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SUR LES DIFFORMITÉS EN GÉNÉRAL

L’homme peut naître ou devenir difforme à toutes les époques de la vie. Il n’est aucune de ses parties de la difformité desquelles nous n’ayons des exemples.

On n’entend pas seulement en médecine par le mot difformité dans l’homme, une configuration, une situation , une direction extraordinaire de quelque partie , mais encore une coloration de la peau, des poils, des cheveux ou de tout antre organe extérieur qui n’est pas celle que la nature Imprime dans l’ordre régulier.

Toute difformité est plus ou moins nuisible à quelque fonction , ou affecte désagréablement la vue ; il est beaucoup de difformités qui sont causes ou effets de maladies , qui rendent la vie pénible , ou en avancent le terme.

On a sans raison divisé les difformités en celles dites de naissance , et en celles dites acguises ou accidentelles. Cette division a contribué à donner de fausses idées sur la nature , l’origine ou les causes de certaines d’entr’elles. On peut lui reprocher en outre d’avoir entretenu l’erreur funeste dans laquelle le public et beaucoup de médecins sont encore , que toute difformité de naissance est audessus des ressources de l’art. Nous offrons une preuve de cette assertion pour la combattre , le passage suivant qui ^ se trouve dans le Die. des Scien. Médicales, tom. 2g, p. 35y , et suivantes.

« Toutes les parties de notre corps sont sujettes à ces imperfections que l’on nomme vices de conformation , et qu’il est essentiel de distinguer : i .“ en ceux naturels , c’est-à-dire que nous apportons en naissant ; i.° en ceux

acquis, ou qui surviennent dans la suite, et dépendant d’une cause quelconque , soit interne et cachée, soit externe et apparente.

Cette distinction est d’autant plus importante, que c’est sur elle que doit être basé l’emploi des machines. Nous ne pouvons rien sur les premiers , on sent qu’il y aurait de la folie à vouloir les corriger, ils font partie de notre organisation , et il ne nous a pas été donné de pouvoir la changer. C’est donc essentiellement aux vices de la seconde classe qu’il faut s’attacher , parce qu’ayant une cause plus ou moins bien connue , on peut essayer de la combattre , et de corriger ou de diminuer en la détruisant , la difformité à laquelle elle a donné naissance.

C’est peut-être faute d’avoir fait de semblables réflexions , qu’on a de tout temps , mais surtout du nôtre , employé tant de machines différentes là où il aurait été beaucoup plus convenable de s’en passer. Les anciens, qui étaient si portés pour elles , ont été à cet égard beaucoup plus sobres que nous , et en cela ils ont agi beaucoup plus judicieusement ; ils se sont montrés mieux instruits de la nature de l’influence des propriétés vitales sur les affections de nos organes ; ils ont connu qu’il était impossible de remédier par des moyens physiques à des difformités qui avaient leur source dans le travail caché de la nutrition des parties ».

Non, la distinction des vices de conformation, en vices de naissance et en vices acquis n’est pas esseniiellc d’après les considérations énoncées par l’auteur de cet article, et ce n'est pas sur elle d’ailleurs que doit être basé V emploi des machines ^ lorsque ces moyens doivent leur être opposés.

Parmi beaucoup d’exemples que nous pourrions citer en preuve de ce que nous avançons , nous choisirons un des vices de conformation de naissance, qui fait partie d une classe fort étendue de vices de même nature. C’est

la torsion des pieds de naissance , connue sous le nom de pied-bot.

Nous allons comparer celte conformation vicieuse de naissance, à celle qui résulte des paralysies de certains muscles , de blessures , d ulcérés , ou de corps étrangers qui ont pénétré dans le pied , à la plante , près de l’un de ses bords. Tous ces accidens sont autant de causes trèsfréquentes de la torsion des pieds en dedans ou en dehors , selon que le mal a son siège vers leur bord interne ou externe.

Dans la plupart de ces cas, c’est dans les premiers temps , par la volonté du malade qui se soustrait à la douleur en éloignant du sol la partie blessée du pied , que la partie saine devient le seul point d’appui dans la station comme dans la marche; mais dans la suite, c’est par l’impossibilité de reporter la partie qui a été malade sur le sol, que la direction vicieuse déterminée dès le commencement de l’accident par le motif d’éviter la douleur, se maintient contre la volonté du malade , qui s’efforce envain à redonner au pied son attitude régulière. On sait qu’il suffit de marcher pendant un certain temps , un des bords du pied seulement portant sur le sol , pour que son articulation avec la jambe se déforme. Ce fait est connu des hommes de l’art comme de ceux qui lui sont étrangers. Cette conformation vicieuse acquise , se montre à l’extérieur sous les mêmes apparences que celle de naissance; (il n’y a qu’une circonstance de plus dans celle-ci, mais qui n’influe en”rien sur le fait dont il s’agit; c’est que dans le cas de torsion du pied de naissance , il y a presque toujours non seulement torsion de l’astragale et du calcanéum, mais de plus flexion du métatarse vers le tarse, c'est-à-dire qu’il y a deux vices de conformation au lieu d’un).

