‹ Journal cliniqueChapitre 4 sur 11 · PROSPECTUS · texte numérisé non relu

PROSPECTUS

D E toutes les parties qu’embrassent les sciences médicales , celle (i) qui a pour objet de prévenir, de corriger ou de rendre moins sensibles les difformités dont le corps de riiomme est susceptible à toutes les époques de la vie , a été la moins cultivée; on peut même dire qu’elle l’est encore avec le moins de succès. Et comment en serait-il autrement, puisqu’ ainsi que l’ont très-justement remarqué les auteurs dé l’article Orihopedie du Dictionnaire des Sciences médicales : Par suite de V indifférence que les chirurgiens ont témoignée jusqu’ici pour cette partie de l’art de guérir , le traitement de ces infirmités est abandonné à des mécaniciens ou à des charlatans , qui., dépour-

(i) Onia désigne par le mot orthopédie ^ mot mal composé pour donner une idée exacte de la chose dont on veut parler , mais que toutefois nous emploierons nous-mêmes, puisqu’il est reçu dans le langage médical , où il s’en introduit tant d’autres qu’on fait tout aussi mal dériver du grec.

VUS des connaissances requises pour pouvoir être utiles, abusent de la crédulité publique , et multiplient impunément leurs victimes.

D’un tel état des choses résultent toutefois pour l’espèce humaine en général, et pour les individus en particulier, les plus grands dommages. Frappé autant de ses graves conséquences que de l’insuffisance ou du danger des moyens employés jusqu’ici pour les prévenir , nous exécutons aujourd’hui le projet que nous avons formé à la sollicitation de plusieurs de nos confrères, de nous livrer à un travail dans lequel on puisse trouver des matériaux propres à rendre moins sensible la lacune que présente cette partie de la médecine , l’une des plus vastes et des plus importantes , et à préparer ainsi les premiers fondemens d’un art dont l’objet est d’un si grand intérêt.

Vingt-cinq années de pratique, dont plus de la moitié ont été employées dans les hôpitaux à l’exercice et à l’enseignement clinique de plusieurs parties de la médecine et de la chirurgie , et notamment à celui des maladies des femmes et de l’éducation physique des enfans ; beaucoup de faits observés par nous-même ; un plus grand nombre recueillis par notre correspondance ou oralement dans nos rapports avec les praticiens les plus célèbres, faits que nous avons étudiés dans l’intention d’en déduire des principes d’après lesquels on puisse procéder à l’avenir , avec plus de probabilité de succès qu’on ne l’a fait jusqu’ici , dans le traitement des difibrraités ; et enfin l’examen aussi approfondi, que souvent x éitéré de diverses parties difformes , soit au moment de la naissance , soit après , quelles qu’en fussent l’origine , la nature ou la cause; tels sont les moyens à la faveur desquels nous croyons être parvenu à pouvoir rassembler avec discernement , et offrir dans leur véritable jour un nombre considérable de cas de diffbrmité , sur lesquels nous pourrons émettre le plus souvent notre opinion , motivée sur

ce qu’il y a dans certains d’entr’eux , relativement à leur traitement, d’utile ou de dangereux à tenter, soit qu’il s’agisse de corriger , soit qu’on n ait en vue que de prévenir.

En publiant aujourd’hui le Journal que nous annonçons , nous avons remis à un temps plus éloigné que nous ne nous l’étions proposé, ^l’impression d’un traité sur le sujet qui nous occupe , persuadé qu’un plus grand nombre d’observations et les recherches auxquelles pourront donner lieu celles que nous allons faire connaître, nous mettront plus à meme de perfectionner cet ouvrage. Nous nous sommes décidé à cette remise par une considération qui nous paraît devoir être des plus puissantes sur tout écrivain , celle d’être le plus utile qu’il se peut , et de Eêtre au moment du plus grand besoin : en effet ;

