‹ Joubert; textes choisis et commentésChapitre 23 sur 112 · UI5EUT. — CHAP. IV · texte numérisé non relu

UI5EUT. — CHAP. IV

iiiiinuahle ; mais mon sanj); ot ma cliair soïit capricieux an lieu (le moi. llieu ne peut les douipter qu'im i^rand iiKtfif (pii vient (lu cœur. Si, par exemple, je me sens évidemment n(''cessaiie, aussitôt mon |n'incipe de mouvement se met en (puvre, avec une l'(iic(>, nue éo;alité (pii m'ont bien souvent (''tonné. Un épuisement absolu me forci' seul à m'y soustraire, car cette faculté vit toujours en moi ])ar la partie de ses racines (pii tient à la volonté.

Il me senrble certain, d'un autre C(")té, (jue j'ai naturellement l'âme et la fibre aussi haut montées que Fliarmonie humaine le permet, et (pie, dès qu'elles éprouvent ' quelque irritation, je sors du diapason. Tout ce qui porte à mon cerveau i)lus d'esprits ([u'il n'y en a d'ordinaire le trouble et met obstacle à ses fonctions ; tout ce (pii porte dans mon cœur jjIus de feu y produit le même embarras.

Voilà pour(pioi, quant au premier point, une longue ou trop vive application me rend stérile, et pourquoi, cpiant au second, il me faudrait peu d'affections, peu d'amis. Ma tête et ma sensibilité auraient besoin, pour s'exercer avec succès, d'un mouvement qui dissipât ce qui s'y trouve, mais (pii n'y amenât rien.

Le plaisir intellectuel qui m'est si nécessaire pour opérer, ce (pie je me reproche comme une espèce de vice spirituel, est peut-être cependant pour moi jme ressource inchspensable et (|ue la Providence elle-même me prescrit. Albus solor disgregat visum, disait l'école ; voilà le cas où je me trouve. Ce qui me le démontre, c'est cpie les idées graves me viennent en abondance, quand je me joue, et s'arrêtent dès qu'elles m'ont beaucoup tendu. C'est ce qui fait aussi que mes bienveillances ont la tendresse et les feux des passions, et que toutes mes passions se sont promptement taries, en ne laissant rien d'elles-mêmes, (piand tous mes sentiments laissaient en moi quelque racine indestructible. En tout il me faut quelque jeu. Si Dieu le veut, il n'y a rien à se reprocher ; or, en m'examinant à fond, jusque dans mon innocence première, car il est aussi important de ne pas se condanmer que de ne pas s'absoudre mal à propos, j'ai trouvé (jue véritablement cette disposition ne venait pas en moi d'habitude.

Voilà ma confession. Si elle m'excuse aujourd'hui, elle ne me réjouit pas, je vous assure. Que ce soit, en effet, défaut de

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vie ou défaut de nature, les inconvénients sont les mêmes. Xe m'épargnez donc pas là-dessus. Aidez-moi à combattre, par la honte et par la crainte de ses inconvénients, une inftrmité qui est naturelle, mais à laquelle je dois résister autant que je le puis. Quant à ce qui passera la possibilité, je saurai m "y résio-ner comme à un mal (jui \ient d'en haut. Il y a des défauts dont nous ne pouvons tirer d'autre parti que de nous en faire une vertu par la patience et par notre soumission à les avoir. Apparemment le mien ne me permettra jamais d'être très utile ni à moi ni aux autres, et je mourrai rempli de beaux projets et de l)elles intentions qui n'aboutiront à rien du tout. Quelques plaisirs que mon fesprit aura donnés par-ci par-là, pendant ma vie, seront la seule récompense ou le seul dédommagement des soins que j'aurai pris de sa culture. Coimiie il plaira à Dieu ! C'est mon mot d'habitude et mon remède à tous ces maux. Il me rend le courage et la paix, et me rengage toujours avec joie, quand je le prononce du fond du cœur, aux soins, aux peines, aux travaux dont je vois l'inutilité. C'est le bois (le mon sacrifice: je l'assemlîle tant C|ue je peux; ainsi je n'aurai rien perdu, parce que ce qui sera inutile pour mon usage servii-a du moins à mon offrande.

qu'est-ce que la vérité?

^1 M. MoU.

Villeneuve-sur- Yonne, 30 mars 1804.

... Dire aux hommes que toute erreur est funeste, n'est-ce pas les porter, par leur propre intérêt et par leure intérêts les plus grands, à tout examiner et, par conséquent, à tout rendre problématique, au moins quelques moments? situation la plus funeste où puisse être placé le genre humain. H n'est pas exact, d'ailleurs, que toute erreur soit funeste. Que dis-je? il en est un grand nombre qui n'éloignent pas de la vérité, car elles en occupent. Telles sont presque partout les fables qui s'attachent

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aux reliojoiis. En parlant de Dicn, elles en eiitietiennent la cj'oyance et en ineul(juent les lois :

Le conte fait passer la morale avec lui.

Beaucoup d'erreurs soiit jnoins des opinions (pie des vertus, moins des égarements de l'esprit que de beaux sentiments du cœur. Telles sont celles qui ne s'adoptent que par respect, par pitié, par soumission pour les parents, pour les anciens.

H faut distinguer soigneusement les erreurs nouvelles des anciennes, les erreurs dogmatiques des erreurs de docilité, les systèmes inouïs et en opposition à toutes les idées antérieures des systèmes ])artiels et qui portent plus sur les formes que sur le fond...

Toute erreur qui est ancienne a perdu son venin, ou peutêtre, pour . parler plus exactement, toute erreur qui a subi l'épreuve du temps et y a résisté est une erreur qui est innocente par nature et peut s'amalgamer avec tout ce qui est bien. C'est ce qui l'a rendue vivace.

Dieu nous trompe perpétuellement, et veut que nous soyonstrompés ; je veux dire qu'il nous donne perpétuellement des opinions à la place du savoir dont nous ne sommes pas capables. Quand je prétends qu'il nous trompe, j'entends par des illusions et non par des fraudes. Il nous trompe pour nous guider, pour nous sauver, non pour nous perdre. C'est l'éternel poète, si je puis user de ce mot, comme l'éternel géomètre...

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