En est-il de même des parties qui sont sous la peau , telles que les tendons', les ligamens, les os?

La dissection de ces organes , fait voir dans la torsion du pied de naissance, comme dans celle qui provient indirectement de plaies , d’ulcères ou de corps étrangers , la même direction vicieuse des tendons , la même distension des ligamens articulaires , et enfin le même rapport et la même conformation des os , qui , dans l’im comme dans l’autre cas , n’est que peu ou point éloignée de l’état régulier. Il n’y a de différences que dans les degrés de leur changement d’état, et dans l’espace qui sépare les surfaces articulaires des os ; et ces différences sont relatives au degré de difformité , lequel est ordinairement plus considérable dans la torsion des pieds de naissance , que dans celle qui provient de causes accidentelles.

Que remarque-t-on pendant la vie , si on veut changer momentanément la direction des pieds tordus de naissance , ou celle des pieds qui ne sont tels , que par des causes accidentelles qui n’existent plus ?

On remarque la même résistance. Dans l’un comme dans l’autre cas , on excite une douleur relative à la force qu’on emploie pour produire l’effet qu’on se propose.

Voilà pour ce qui concerne l’état des parties , leur sensibilité , et leur résistance , que le vice de conformation soit de naissance, ou qu’il soit acquis.

Examinons actuellement de quel intérêt peut être l’appréciation de la différence des causes relativement à l’emploi des machines.

Pour éviter d’encourir le reproche de prendre des conjectures ou des suppositions pour des faits ou des réalités , admettons pour un moment que la cause de la torsion des pieds de l’enfant dans le sein de la mère soit inconnue; mais nous en voyons l’effet, et il ne nous est pas plus utile den savoir davantage, dans ce cas , qu’il ne peut nous 1 etre dans le cas de di^Jorniite de ce genre , acquise par des circonstances qui , dans la station ou la marche , ont

forcé à tenir le pied dans un état de torsion long-temps continué , et déterminé dans les tendons et dans les ligamens des changemens tels , que ces organes ne diffèrent plus actuellement de l’état de ces parties considérées dans la dilToi'mité du meme genre, observée au moment de la naissance.

Ici encore , ces causes n’exercent plus aucune influence; le vice de conformation qu’elles ont produit leur survit; elles n’existent plus. Ce n’est que ce vice de conformation qu’il faut combattre ; il a son siège dans les memes organes, et le meme moyen mécanique qui agit efficacement sur le pied tordu de naissance , agit de même sur le pied tordu par l’une des dernières causes qu’on appelle accidentelles. Dans l’une comme dans l’autre de ces difformités , le même moyen mécanique doit faire alonger des tendons, distendre des ligamens, diriger le pied vers la conformation régulière et l’y maintenir.

La comparaison que nous venons de faire est applicable à toute difformité dont le caractère propre est l’absence des rapports réguliers entre des parties osseuses, tendineuses , ligamenteuses , cartilagineuses , musculaires , etc. ; et cette classe de difformités est la plus étendue.

Il n’est donc pas vrai que l'emploi des machines doive cire basé sur la distinction des vices de conformation , en ceux dits de naissance , et en ceux qui sont acquis. Cette distinction, comme nous le ferons voir ailleurs, est d’une utilité réelle sous d’autres rapports dans certaines difformités.

IMals nous avons peut-être eu tort même de faire pressentir que le vice de conformation consistant en des pieds tordus de naissance peut êlx’e corrigé. Nous lisons en effet dans l’article cité , qu'il y aurait folie à vouloir entreprendre de corriger les vices de conformation de naissance.

Nous avouons que nous sommes surpris de trouver

de pareilles asserlions dans Dictionnaire des sciences médicales y ouvrage dont on a dit, que la destination spéciale est de constater y si Von peut s'exprimer ainsi ^ Véiaï moyen de la science depuis 1812 (1).

Non certainement, il n'y a pas de la folie à vouloir corriger des vices de conformation de naissance, quoiqu’ils fassent partie de notre organisation. Dire qu’il ne nous à pas dté donné de changer cette organisation, n’est pas prouverqu’on ne peut pas la changer ; car ce n’est qu’une simple assertion au lieu d’une vérité reconnue , et encore une assertion en opposition non seulement avec les inductions qu’on peut tirer de la connaissance des propriétés physiques des parties constituantes du corps , mais encore avec les faits les plus nombreux comme les mieux établis.

Cette assertion est sous plusieurs rapports insoutenable, considérée dans la généralité des vices de conformation de naissance, qu’elle embrasse, fcommé dans ceux qu’il paraît seulernent que l’auteui' a eu , en vue.