Premièrement, la littérature médicale n’oftre sur la matière que des observations assez rares et éparses, et deux traités spéciaux. La plupart de ces observations sont de peu de ressource pour les progrès de la science ; l’exposition des faits qui en font le sujet , manquant en général des conditions requises pour qu’une observation soit utile ; et des deux Traités, le plus ancien ( Traité d’ Orthopédie , par Aiidry , Paris, 1741) n’offre, d’après les rédacteurs de l’article du Dictionnaire des Sciences médicales , déjà cité, et d’après l’auteur même du plus moderne, qu’un mélange de préceptes utiles^ d’une foule d’erreurs et de préjugés, une mine dont on n’a point encore séparé le métal, tandis que le plus moderne {la Nouvelle Orthopédie, 1 vol. in-i8, publiée par M. Desbordeaux, Paris, i8o5) d après le jugement encore des mêmes auteurs de 1 article Orthopédie , est écrit d’une manière trop vague ; le sujet n'y est pas approfondi-, le cadre en est trop étroit pour qiiil puisse être aussi utile que l’importance de la matière pourrait le permettre.

Secondement , depuis quelques années plusieurs éta-

blissemens destinés au traitement de certaines difformités , notamment de celles de la colonne vertébrale , se sont formés à Paris; et jamais la crédulité publique, ainsi que nous le ferons voir plus loin , ne fut plus séduite^ plus abusée qu'elle ne l’est en ce moment.

Troisièmement, les traités spéciaux sur les bandages , la mécanique et les instrumens de chirurgie , sont aujourd’hui au-dessous de nos connaissances en ce genre.

La publication de notre Journal est donc justifiée autant par la nécessité que par l’à-propos. Disons comment nous le composerons.

Conformément à son titre , chaque Numéro se divisera en deux parties.

Dans la première , nous rassemblerons des observations sur les difformités qui peuvent affecter les différentes parties du corps dans les deux sexes et à tout âge. Nous y présenterons d’abord de préférence celles qui sont faites dans ces derniers temps par nos confrères ou dans notre établissement, avec tous les avantages qu’on peut retirer des progrès de nos connaissances en anatomie , en physiologie et en pathologie , espérant qu’avec l’autorité de faits vus et interprétés avec le secours de telles lumières , nous ne confondrons point la vérité avec l’erreur, et que nous détruirons , en cette matière , tant de préjugés accrédités jusqu’ici avec un si déplorable succès , non-seulement parmi les gens étrangers à la médecine , mais encore parmi beaucoup de médecins d’aillèurs recommandables.

Toutefois, loin d’exclure de notre Recueil les observations faites par nos devanciers, nous rechercherons avec soin et nous reproduirons celles , qui , quoique mal présentées sons certains rapports , ne nous en offriront pas moins des données propres à nous faire déduire des faits positifs dont elles seront l’expression , des conséquences analogues à celles que nous avons pu tirer des cas évidemment semblables. C’est avec ce discernement

que nous mettrons à profit tous les faits du meme genre , en les rapportant^ un même chef , et en rendant ainsi plus ' facile la notion des principaux traits qui les caractérisent.

Dans l’exécution du plan que nous avons arreté , nous profiterons des ressources immenses que nous offrent les hôpitaux de Paris (i) et sa population, les collections publiques et particulières de pièces anatomiques qui présentent des organes difformes, et nos rapports avec nos confrères de la capitale et des départemens , qui , par les fonctions publiques dont ils sont chargés , ou la célébrité dont ils jouissent, inspirent toute confiance. A la relation des observations , nous joindrons le dessin^des difformités dont une simple description ne pourrait donner une idée suffisante.

