‹ JoujouxChapitre 88 sur 111 · ACTE III, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II

plus simple que vous ne pouvez vous rimaginer, et je suis prête à vous îa raconter depuis A jusqu'à Z.

LE CERTIER

Non, non, à aucun prix, ne me racontez rien, jamais rien!.,. Je n'ai, ni le droit, ni l'envie de rien savoir, je suis trop heureux, trop louché, que vous ne m'en veuillez pas d'être si franc ; je désirais seulement vous prouver que je m'étais rendu compte que vous souffriez, et j'ajoute que vous n'avez pas été seule à souffrir, , . Depuis que votre existence nomade a coriimencé, je l'ai suivie tant bien que mal, autant que j'ai pu le faire, sans être importumet sans donner à jaser.,. Ma seule préoccupation était de vous observer, de guetter un état d'âme meilleur, d'espérer qu'un jour viendrait où de nouveau, je pourrais tenter de vous parler de moi... Eh bien, depuis quelque temps, à certains signes, à certains mots, il m'a paru que vous vous libériez des vieux souvenirs, des mauvais vieux souvenirs, et que vous viviez de moins en moins dans le passé,., alors, au risque d'être ridicule, j'ai résolu,., enfin, je me suis juré d'avoir le courage,., tenez, j'en manque tout à fait de courage ! Les voilà, les mots difliciles !... Ah! si j'étais le premier gamin venu.,, quand on est jeune, tout aveu sonne clair, naïf, liumain. Du reste, cette fois, vous m'avez compris, n'est-ce pas?... Oui, c'est ainsi, je vous aime... je vous aime depuis très longtemps, je vous aime de toutes mes forces, je vous aime comme peut aimer un homme de mon âge qui sent bien que c'est pour la dernière fois et qui joue toute la fin de sa vie sur cette aventure-là! Ouf! iii sV-ponge le front.)

JOUJOU, très doucement.

Je peux me retourner ?

LE CERTIER

Non, non, pas encore ! Je n'ai pas encore fini!... Je sais parfaitement, Joujou, que jamais vous n'aurez pour moi autre chose que de l'amitié, c'est trop naturel, et il y a beau temps que j'ai fait mon deuil de tout le reste ; la certitude que rien dorénavant ne pourrait me séparer de vous, suffirait à embellir mon existence... Souvent, je vous ai entendue répéter que votre isolement vous devenait odieux, que vous souffriez de votre solitude, eh bien, vous me connaissez, je crois que si vous me faisiez la joie de m' accepter pour mari, je saurais demeurer un compagnon prévenant, dévoué à vos moindres désirs et respectueux de vos pensées intimes... Voilà! Si ma proposition vous déplaît ou si vous m'avez trouvé grotesque, dites le moi, sans détours, je redeviendrai le camarade d'avant, et plus jamais, je ne vous ennuierai de mes sentiments.

Je peux me retourner?

LE CERTIER

Oui, j'attends votre réponse.

JOUJOU La voici. Mon cher Hubert, j'avais deviné que vous

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