En effet, la solution labiale connue sou!s le nom im- ' propre de bec-de-lièvre , l’uhlon des doigts entre eux , etc. , ne sont-ils pas des vices de conformation existans au moment de la naissance , qui font partie de notre organisation , et que l’on corrige en changeant ce rnode vicieux de développement des parties ?

Les pieds bots de naissance , dbnt nous venons de parler, ne sont-ils pas aussi des vices de conformation qui font partie dé notre organisation , et n’y a-t-il pas deux mille ans qu’Hippocrate a enseigné une manière de les corriger? Scarpa, après tant d’autres depuis Hippocrate , n’a-t-il pas démontré par des faits nombreux la possibilité

(i) V oyez premier cahier du Journal coT7ipltme.nl aire du Dict. des Sciences mcd. , page 2.

de corriger ces vices de conformation ? N’a-t-il pas indiqué (i) .après en avoir fait l’expérience, des moyens qui ont eu des succès dans toute 1 Italie, en Allemagne, en Angleterre , en France ? Nous employons, dans certains cas nous-memes , sa machine fabriquée sous ses yeux; et peut-être trouvera-t-on, après avoir lu ce que nous dirons ailleurs de ces effets, que nous aurons contribué à en assurer k succès autant qu’à en étendre l’application avec les modifications que nous lui avons fait subir.

Il est donc démontré,

1. ° Que les vices de conformation, dits de naissance , sont susceptibles d’être corrigés;

2. “ Que l’emploi des machines ne peut être déterminé , d’après la distinction des vices de conformation , en ceux de naissance et en ceux qui sont acquis ;

3. “ Que la connaissance de causes qui n’existent plus , et ne sont pas susceptibles de se reproduire , ne peut être d’aucune utilité dans le choix des moyens qu’on peut opposer à ces vices provenant de causes différentes.

Nous ne combattrons point dans le même détail tout ce que présentent d’inexact ou d’entièrement faux les propositions qui font la matière du dernier alinéa du passage que nous venons de citer. Nous dirons seulement que le reproche qu’on y trouve, adressé à nos contemporains, d’employer plus que les anciens tant de machines différentes ^ là où il serait beaucoup plus convenable de s’en passer y n’est aucunement fondé. Nous en appelons à l’auteur de l’article lui-même : qu’on lise ce qu’il dit de Petit

(i) Voyez son Blémoire sur la torsion corjgénilale des pieds , traduit par M. Léveillé en 1814. On doit être étonné de voir qu’il n est pas seulement l'ait mention dans l’article préc.té , de l’ingénieuse machine inventée par ce chirurgien célèbre , tandis que cet article offre l’explication de tant de machines qu’il ne peut être d’aucun intérêt de connaître.

et de Desault (i) , an sujet des machines employées avant eux dans le traitement des fractures et des luxations. On verra qu’il reconnaît que le premier a rendu à l’art le service de faire rejeter les machines qui torturaient les malades depuis tant de siècles ; et que le dernier^ pénétré de la véritable, indication à remplir dans le traitement de ces maladies , proscrivit toutes les machines sans exception.

Comment des hommes de ce mérite , et leurs élèves , nos contemporains , qui sont devenus de si grands maîtres, se seraient-ils montrés après avoir fait preuve d’une manière de voir aussi profonde que juste dans le traitement des fractures et des luxations au sujet des machines , comment, disons-nous, se seraient-ils montrés relativement aux vices de conformation , moins judicieux que les anciens moins instruits queux dé la nature de r influence des propriétés vitales sur les affections de nos organes? Les faits attestent le contraire; et si enfin les anciens avaient cru, comme il est prétendu dans cet article, qu’il était impossible de remédier par des moyens physiques à des difformités qui, dit-on, avaient leur source dans le travail caché de la nutrition des parties, • tandis que de nos jours on semblerait penser le contraire ; l’erreur ne serait pas chez nos contemporains. Ceux-ci ne peuvent que reconnaître , ainsi que l’a professé Scarpa , ainsi que nous ne craignons pas de le soutenir , que des moyens mécaniques sont les seuls qu’on puisse principalement employer avec espoir de succès pour corriger les difformités dont il entend parler.

La critique de ces opinions évidemment erronées n’a été déterminée comrne le seront encore celles que nous pourrons faire d’autres opinions relatives à notre objet, que par l’intérêt de la vérité, que dans la vue de prévenir leurs funestes conséquences.

0)P>fies 335 et 336 , ouvrage cité. '

Plus le Dictionnaire des Sciences médicales renferme de véiilés utiles , plus on peut y puiser d’instruction , plus on doit combattre les erreurs qui s’y sont glissées , quoiqu’assez rarement pour un ouvrage de cette étendue. Il s’agit ici d’un sujet trop important pour qu’aucune considération puisse détourner de ce devoir.

