SCÈNE I
mademoiselle duchesnois, venant d'une
chambre latérale.
Déjà dix heures et demie! et pas un de mes convives n'est arrivé? Ils se font bien attendre. Par bonheur il n'y a point de péril encore; mon
cuisinier vient de m'informer qu'il lui faut un petit quart d'heure pour que le souper soit prêt. Ah! mon cuisinier! mon Estragon! je ne peux songer à lui sans m'extasier devant sa merveilleuse imagination. Quel homme! quel génie! Au temps de Lucullus, on lui eût élevé des autels, aussi tout Paris m'envie ce phénix. Le marquis de Cussy l'a appelé le Napoléon de la cuisine et ojoulaitqu'Estragon, non moins grand que Bonaparte, a conquis le monde avec sa casserole. Pigault-Lebrun le nomme le Platon de la philosophie, culinaire, et Dugazon le Dalaï- Lama de tous les cuisiniers. Et ce cuisinier, ce Dalaï-Lama est à moi, à moi pour toujours. Hélas! non, pas pour toujours, mais pour deux années. J'ai, Dieu merci! le temps d'aviser.