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.1 M. de Fu}da)i(',^.
VilIeiKUivc, 22 (ictobrc 18U'J.
...Je ne suis qu'un lioinuie (hi moiulc, et je m'égare dans ma route ; car ce n'est pas des défauts du prochain que j'avais résolu, monseigneur, de vous entretenir aujourd'hui, mais de mes propres qualités. Elles ont été l'objet de mes méditations assidues dans un jour de uiaux et d'eniuiis, et m'ont paru mer veilleuses : je veux vous en féliciter. Je vous le dis sincèrement et dans le style populaire qui sied si bien à la franchise : Monseiqneui; vous êtes bien heureux de m avoir!
Je fais mon devoir à merveille, et je sais vou-s eu a.nmscr ; je me joue avec votre hermine, j'égaye votre royauté.
Vous avez subjugué tout le monde autour de vous, excepté
moi. Toutes les opinions se taisent devant la vôtre, excepté la mienne.
Je vous dis tout ce f|ue je pense, et je pense avec vous ce que je veux.
Sans moi, vous n'auriez pas dans votre empire un sujet qui osât toujours vous dire la vérité pure. Sans moi, il n"y aurait pas dans votre cour un homme libre, ou qui du moins, vu Tintimité et la familiarité invétérées, pût, comme moi, sans offenser les bienséances, le ])araître hautement et publiquement.
Sans moi, vous ne connaîtriez pas, hors de votre famille, les délices de la contradiction ; sans moi, rien ne rappellerait jamais à votre souvenir l'ancienne et douce égalité.
Et remarquez ceci, monseigneur : celui qui sait rire avec vous de ses occupations et des vôtres est un homme grave et même austère : celui qui se joue avec vos dignités est l'homme qui attache le plus dimportance à votre rang, à vos fonctions, et qui les respecte le plus dans son esprit et dans son cœur ; enfin l'homme cpii vous contredit le plus souvent est celui qui a pour vous, en Secret, le faible le plus décidé ; Thomme cpii vous est le moins asservi est aussi celui qui vous est le plus dévoué.
Vous n"avez jamais obtenu et vous n'obtiendrez jamais de moi tous les jours une aveugle approbation : mais vous avez toujours exercé et vous exercerez toujours sur moi, tous les jours et à tous les moments, en dépit de vous et de moi-même, un ascendant plus glorieux.
Il y a trente ans et plusieurs mois que je vous aime : ce n"est là qu'une bagatelle : il y a trente ans et plusieurs mois que, pour le talent dans tous ses détails, pour les gi-ands traits de conduite et de caractère, j'ai pour vous, sans interruption, un sentiment bien supérieur à l'amitié : un sentiment plus rare et plus élevé : un sentiment que peu d'âmes peuvent inspirer et peu d'âmes garder ; un sentiment dont peu d'hommes sont dignes et peu de gi-ands hommes même capables ; enfin un sentiment unique, celui d'une invariable et, pour tout dire franchement, d'une incurable admiration.
^ C'est sur quoi, monseigneur, j'ai voulu vous faire aujourd'hui mon très sincère compliment. Agi"éez-le, je vous prie, avec votre écpiité accoutumée.
Je suis très profondément, comme l'autre jour, monseigneur,
76 == JOiniKRT. — CHAP. IV =
(le Votre l'Acelleiice le très Iniinlilc ot ftvs obéissant serviteur,
.loUBERT.
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