L’utilité dont nous désirons être à nos lecteurs en appelant leur attention sur les difformités, n’étant pas seulement relative au moyen de les prévenir ou de les corriger, nous ne nous bornerons pas à publier celles dont la connaissance n’intéresserait que sous ces rapports , quoique déjà fortimportans eneux-méraes. Nous avons dit ailleurs qu’un tel recueil devait encore servir à éclairer la

(i) Les exemples <3e difformités externes sont communs dans les hôpitaux de Paris , et les nombreuses dissections qui s’y l'ont fournissent fréquemment l’occasion d’observer des anomalies de structure, de configuration ou de rapport entre les parties à l’intérieur. Nous devons déjà à l’obligeance de nos confrères médecins où ebi- Ijj.rgiensdeces établissemens, d’avoir pu prendre connaissance, pour Ity examiner pendant la vie et après la mort , de ces derniers écarts aussi nombreux que variés de la nature , que les dissections sont seules capables de bien faire connaître , aujourd’hui surtout, que guidés par l’esprit d’investigation si lumineux dont ont fait preuve en ce genre MM. les professeurs Geoffroy-Saint-Hilaire , Serres et Bresebet nous pouvons mettre à profit dans la pratique les %'érités qu’ils ont si bien démontrées , et de l’exactitude de la plupart desquelles nous nous sômnies eonvaincu nous-méme.

théorie des fonctions de nos organes ; il nous restera à prouver la justesse de cette assertion , et c’est à quoi nous donnerons nos soins. Nous croyons pouvoir annoncer en attendant que nous avons déjà noté plusieurs faits propres à infirmer des théories relatives à certaines fonctions dans lesquelles les auteurs n’ont fait reposer leur système que sur la configuration et les rapports des organes , et quelquefois seulement sur la nature de leurs tissus.

Dans la seconde nous donnerons la description avec des figures, lorsqu’elles seront nécessaires, de divers agens physiques ou mécaniques, employés sur les différentes parties externes du corps , ou dans celles de ses cavités qui ont des ouvertures au dehors , dans la vue de changer leur configuration actuellement vicieuse ; de suppléer en totalité ou en partie , des organes qui ne peuvent remplir leurs fonctions; d’explorer certaines parties , de diriger vers elles , ou d’y tenir appliqués des médicamens sous diverses formes ou dans différens états.

Nous y annoncerons et nous y décrirons avec le dessin au trait, les instrumensde chirurgie peu connus, nouvellement perfectionnés ou inventés. Les avantages ou les inconvéniens que peuvent offrir ces instrumens ne pouvant être bien appréciés que par l’usage qu’en font des praticiens habiles, et surtout encore ceux qui les ont inventés ou modifiés, nous rapporterons avec soin ce qu’ils auront offert de commode, d’avantageux ou de nuisible dans les divers temps de l’opération à laquell'' ils auront servi, et nous compléterons ce travail chaque instrument, en rendant compte des suites et des résultats définitifs , des opérations dans lesquelles ils auront été employés.

Le simple énoncé , même tout incomplet qu il est, des divers sujets qui seront traités dans cette partie de notre Journal , peut déjà faire juger de son étendue et de son importance.

La médecine interne a sans doute de grandes ressources dans la pharmacie , pour assurer ou rétablir la plénitude des fonctions vitales dont l’exercice régulier est une condition de la santé ; mais la médecine externe ou la chirurgie n’en a pas moins dans les agens physiques externes, pour atteindre le même but relativement aux fonctions mécaniques , et si on ne peut contester les services qu’on obtient des médicamens administrés intérieurement, on ne peut de même contester l’utilité et l’efficacité des derniers de ces moyens thérapeutiques employés pour agir à l’extérieur du corps , ou plus ou moins profondément dans ses cavités.

Cette vérité déjà reconnue , ressortira avec tout l’intérêt qui s’y rattache , dans ce que nous publierons sur les bandages , les divers moyens de compression , d’extension , de rectification ou de soutien de parties qui , lésées jusqu’à un certain point dans leur état, leur constitution , leur conformation ou leur intégrité , ne peuvent remplir leurs fonctions.

