ACTE II, SCKNE III
Nous voyez, elle se doute de ({uelque chose 1
MAURICE
Kncoi-el Pauvre Blanche, vous lui en aUribuez uni' perspicacité! Mais je serais ])arli avec vous tout à l'heure qu'elle n'y aurait vu ([ue du feu... Enlin, pour vous faire plaisir, j'ai raffiné; le télégramme no me parviendra que cet après-midi, et je pourrai m'exclamer de l'air le plus candide : comme c'est embêtant, quel([ues heures plus tôt et je faisais le voyage avec
Joujou !
En voilà des mensonges I
MAURICE
De tout petits, et puis, c'est moi qui les commets... A propos, vous êtes-vous débarrassée de votre femme de chambre?
I lui, je l'envoie en Lorraine, chez ses parents... Ah! non. ses parents sont morts... Entin, elle va passer dix jours en Lorraine.
liravo! Admirable! Vive la Lorraine! Alors c'est bien vrai, Joujou? Il y a du bon! Mon rêve insolent va se réaliser.
Vous n'y croyiez pas?
MAURICE
Si, si, je voulais y croire, j'y croyais comme je crois en Dieu... vaguement... C'était si beau! Mais à présent, j'ai la foi... Tenez, j'entre en extase; je vois des choses... il est trois heures, il y a du soleil, la place de la Nation est pleine de bourgeois et de pioupious sympathiques; j'arrive, personne ne fait attention ;i moi, mais çam'estégal... Tout de suite, prèsdeFentréi' baroque du Métropolitain, sous la garde d'un cochef renfrogné et charmant, j'aperçois un sapin... votre sapin ! car seule une femme, et la femme qu'on aime a pu choisir un aussi lamentable sapin ! Il est cabossé, il penclie, il est sale, il est décati, il est adorable... De loin, j'y devine votre silhouette anxieuse et voilée, et à mesure que j'approche et qu'elle se précise, une grande douceur descend sur le pauvre être hagard que je suis depuis le matin. ..Ne m'en veuillez pas, Joujou, d'être lyrique; c'est très vilain, je le sais, mais quand je pense que dans quelques heures mon martyre aura pris fin...
Votre martyre ! Il n'aura pas duré longtemps votre martyre !
MAURICE
Pas longtemps ! Dix-huit jours ! Il y a dix-huit jours, je les ai comptés, moi. que dans ce même salon, voum'avez souffleté et rendu follement heureux.