‹ Joséphine répudiéeChapitre 98 sur 165 · LES PRÉSENTS · texte numérisé non relu

LES PRÉSENTS

m La mode, si puissante à Paris, règne ici en mattresse, » dit une Polonaise visiteuse. Il n'en a coûté que 50 000 francs, mais on les doit. On en doit bien d'autres : si, grâce à l'Empereur et parce qu'on ne vendait que comptant, Joséphine a payé Boispréau, la maison de M u ° Julien, elle doit 500000 francs pour le château de la Chaussée qu'elle vient d'acheter de M^de Mayne; elle doit les tableaux qu'elle a choisis au Salon de 1812, entre autres les Amours de Françoise de Rirnini pour qui elle a promis 6 000 francs à Couprin de la Coupe rie; elle doit les statues qu'elle a commandées à Canova ; elle doit à tous et à d'autres ; mais cela ne l'empêche point d'avoir la main toujours aussi donnante et, de la même grâce qu'elle vient d'acheter, de faire des présents. Une dame bolognaise, la comtesse Martinetti, vient la voir; elle la trouve charmante, ce qu'elle est. On fait un tour de parc; Joséphine amène la conversation sur la température, ôte de ses épaules un magnifique cachemire, le pose sur celles de la comtesse, en lui disant : « Enveloppez-vous dans ceci, Madame, et conservez-le en souvenir de moi. » Pour une branche de camélia blanc offerte à la maréchale Oudinot venant faire sa visite de noces, que de cachemires ainsi donnés aux demoiselles qui viennent quelques jours à demeure, aux dames qui amènent leurs enfants, aux petites filleules ! Sa robe qui est d'un cachemire tout â fait rare ferait de biens jolis gilets, dit M. de Pourtalès ; elle prend des ciseaux; taille dans la jupe, en distribue les morceaux aux

chambellans et aux écuyers et reste avec le corsage

sur le jupon blanc de dessous ; cela fera une mode pour les jolies tailles. Pour ses courses à Paris, IL de Turpin n'a qu'un vieux cabriolet qui semble de louage; à son ordre, en voici un qui avance, le plus élégant qui soit et attelé à un cheval de prix; c'est une surprise de l'Impératrice ; à ce même chambellan» elle commande tableau sur tableau, fixe un prix qu'aucun marchand ne donnerait et ajoute quelque diamant de six mille francs.

Durant ce temps, MontHvault taille, rogne et croit, en réglementant, faire des économies. Une caisse d'oranger est pourrie ; l'intendant en réfère au chevalier d'honneur qui a la surveillance des jardins et qui répond à Bonpland : « La première des conditions est de savoir sur quels fonds vous demandez que cette dépense soit imputée, car il n'y a plus de fonds pour l'entretien de Malmaison ; on ne peut plus prendre cette dépense que sur la Grande réserve et il ne m'appartient pas d'en disposer. » Le chemin des Bois-Hudré, près la fontaine Mathilde, où Sa Majesté passe chaque jour pour aller aux bergeries, à la vacherie et dans les bois, a besoin d'une réparation urgente : il faut un devis explicatif de l'entrepreneur, un rapport confirma tif de l'intendant des jardins, une approbation du chevalier d'honneur, un bon à exécuter signé Mont- Hvault, et il s'agit d'une dépense de 77 fr. 34.

L'intendant s'ingénie à trouver de l'argent, met en location les terres que Joséphine a destinées pour augmenter son parc, quatre-vingt-seize hectares dans la plaine de Rueil et dans celle de Garches ; de même,

LES ÉCONOMIES Iti

le château de Buzenvai avec ses jardins potager et fleuriste. Il songe qu'il y a, à la Martinique, dans les plantations des Trois-Islets et du Lamentin, des quantités de sucre qui, importées en France produiraient de belles sommes. A la vérité» depuis 1809» les Anglais sont maîtreâ de l'Ile, mais Montlivault ne s'en soucie» et il adresse à Gollin de Sussy, ministre du Commerce et des Manufactures, pour s'obtenir l'autorisation de l'Empereur» l'Impératrice ne voulant rien entreprendre sans son agrément.

Il arrive même que Joséphine parait prendre intérêt aux efforts qu'il fait ; elle lui donne des conseils sur la manière dont il doit s'y prendre et lui expose des théories sur les réformes» mais elle s'en excuse : c Vous trouverez» lui écrit-elle, ma lettre un peu grave» mais je m'aperçois tous les jours que je deviens, non pas économiste, mais économe. »

Quelle illusion l Peut-être, après tout, est-elle de bonne. foi et s'imagine-t-elle être telle parce qu'elle lésine sur des centimes, tout en jetant les billets de mille francs par les fenêtres. Il se trouve toujours des gens pour les ramasser» et c'est à cela» pour une bonne part, qu'elle doit Sa popularité. Aussi qu'on ne s'étonne pas s'il y a foule à Malmaison pour la Saint-Joseph et si « tout le grand monde de Paris se réunit au cercle . de l'Impératrice ».

Le mois suivant, Joséphine eut la joie de voir son fils. Mandé par l'Empereur pour recevoir ses instructions au sujet de la guerre imminente avec la Russie» Eugène arrive à Paris le 22 avril et» tout de suite

après avoir vu l'Empereur, il accourt à Malmaison. Sans doute» il aura bien du travail avec l'Empereur ; il aura sa eour à faire à Marie-Louise à laquelle il offre le portrait de ses enfants et qui en est charmée ; il doit s'occuper de chercher une nourrice, car Auguste est encore enceinte, de régler le voyage de cette nourrice, de choisir des robes, et puis les levers, les chasses, les conseils, les promenades, les conférences; toutefois, les heures dont il dispose sont pour sa mère. Joséphine, qui parait fort aimer sa belle-fille et qui lu traite comme elle eût aimé qu'on la traitât elle* même, lui fait faire par Leroy six jolies robes dont Eugène envoie les échantillons. Gela n'allonge que de 2048 francs le mémoire. Eugène décidera-t-il «enfin sa mère à exécuter le projet du voyage à Milan tant de fois remis? Elle a dit qu'elle viendrait pour lès couches de sa bru et son fils s'en réjouit d'autant plus qu'ainsi, elle le remplacera ; mais, en y regardant, un tel voyage n'est point simple. Il faut compter avec l'étiquette. Joséphine gardera l'incognito, soit, mais Eugène, vice- roi, ne peut s'abstenir de lui rendre au moins quelques honneurs domestiques. 11 ne la logera pas au Palais royal, puisqu'elle ne le veut pas, mais il lui donnera, à la villa Bonaparte et à Monza, son propre appartement. Il désignera pour son service des dames, des chambellans et des écuyers de la Maison d'Italie ; il règle tout et il pense à tout : « Elle arrivera incognito, écrit-il à la vice-reine; puis elle recevra toutes les personnes présentées à la Cour :hd jour, les autorités, et, le lendemain, les dames et leurs

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