L art peut être plus utile qu’on ne pourrait le penser, d abord dans l’emploi de ces moyens , en général trop pevi connus , et susceptibles d’être perfectionnés. Que de chliurgiens se trouvent tous les jours fort embarrassés dans des cas , où faute de connaître un appareil d’une efficacité nouvellement constatée , sont obligés d’en improviser et d’employer pour le composer, un temps beaucoup plus long que ne le permet l’état de leur malade , encore incertains s ils trouveront pour subvenir à un besoin qui se présente pour la première fois, ce que d’autres n’ont trouvé qu’après beaucoup de tâtonnemens et de combinaisons.

Parmi les objets de ce genre dont nous nous occuperons dans notre journal , nous avons déjà choisi plusieurs nouveaux bandages contentifs d’appareils , de luxations et de hernies, etc.; certains compresseurs de di-

vers genres de lumeurs ou d’artères ouvertes , accommodés i la situation et à la forme des parties sur lesquelles Us doivent agir; et particulièrement les divers moyens d’extension de la colonne vertébrale ou des membres , trop peu connus et mal jugés en France comme à V étranger sous les rapports de leur efficacité , de leur inutilité ou de leur danger , partout exagérés en sens opposés.

Dans cette meme partie de notre journal nous nous occuperons de divers moyens de transport nécessités dans des cas de faiblesse ou de pertes de certains mouvemens par suite de paralysies ; des lits ou des chaises employés au moment de l’accouchement, etc.

Nous y traiterons avec beaucoup de soin , de tout ce qui est relatif à la prothèse. Cette branche de l’art est d autant plus intéressante , qu’elle réunit l’utile à l’agréable, en ce qu’elle dissimule ou cache certaines difformités, en même temps qu’elle supplée des organes qui manquent en totalité ou en partie , soit par vice de constitution primitive , soit par accident , soit enfin par l’effet du temps qui altèie les formes de tous les corps, et semble tendre à détruire pièce à pièce la machine humaine , comme pour lui rendre moins sensible le moment iri’évocable de sa destruction.

Nous nous flattons que ce que nous publierons relativement aux yeux , aux oreilles , au nez , aux dents , aux mâchoires et aux membres artificiels , etc. , sera d’autant plus favorablement accueilli, que la plupart de ces objets ne se fabriquent qu’à Paris , et que les ouvriers ou artistes habiles en ce genre, ne sont pas assez connus, surtout dans les départemens , remarque généralement applicable surtout à divers objets employés dans certaines infirmités et dans la fabrication desquels on fait entrer la gomme élastique, la corne, l’ivoire, le bois, le verre.

Il est encore d’autres objets de mécanique d’une uti-

lité^’non moins constatée en médecine qu’en chirurgie , dont nous nous occuperons; nous voulons parler des instrumens explorateurs. Qui ne sait aujourd’hui les services que peuvent rendre le sthétoscope de M. Laennec, diverses sortes de spéculum, de sondes , etc.

Les matériaux qui serviront à la composition du Journal dont nous publions aujourd’hui le premier numéro, seront donc encore d’un intérêt aussi étenduque varié: nous en avons un dépôt déjà fort considérable ; mais aussi désireux de donner de la publicité aux observations de nos confrères qu’à celles qui nous appartiennent , nous souhaitons qu’ils nous confient leurs richesses en ce genre , sous notre engagement de les répandre et de les faire participer ainsi eux-mêmes, au seul avantage que nous attendons de cette œuvre littéraire , celui d’être utile sous le rapport dé l’enseignement et de la pratique , en nous livrant spécialement à la culture d’une branche de la médecine , dans laquelle il est reconnu qu’il y a des services immenses à rendre, et beaucoup de gloire à acquérir , si l’on ne perd pas de vue , qu’apporter dans la culture de toute science un esprit libre de toute idée préconçue^ observer beaucoup y expérimenter souvent , et raisonner toujours , c’est faire tout ce qu’on peut pour en reculer les limites.

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