‹ Joshua ReynoldsChapitre 10 sur 20 · DAVID GARRICK · texte numérisé non relu

DAVID GARRICK

D'après la gravure de P. Viel.

ils étaient venus ensemble à Londres, l'année suivante, pour y chercher la fortune, qui leur fut diverse. Reynolds devint naturellement l'ami de

Garrick. Chez l'acteur, la vanité se traduisait par le désir poussé jusqu'à la manie de faire passer son image à la postérité. Il est vrai que du plus merveilleux talent, dans cet art du comédien, il ne reste, l'homme mort, qu'un souvenir bientôt effacé, puis rien, un nom. Grâce à cette circonstance, il existe des portraits de Garrick à profusion. Reynolds ne l'a pas fait moins de sept fois. Gainsborough Angelica KaurTmann, Zoffany, nombre de moindres artistes le représentèrent dans les rôles les plus variés. Il posa pour Hogarth lui-même dans de singulières conditions ; par l'extraordinaire puissance de sa mimique, il put faire revivre sur son masque les traits de Henry Fielding, quand le grand peintre satirique eut à faire le portrait posthume de l'auteur de Tom Jones et d'Amélie. Mais de toutes les effigies de l'acteur, la plus connue et la plus importante, — non la meilleure pourtant, — est celle où Reynolds représente Garrick entre la Tragédie et la Comédie, hésitant entre l'une et l'autre muse. Telle est en effet l'histoire de la carrière de Garrick. 11 fut tout d'abord attiré par la tragédie; mais, alors que les attraits de la comédie l'eurent subjugué, il ne put cependant renoncer à la première. — L'œuvre est de 1761.

Nous ne partageons que faiblement l'admiration que cette toile inspire à nos voisins. Le mélange de figures réelles et de figures allégoriques produit en général une impression de désaccord dont Ingres n'a pas triomphé dans son portrait de Gherubini, Delacroix non plus dans la Barricade de i83o, et Rubens à peine dans la Galerie de Médicis. Cette réserve se complique chez Reynolds d'un manque absolu de style dans la conception des figures tragiques. C'est le reproche essentiel que comporte également le célèbre portrait de Mrs. Siddons appartenant au duc de "Westminster.

t. Garrick, qui ne goûtait pas à sa valeur le talent de Gainsborough, prit plaisir, en Tune des séances, à modifier à tout instant l'expression de son visage. Chaque fois que l'artiste, après l'avoir bien observé, tournait ses regards vers la toile, le comédien fixait sur, son masque une différente expression de physionomie. Tellement qu'à la longue, déconcerté, irrité, Gainsborough jeta ses pinceaux au loin en s'écriant : « Décidément, ce n'est pas le portrait d'un homme que je fais; c'est bien plutôt celui du diable ! »

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