Quoi qu’il en soit des classifications qu’on a établies relativement à l’étude des difformités , des opinions qu’on a émises sur leurs causes , sur les moyens de les prévenir ou de les corriger, on ne peut se dissimuler que presque tout est à faire ou à revoir sur cette matière.

L’anatomie des parties trouvées difformes à l’époque de la naissance , ou devenues telles plus ou moins de temps après , et par des causes diverses , n’a pas encore été étudiée avant nous , dans le principal but, de recBercher par quels moyens on peut prévenir leur déformamatlon ou la corriger.

Un de nos plus judicieux confrères , M. le professeur Roux , frappé de ce que des descriptions de fœtus difformes et ses propres observations en ce genre lui avaient appris, avait formé le projet , qu’il a définitivement abandonné ensuite, de faire le sujet d’un grand travail de l’étude de ces écarts de la nature. Les grands succès qu’il a obtenus dans la pratique de la chirurgie doivent faire regretter qu’un projet si utile n’ait pas été réalisé par un homme si capable de le rendre des plus profitables à la science, alors même que, comme il semblait se le proposer , il ne se serait occupé de ce travail qu’en l’envisageant dans ses rapports avec l’anatomie ou la physiologie , ainsi qua l’ont fait Buffon , Charles Bonet ; MM. Chaussler, Geoffroi Saint-Hilaire , Serres et Breschet, en France ; Sandifort et Malacarne en Angleterre; Tiedman, Blumenbach, Huber , Voigtel , Trévlranus, Burdach , en Allemagne.

Jamais toutefois les circonstances ne rendirent un tra-

vail de ce genre si urgent ni si utile , puisque les causes de difformité ne furent jamais si multipliées, et que leurs effets ne furent jamais si sensibles. La plus belle partie de la génération actuelle n’offre que trop de preuves de cette affligeante vérité ; et si on n’y porte remède, le meme sort est réservé aux générations futures, parce que les vices de conformation , quelle qu’en soit l’origine , se transmettent (i).

C’est sur les considérations suivantes que nous nous fondons lorsque nous disons que les causes des difformités ne furent jamais si multipliées, ni leurs effets si sensibles.

' Tant de jeunes gens, encore dans l’adolescence, n’ont pu se transporter subitement du climat heureux de la France, dans ces contrées lointaines où la température est marquée par les degrés les plus opposés , sans que leur constitution en ait reçu de profondes atteintes; surtout à cette époque de la vie où le développement de toutes les parties du corps s’opère avec le plus d’activité.

A l’effet éminemment débilitant de ces impressiénsqui disposent les organes à être altérés dans leurs propriétés physiques, par les causes les moins énergiques, il faut ajouter ceux qu’ont du produire les fatigues excessivesde la guerre, les privations qui en sont inséparables , elles nombreux accidens auxquels on y est exposé , tels que les efforts, les chutes, les blessures , etc. Gn se rend ainsi facilement raison de ces fréquens exemples qu’offre la génération actuelle , de déviations , de roideurs , d' extensions , ou de flexions bornées de la colonne vertébrale ou des

(i) Nous avons recueilli plusieurs exemples do difformités accidentelles transmises à la deuxième génération dans l’homme ; et un de MM. les inspecteurs-généraux des haras nous a assuré qu’il n’est pas rare de voir des produits d’étalons qui ont eu le feu aux jambes , ou qui ont été marqués au fer rouge pour être réformés , offrir des traces de ces marques sur les mêmes; parties.

membres, étals divers qui constituent en peu d’années, par la gene ou 1 impossibilité du mouvement des parties, •des difformités aussi apparentes que difficiles à corriger.

Une autre circonstance propre au temps présent, concourt encore à multiplier les causes qui disposent aux difformités les parties que nous venons de nommer. L’empirisme a envahi presque exclusivement le traitement des maladies slphylltiques. Il les confond avec des affections d’une toute autre nature ; tantôt il les volt là où elles ne sont pas , tantôt il ne sait les reconnaître là où elles sont ; d’autres fois il prend pour la slphylls simple, cette maladie gravement compliquée, etc. De là résultent tant de lésions qui préparent de loin les déformations des parties sur lesquelles ces maladies mai jugées et conséquemment mal traitées, ont produit des changemens d’état , ou des altérations plus ou moins profondes. C’est sur les articulations surtout , que ces résultats s’observent.

On ne pourrait nier de bonne foi que l’influence funeste de ces causes extraordinairement multipliées de nos jours, ne contribue puissamment à la détérioration et à la dégénération de l’espèce.

Cependant le rhumatisme, le rachltis et les scrophules, causes ordinaires de défoi'matlon de diverses parties du corps , n’ont de leur côté rien perdu de leur influence ; et d’après l’état actuel de nos connaissances, nous sommes forcés d’avouer que les traltemens de ces affections sont rarement efficaces.

