‹ Joubert; textes choisis et commentésChapitre 7 sur 112 · JOUBERT. — CHAP. IH · texte numérisé non relu

JOUBERT. — CHAP. IH

(et ne l'onblioz plus) l'événement qui m'a rendu sacré le jour de Sainte-Madeleine. C'est là aussi ce qui m'a fait tant aimer les tubéreuses, dont je vous donnai ce jour-là un beau bouquet, et c'est en riiojmeur de ce beau bouquet que je m'en donne un pareil fous les ans, à la même heure, s'il se peut, et que je vous ai dédié et celle (leur et son odeur. Je voudrais bien n'être pas fade, mais il faut être vi'ai, et je dois vous avouer que le bonheur que j'éprouve à me rappeler ces importantes minuties fut un peu troublé, il y a un an, en voyant que seul j'en gardais bien nettement la nunnoire.

Jusqu'à la fin, ces a importantes minuties », qui sont la poésie de la vie sentimentale, firent les délices de Joubert : la dernière lettre que nous ayons de lui est adressée à Mme de Vintimille : elle nous apprend... j'allais dire que les deux amoureux s'étaient écrit tous deux, suivant leur coutume, le 22 juillet précédent, pour commémorer le solennel anniversaire, et elle se termine par ces mots : « Je désire aussi... que vous reveniez bien vite, afin que je puisse, du moins, m'imaginer que vous n'êtes pas loin de moi, E fra tanto, je baise vos aimables mains. » Si ces lettres ont passé sous les yeux de Mme Joubert, je voudrais croire, encore une fois, sans en être très sûr, qu'elle n'en a point souffert.

Ainsi s'écoulait doucement, entre ses amis et ses livres, ses lettres et son journal, tantôt à Paris et tantôt en province, la vie tout intérieure de Joubert. Sa santé, qui fut toujours délicate, exigeait des soins de tous les instants, et souvent c'est autour de son lit qu'il recevait ses nombreux visiteurs ; mais il s'était fait de sa faiblesse même une souriante philosophie, et son aménité native n'en était

DU CONSULAT .lUSQUA LA MORT 3o

guère altérée. Son plus jeune frère avait épousé la nièce de sa femme, et les deux ménages vivaient en commun, très tendi'ement unis. En 1809, Fontanes, nommé gi'and maître de l'Université naissante, fit de son ami un ^ conseiller » et un inspecteur général. Le choix était on ne peut plus heureux. L'ancien Doctrinaire avait l'expérience de l'enseignement ; il connaissait la x\ç et les hommes ; son sens très fin des réaUtés morales, sa scrupuleuse conscience professionnelle, son ai'dent désir d'être utile faisaient de lui le plus précieux et le plus actif des collaborateurs de l'œuvre nouvelle. « 11 s'est fait peu de bien dans cette Université,, nous dit son frère, auquel il n'ait contribué de près ou de loin, et il est resté bien peu de mal qu'il n'ait essayé de déraciner. » Les lettres que nous avons de lui confii-ment pleinement ce témoignage : il est tel plaidoyer pécuniaii'e ])our le nouveau corps professoral qui devrait rendi^e la mémohe de Joubert éternellement chère à tous les universitahes d'aujourd'hui, — notamment à ces professeurs de Sorbonne qni, moms heiu^eux que nos généreux députés, vivent, — Dieu sait comme ! — avec lem'S six mille francs de traitement.

La mort de Fontanes, survenue en 1820, fut pom- Joubert une des dernières gi'andes douleurs de sa ^àe. H avait espéré que son ami lui sm•^'ivrait à lui, l'éternel malade, et il avait réservé les plus beaux li^^•es de sa bibhothèque poiu: qu'on les lui remît après sa mort. Il ne devait pas d'ailleurs beaucoup tai'der à le sui^TC. « Pom' moi, écrivait-il à Mme de Vintimille, je ne suis plus qu'une âme, un souffle, un cœur qui vit.de souvenirs, et le vôtre fait mes délices. » Ses forces, ([ui n'avaient jamais été bien gTandes, diminuaient de jom' en jour. Le 22 mars 1824, il écrivait ces derniers mots testamentaires dans son journal : « Le vrai, le beau, le juste, le saint. » Et le 4 mai, il s'éteignait paisiblement et clirétieimement, à Tâge de soixante-dix ans.

Page 1