‹ Joubert; textes choisis et commentésChapitre 15 sur 112 · JOUBERT. — CHAP. IV · texte numérisé non relu

JOUBERT. — CHAP. IV

notre réunion me fait éprouver de triste et de doux. Elle a eu hieu des chagrins, et moi-niênie je lui en ai donné de oraiuls, par lua.vie éloit>;née et pliil(>so[)hique. Q\w ne puis-jc les réparer tous, en lui rendant un fds à, (pii aucun de ses souvenirs lU' peut reprocher (hi nu)ins de Tavoir lro|) |)eu aimée!

Elle m'a nourri de son lait, et « jamais », me dit -elle souvent, « jamais je ne persistai à i)leurer, sitôt (jue j'entendis sa voix. Un seul mot d'elle, une chanson, arrêtaient sur-le-champ mes cris et tarissaient toutes mes larmes, même la nuit et endormi ». Je rends grâce à la nature qui m'avait fait un enfant doux ; mais jugez combien est tendre une mère qui, lorsque son fils est devenu homme, aime à entretenir sa pensée de ces minuties de son berceau.

Mon enfance a pour elle d'autres sources de souvenirs maternels qui semblent lui devenir plus délicieux tous les jours. Elle me cite une foule de traits de ma tendresse, dont elle ne m'avait jamais parlé, et dont elle me rappelle fort bien tous les détails. A chatpie moment que le temps ajoute à mes années, sa uu^-moire nie rajeunit ; ma présence aide à sa mémoire.

Ma jeunesse fut plus pénible pour elle. Elle me trouva si grand dans mes sentiments, si éloigné des routes ordinaires de la fortune, -si net de toutes les petites passions qui la font chercher, si intrépide dans mes espérances, si dédaigneux de prévoir, si négligent à nu^ précautionner, si prompt à donner, si inhabile à acquérir, si juste, en un mot, et si peu prudent, que l'avenir l'inquiéta.

Un jour qu'elle et mon père me reprochaient ma générosité, avant num départ pour Paris, je répondis ti'ès fermement « que je ne voulais pas que l'âme d'aucune espèce d'hommes eût de la supériorité sur la mienne ; que c'était bien assez que les riches eussent par-dessus moi les avantages de la richesse, mais que certes ils n'auraient pas ceux de la générosité ».

Elle me vit partir dans ces sentiments ; et, depuis que je l'eus (piittée, je ne me livrai ([u'à des occupations qui ressend)lent à l'oisiveté, et dont elle ne connaissait ni le but, ni la nature. Elles m'ont procuré quelquefois des témoignages d'estime, des possibilités d'élévation, des hommages même dont j'ai pu être Hatté. Mais rien ne vaut, je l'éprouve, ces suffrages de ma mère. Je vous [)arlerai d'elle pendant tout le temjjs que nous nous

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reveiToiis, car j'en serai occupé tant que poiura durer ma vie. La sienne est bien affaiblie. Elle ne mange presque pas, et souffre souvent d'un asthme sec qui est l'infirmité décidée où la délicatesse de son tempérament a abouti. Elle dit cependant qu'elle se porte bien ; mais elle se trompe et nous trompe. Sa résignation domine maintenant sur toutes les autres perfections qui avaient autrefois tant d'éclat...

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