Le rhumatisme chronique résiste le plus souvent au traitement le mieux indiqué.

Le rachitls et les scrophules (i) se sont montrés jusqu’ici au-dessus des ressources de l’art; et les médecins les plus

(i) Nous espérons faire faire quelques pas à la science , par les travaux que nous publiei’ons sur ces maladies.

érudits et les plus expérimentés , c’est dire les plus habiles praticiens , bornent encore leurs conseils à ce qui ressort dé l’hygiène, lorsqu’il s’agit de ces graves maladies.

Toutefois , le rhumatisme , le rachitis et les scrophules que n’ont pu guérir les remèdes , guérissent souvent avec le temps. Mais ces maladies laissent après ç\\es àes déviations de la colonne vertébrale, des gibbosités de la poitrine; des incli-‘ naisons forcées du tronc ; des flexions et des torsions des os des membres ; des relâchemens de leurs liens articulaires , desquels résultent des flexions des genoux en dedans ou en dehors; des directions des pieds ^ telles qu'ils ne portent sur le sol que par Vun de leurs bords , etc. Ces configurations vicieuses subsistent après les causes qui les ont produites, et bien qu’elles ne soient plus entretenues par ces causes , puisqu’elles n’existent plus , il n’en est pas moins reconnu qu’en général, au lieu de devenir moins sensibles, elles se maintiennent dans le même état, ou s’aggravent. Or, cet étal finit par devenir inhérent à la constitution, et les dlft'ormilés qui en résultent différant ainsi de moins en moins de celles dites de naissance , peuvent se reproduire comme ces dernières par vole de génération.

C’est à tort qu’on a prétendu que la nature tend toujours à une conformation régulière, et qu’elle y parvient avec le temps. Les nombreux exemples d’individus contrefaits de toutes les manières , et parvenus à l’âge où la nature n’organisant plus, se borne à entretenir, prouvent , mieux que tous les ralsonnemens , le danger de s en rapporter à sa prétendue prévoyance.

L’art doit donc intervenir , soit dans la vue de prévenir, soit dans celle de corriger les difformités. Mais en quoi consistent ses moyens , quelles connaissances requlert-ll de la part de celui qui est appelé à l’exercer ? C’est ce que fera voir 1 examen des divers genres de difformités , dont nous nous occuperons dans ce Journal. En attendant,

nous ne craignons pas d’avancer qu’il q’cn est aucune qui n’exige la réunion de toutes les connaissances dont la possession constitue le médecin et le chirurgien, et nous comprenons parmi ces connaissances, de toute nécessité dans le traitement de la plupart des difformités , celles que nous fournit l’étude spéciale de la mécanique, cette partie des mathématiques applicable aux forces vivantes du corps de l’homme , de laquelle toutefois on ne peut tirer aucun parti, ou avec laquelle on peut faire au contraire beaucoup de mal , si l’application qu’on en fait p’est éclairée par des connaissances exactes en anatomie , en physiologie et en pathologie, et conduite par une main prudente et exercée.

SUR LES DIFFORMITÉS DE LA COLONNE VEFxTÉBRALE EN PARTICULIER.

Assemblage de vingt-quatre petits os placés les uns audessus des autres , et fortement unis par des substances ligamenteuses interposées entre chacun d’eux ou tenant à leurs éminences , la colonne vertébrale peut être difforme , considérée dans chacun des os dont elle se compose , ou dans son ensemble.

Bien que notre objet principal ne soit ici que de traiter des conformations vicieuses de la colonne vertébrale que constituent les déviations contre nature dont elle est susceptible , nous signalerons , en passant , certains vices de conformation qu’on remarque souvent dans les vertèbres considérées individuellement, attendu que leur connaissance peut prémunir contre la crainte de beaucoup de cas de déviations prochaines de la colonne vertébrale.

Les vertèbres peuvent être difformes dans leur corps

et dans leurs apophyses. C’est dans ces dernières parties qu’elles le sont le plus souvent.

Les difformités des vertèbres les plus fréquentes consistent dans le développement extraordinaire de leurs apophyses épineuses et leur direction à droite ou à gauche qui les éloigne de la ligne médiane qui sépare les deux moitiés latérales de la face postérieure du corps. Ces anomalies de conformation sont connues des anatomistes; Bichat les rappelle dans son Traité d’ Anatomie descriptive : on paraît toutefois les oublier dans la pratique , et c’est cet oubli qui peut faire prendre pour une maladie grave, une simple conformation vicieuse sans conséquence.

