‹ JoujouxChapitre 57 sur 111 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

.laiil Ihoui-o.} Neuf heures vingt. (Dépliant un petit morceau de papier qu'elle tenait dans sa main et parcourant les lignes qui y sont

inscrites.) « Si VOUS êtcs seule cl neuf heures et demie... »

Encore dix minutes à attendre. (Promenade, impatience.)

Ah ce Maurice ! Qu'est-ce qu'il peut bien avoir à me

dire? (Même jeu. Brusque décision. Elle va vers le piano.) Tant pis,

je vais le faire descendre tout de suite!... D'abord, je retarde et puis, je suis seule à présent et tout à l'heure

on ne sait pas. (Elle s'est installée au piano. Après deux pu trois arpèges préparatoires, elle chante en s'accompagnant.1

Tu n'es pas beau, tu n'es par riche Tu manques tout à fait d'esprit Tes gestes sont ceux d'un godiche D'un saltimbanque dont on rit.

(Un regard au plafond et crescendo.)

Le talent c'est une autre affaire, Tu n'en as guère de talent De ce qu'on doit avoir pour plaire Tu n"as presque rien et pourtant...

(Elle s'arrête et écoute.)

(Parlé.) Je me demande s'il entend...

(Elle reprend fortissimo.)

Et pourtant?...

.Je l'adore, brigand, j'ai honte à l'avouer Je t'adore et ne puis vivre sans t'adorer!

Je ne hais pas la bonne chère...

On dînait chez ce vice-roi

Tandis que toi, toi pauvre hère.

Je mourais de faim avec toi !

J'en avais chez lui de la joie

J'en pouvais prendre tant et tant;

Univer-itas

J'avais du velours, de la soie.

De Tor, des bijoux, et pourtant...

Et pourtant?...

Je fadore, brigand, j'ai...

SCEiNE III JOUJOU, MAURICE

MAURICE, eiilrniit à gau-hc, un ]ieu essoufflé.

Bonjour, bonjour Joujou... Eh bien, que pensezvous de notre signal? Je n"ai pas été long à vous rejoindre.

Maurice, j'ai honte de ce que nous faisons là!

M.^URlCIi:

Oh ! Joujou, ne me gâtez pas cette minute radieuse ; si vous saviez comme depuis une heure je guette votre chanson avec un peu d'inquiétude et l'impatience et l'émoi d'un gamin, et si vous saviez aussi quelle sensation j'ai éprouvée, de jeunesse, de force, d'amour et d'amour de la vie, lorsque j'ai entendu monter à travers la maison votre belle voix chaude qui chantait pour moi!... Voyons, Joujou, ne faites pas vos yeux tristes, vous chantez la Périchole divinement, il n'y a pas de remède à cela...

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