SUR SES LECTURES
A Mudanie de Beaumont.
Villenouve-sur-Yoïuie, l'^'' décembre 18U0.
... Votre Condillac m'a roidi et desséché l'esprit, pendant dix jours, avec une telle force, qu'il n'y avait pas en moi une fibre qui ne s'en ressentît et ne se refusât à toute fonction. Il m'a fallu interrompre cette aride lecture et me jeter, pour digérer, dans d'autres lin-es. Un Massillon, qui m'est tombé par hasard sous la main, m'a réussi : il m'a huilé et détendu, •M. Xecker, qui est survenu, ne m'a pas nui : je suis tombé de l'huile dans la graisse, et je me sens rempâté.
Ecoutez donc : il y a dans ce gi'os li\Te (1) du ridicule, et un ridicule qu'a.ssurément on ne pardonnera pas ; mais tant pis pour ceux qui ne sam'ont pas y trouver de l'utilité et se borneront à en rire. H y a de grands profits à y faire, en pai'lant comme M. Xecker, pour sa vie et pom* son esprit.
Je voudrais bien qu'il mît son rabat de ministre dans sa poche, qu'il jetât son froc aux orties, et qu'il nous redît tout cela en habit de ville et sans masque. Il y aurait là du grand et du beau, et du %Tai et de l'important, que les citations de la Bible elles-mêmes ne dépareraient pas, car la plupart sont de
(1) Évidemment le Cours de morale religieuse, qui venait de paraître.
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oraiult's beautés littéraires, qu'on ne trouverait point aillcm-s. Quant aux singularités et même aux bizaiTeries de style qui y subsisteraient encore, on les pardomierait au nom de riiomme, au pays où il est né. à cflui où il a écrit, et au métier qu'il a quitté. Il faut qu il y ait, dans ce vaste esprit, un coin de sottise bien déterminé, pour avoir fait, avec réflexion entière et pleine, une pareille gaucherie. Dieu veuille qu'il rei)renne sa matière et qu'il la repétrisse ! Il en ferait un bel ou\Tage, et qui serait bien nécessaire. Je fais des vœux pour sa santé ; car, s'il vit, il remaniera ces gTands sujets, et il ne les gâtera plus (1).