Nous avons recueilli dans notre pratique deux exemples de pareille erreur dans deux cas de la nature de celui dont nous parlons. Nous fûmes consulté , il y a cinq ans , pour des douleurs vives qu’éprouvait , au bas de la région cervicale , et vers la première vertébrale dorsale , une jeune personne âgée de i5 ans. Ce point de la colonne vertébrale était douloureux au toucher, les mouvemens un peu forcés du col , et certaines situations de cette partie du corps la rendaient plus douloureuse encore. Toutefois, après avoir examiné avec beaucoup de soin le siège de la douleur que n’annonçaient aucun changement de couleur de la peau , aucune tuméfaction des parties molles , nous jugeâmes que celte douleur tenait à toute autre cause qu’à une lésion actuelle ou imminente des vertèbres sur lesquelles elle se manifestait. Mais les parens de la jeune personne étalent frappés de la saillie assez prononcée que formaient a gauche les apophyses épineuses de la dernière vertèbre cervicale et de la première dorsale ; et ce n’était pas assez pour les rassurer contre les craintes qu’une simple disposition anatomique anormale de ces parties leur inspirait , que de leur apprendre qu’elle se montrait

assez souvent sans être liée à une maladie, sans en êW un effet ni une cause. Nous leur conseillâmes en conséquence, de consulter celui de nos confrères qui leur inspirerait le plus de confiance , et notre conseil ayant été suivi, deux cautères sur les côtés des deux vertèbres , elr la position horizontale habituelle du corps furent prescrits.

Nous ne cherchâmes point à détourner de se conformer à cette prescription. Cependant elle fut ajournée en considération de la diminution notable de la douleur qui survint peu de temps après, sans cause connue; mais bientôt cette douleur se reproduisit , elle se fit sentir dans toutes les situations de l’épine; un second confrère fut encore, d’après notre avis, consulté, et deux cautères furent encore conseillés.

Les douleurs diminuèrent pour la seconde fois ; elles se ravivèrent à plusieurs époques , à divers degrés d’intensité, et nous allions établir les cautères lorsque des douleurs de cause inconnue qui se manifestèrent successivement sur plusieurs articulations nous en détournèrent définitivement.

A ces douleurs absolument semblables dans plusieurs articulations à celles qui s’étalent d’abord manifestées à .l’épine du dos , nous opposâmes un régime et un traitement qui nous parurent indiqués, et il en résulta quelques bons effets.

Nous explorions cependant de temps en temps le point douloureux de l’épine , et n’y reconnaissant aucun changement d’état, nous nous confirmions de plus en plus dans l’opinion que nous avions émise d’abord , qu’il n’y avait là qu’un vice de conformation , consistant dans la direction vicieuse des deux apophyses épineuses de la dernière vertèbre cervicale et de la première dorsale.

Les nouvelles douleurs disparurent et reparurent sous diverses influences atmosphériques pendant deux an

nées tle suite; cependant ni cautères, ni sétons ne furent pratiqués ,et la jeune personne ne s’est même jamais assujettie à garder une position, horizontale. Quatre années se sont écoulées , sans qu’il se soit opéré le moindre mouvement morbide sur le premier point de l’épine sur lequel s’est fait ressentir la première douleur, et nous nous croyons bien fondé à juger aujourd’hui , que la douleur de l’épine a été de la même nature que celle que ]yj lie éprouvées depuis sur plusieurs autres parties du corps, dans la constitution desquelles entrent, comme dans celle-ci, des substances musculeuses et ligamenteuses.

Un cas à-peu-près semblable à celui que nous venons de rapporter s’est encore présenté dans notre pratique , il y a deux ans. Le siège de la douleur était bien plus propre que celui dont nous venons de parler à faire soupçonner l’altération de la substance des vertèbres sur lesquelles elle se manifestait. C’était aux première et seconde vertèbres lombaires qu’une douleur sourde, quelquefois aiguë’, se faisait sentir chez un jeune homme de 20 ans. Cette partie de la colonne vertébrale était rendue extraordinairement proéminente par la saillie contre nature des apophyses épineuses de ces vertèbres , l’apophyse Iransverse de la seconde du côté gauche était encore hors de ligne.

Le malade ne pouvait fournir aucun renseignement précis sur l’origine de ces conformations vicieuses ; il n’avait jusques-là éprouvé aucune douleur sur cette partie. Jamais il n’avait remarqué ces saillies contre nature dont il jugeait très-bien actuellement, en y portant la main.

C’était en apparence avec bien plus de fondement que dans le cas que nous venons de rapporter , qu’on lui avait Conseillé l’application de cautères et de moxas. Il s’était décidé à user de ce dernier moyen qui paraissait indiqué , bien que son état n’offrît pas la réunion de tous les principaux

signes qui annoncent un mouvement intérieur qui prépare la lésion ulcéreuse de la substance des vertèbres , ou comme nous l’avons reconnu souvent par l’examen des parties après la mort, l’érosion, ou seulement l’inflammation avec suppuration des ligamens intervertébraux.

