire après la cérémonie, c'est la rente assurée des étrennes, si bien qu'au jour de Tan,

LES SOLLICITEURS tM

Malmaison est transformé en magasin de jouets et en boutique de bijouterie. Jadis pour un tel honneur, il fallait l'agrément de l'Empereur, qui ne le donnait qu'à bon escient. À présent, il suffit qu'on demande et Joséphine est incapable de refuser.

Gomme chacun la sait facile, chacun tire sur elle : point d'auteur ou de libraire publiant un ouvrage à gravures qui ne sollicite des souscriptions; Si elle ne prend que deux exemplaires, Ton s'étonne. Gomme ces livres sont publiés par livraisons, les factures s'accumulent et les plus humbles solliciteurs deviennent, après quelque temps, les plus insupportables créanciers. Mais elle ne se corrige point de promettre, pas plus qu'elle ne se corrige d'acheter des tableaux, des bulbes, des oignons, des graines, des arbustes : Par Bonpland, elle s'établit la gratuite fournisseuse de tous les amateurs de l'Empire; à quiconque visite ses serres, elle promet des sujets, elle se dit charmée de les offrir, elle n'y pense plus, mais on y pense pour elle. N'est-ce pas de Malmaison que vient le magnolia pourpre qui fait l'orgueil de M™ de Chateaubriand au Val-du-Loup et, chez Gorvisart, à la garenne de Colombes, les trous ne sont-ils pas faits pour douze cents pieds d'espèces rares? les arbustes se font attendre : « J'espère, écrit Gorvisart, Monsieur l'Intendant, que Sa Majesté l'impératrice Joséphine vous donnera aujourd'hui un bon savon pour vous fortifier dans le râle de musard dont vous vous acquittez si bien. » Des plantes de la Nouvelle-Hollande pour M. Hue de Gorbigny, préfet de Loùr-et-Cher qui en a

obtenu promesse par deux fois ; des bulbes peur M . de Gandolle qui en a reçu déjà, mais pourries; on lui doit bien cela : il fut le parrain de l'Amaryllis Joseph in an ae; des lauriers rares pour le baron de Rouvroy qui a trouvé le secret de les greffer sur de vieux cerisiers et qui, en échange, propose qu'on métamorphose ainsi les cerisiers de la cour d'honneur de Malmaison. Qu'est-ce que ces exemples? Chaque jour, des ballots partent à tous les coins de la France et c'est» rien que pour les fleurs» une correspondance immense. Mais la poste au moins ne coûte rien. Joséphine a gardé le contreseing, étendu à toute sa maison , en sorte que, tout à l'heure, ce sera sous ce couvert que circuleront en franchise les lettres et les avis séditieux.

Tout lui est occasion ou prétexte à dépense : durant son voyage à Àix, alors qu'elle se préparait à restaurer Navarre de fond en comble, n'a-t-elle pas fait renouveler en entier l'ameublement de sa chambre à coucher de Malmaison, étendu sur les murs et les sièges l'amarante d'un cachemire brodé d'or fin, drapé les fenêtres et le lit de quinze-seize blanc et de mousseline brodée d'or, substitué aux bois trop simples de la couchette et des fauteuils des bois sculptés et dorés» jeté un tapis de velours bleu à franges d'or sur la table où doit être étalée la toilette du Couronnement, don de la ville de Paris, placé sur la cheminée entre des candélabres de bronze doré et des vases de porcelaine, une pendule au dernier goût, f Amour et la Pudeur monté* sur un socle de marbre rouge. Gela est laid.

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