Toutefois , n’ayant pu soutenir l’application du premier moxa, le malade renonça à ce moyen thérapeutique; et son état, loin d’empirer, s’améliora au point que depuis plus d’un an il n’éprouve plus de douleur , et qu’il jouit dans la marche de la liberté de tous les mouvemens de la région lombaire ^ comme dans la station, de toute la solidité de cette situation fixe , que les douleurs troublent ordinairement , lorsqu’elle est soutenue pendant quelque temps , chez les malades dont les vertèbres sont affectées.

Deux conclusions également importantes peuvent être tirées de ces deux observations.

La première , que les saillies extraordinaires des apophyses des vertèbres ne sont pas toujoius des symptômes d’une maladie de la colonne vertébrale, eb qu’elles ne ^ont le plus souvent qu’un vice de conformation.

Le seconde , que la carie dn la colonne vertébrale , ou seulementl’imminence de cette grave maladie ne sont pas aussi souvent prévenues qu’on pourrait le penser, d'après beaucoup de relations de guérisons opérées dans ces cas parles moxas, les cautères; puisque dans les deux observations qui précèdent , la cessation des douleurs , symptômes principaux d’après la considération desquels des cautères et des moxas avaient été conseillés pour guérir ou prévenir des caries soupçonnées, a été le terme de la maladie qui les causait , et que cette maladie s’est terminée sans laisser après elle la moindre apparence d altération dans les tissus où elle avait son siège , altérations qui, si elles avalent consisté en des caries, auraient

eu une autre terminaison ; et , dans tous les cas , n’auraient pu être compatibles avec l’état de parfaite santé dont ont joui les malades qu’on en croyait atteints , moins encore avec le maintien de la direction et de la fermeté dans leur articulation , des vertèbres dont la lésion était présumée.

L’étude des vices de conformation dont les vertèbres sont susceptibles, considérées en elles-mêmes seulement, doit donc , d’après ce que nous venons de voir, précéder celle de la colonne vertébrale vue dans son ensemble. Nous nous bornons toutefois à le faire remarquer , pour ne nous occuper ici que des déviations de la colonne vertébrale; les parties osseuses dont elle se compose étant présumées régulièrement conformées, ainsi que dans la plupart de ces cas , l’observation montre qu’elles le sont réellement.

On entend par déviation de la colonne vertébrale sa courbure contre nature , en un sens ou en un autre. La colonne vertébrale est susceptible en effet de se courber de différentes manières , qui , dans certains cas rendent l’épine du dos voûtée en dehors ou en dedans , et dans d’autres, lui font représenter la figure d’une S, d’autres fois , celle d’un zigzag , ou d’une portion de celte figure. Elle peut aussi se contourner sur son axe.

Plusieurs causes très-différentes entre elles , peuvent donner lieu à ces déviations de la colonne vertébrale. Ces causes peuvent agir directement et indirectement sur les os dont elle se compose, ou sur les ligamens qui les unissent , ou sur les muscles qui s’y attachent.

Les causes directes qui peuvent agir sur ces divers organes, sont toutes celles qui affectent leur sensibilité altèrent leur consistance et par suite leur forme. Elles sont de deux sortes , internes ou externes.

De nombreuses inflammations , ou antres lésions de cause différente , ayant leur siège sur leur propre sub-

slancc, sont les plus ordinaires parmi les premières.

Les contusions , les efforts vlolens , les positions vicieuses long-temps continuées, l'habitude des mouvemens forcés, les solutions de continuité , constituent le plus grand nombre et les principales parmi les dernières.

Toutefois un certain degré d’intensité de la part des causes internes , est nécessaire pour qu’elles opèrent la déformation de la colonne vertébrale ; il en est de même de l’influence de celles dites externes , sur la production de ce changement apporté à son état normal ; mais l’action des causes externes peut le produire d’une manière plus ou moins sensible et prompte , selon qu’elle est favorisée par une cause interne.

On s’est abusé en généial lorsqu’on a attribué à des situations ou à des mouvemens vicieux seulement^ certaines déviations de l’épine. A moins d’un état permanent de ces situations , long-temps soutenu , et d’une répétition presque continuelle de ces mouvemens vicieux, une constitution exempte de maladie résiste ordinairement à ces causes de déformation plus l'ares qu’on ne le dit.

L’action des causes internes prépare en générai chez lesenfans, de loin et insensiblement, la déviation de la colonne vertébrale , et les parens n’en reconnaissent les effets que lorsqu’ils sont très-sensibles à l’extérieur. Presque toujours les médecins consultés se bornent, comme nous l’avons fait long temps nous-même , à prononcer que les enfans dont la taille se déforme, sont rachitiques. Tantôt ils conseillent des moyens hygiéniques généraux ou des remèdes pris parmi les ioniques et les fortifians externes et internes ; d’autres fols , n’attribuant la déviation de l’épine sous quelle forme quelle se présente quà un état de faiblesse des muscles situés sur un de ses côtés , c’est le long de ces muscles qu’ils font faire des frictions, employer des llnimens fortifians et brûler des moxas.Nous nous sommes assuré par la plupart des jeunes personnes

qui réclament nos conseils ou nos soins , que l’emploi de ces divers moyens n’avait eu que peu ou point d’influence salutaire sur leur état. Quelquefois cependant le moxa a arreté les progrès de la déviation, mais nous n’avons pas un seul exemple qu’une déviation même très-peu sensible, ait été corrigée par ce moyen.

La rareté de succès obtenus de divers traitemens opposés, soit à la déviation manifeste de la colonne vertébrale , soit à l’imminence de ce fâcheux accident , a découragé en général les médecins qui ont eu à s’en occuper. Si les enfans n’étaient pas encore pubères , ils ont annoncé que l’accroissement des forces qui s’opérerait lorsqu’ils le deviendraient, ferait tout rentrer dans l’ordre , et en attendant on n’a suivi que la routine ordinaire pour obtenir ce résultat. Toutefois le mal a presque toujours empiré , et dans certains cas il a fait de très-grands progrès en quelques mois.

La figure de la i.'^® planche de ce premier Numéro de notre Journal, représente l’état le plus ordinaire qu’offre à l’extérieur la colonne vertébrale des jeunes personnes pour lesquelles nous sommes ordinairement consulté , et qui sont âgées de 12 à 16 ans.

D’après les renseignemens qui nous sont fournis , nous avons calculé que plus delà moitié des personnes affectées de ces déviations , ont éprouvé dans leurs premières années des mouvemens convulsifs qu’on a ordinairement attribués à des coliques , aux efforts de la dentition , à une excessive susceptibilité nerveuse. Chez un assez grand nombre, on avait vu un pied, une main, un bras, une jambe , des paupières, privés de leur mouvement pendant plus ou moins de tems , après des coliques très-vives survenues subitement , et qui avaient fait pousser des cris si aigus aux enfans jusques là en pleine santé , que les mères accourues avaient accusé leurs gardes de les avoir laissé tomber, et n’avaient pas manqué d’attribuer plus tard à ces

protcnclucs cliiitcs ^ 1d dcviâtion de I3 colonne vertéljrâlc devenue manifeste.

Parmi les jeunes personnes f|ui nous ont été présentées longtemps après ces accklens , les deux tiers avalent un œil moindre que l’autre ; il en était de meme d’un des côtes de la face ^ de tout un côte du corps ou de plusieurs parties de sa moitié droite ou gauche. Ces phénomènes semblaient bien propres à conduire les médecins consultés dans les cas de déviation de la colonne vertébrale , avec laquelle ils coïncidaient, à la recherche d’autres causes que celle qu’on faisait consister en une diathèse scrophuleuse , à laquelle ils l’attribuaient constamment. Cette détermination paraissait d’autant plus naturelle , que la plupart du temps, rien n’était moins démontré que l’exislence de cette diathèse ; et cependant tel était, et tel est presque généralement , même aujourd’hui , l’effet de la routine sur ce point de pratique, que l’inefficacité constante des moyens destinés à la tombattre , ne les a pas fait encore abandonner.

Voici ce que nous a appris l’observation , relativement à la proportion dans laquelle agissent les causes internes connues , de déviation de la colonne vertébrale.

Le ramollissement des os , état désigné sous le nom de rachïfis doit sans doute occuper le premier rang parmi ces causes. Il n’est pas toutefois , aussi fréquent qu’on le pense , à ne le considérer que comme maladie essentielle (i), d’après ce que nous prouvent depuis

(1) Il fkul convenir que nous ne savons absolument rien de la cause du ramollissement des os chez les enfans et les adultes. Cet aVeu , ce nous semble, conviendrait mieux que tous les efforts qu’ont faits les auteurs qui en ont traité; efforts dont l’impuissance a toujours été mise en évidence par la nécessité où ils se sont trouvés lorsqu’ils ont voulu s’occuper du traitement, de rapporter cet état des os à une maladie quelconque avec laquelle il coïncidait j et même plus

long-lemps l’exaraen attentif des enfans dont la taille se dcvie, et les nombreuses dissections de sujets qui offrent ce genre de difformité : celte cause n’est pas tout-à-fait à l’égard des autres comme un est à trois, et celle consistant en la lésion des ligamens intervertébraux , absolument indépendante de toute altération de la substance des vertèbres , leur est à peu près comme deux est à un.

Quant à celle qui n’a son siège que dans les autres ligamens de la colonne vertébrale , nous n’avons pu la reconnaître d’une manière non équivoque, que deux fois sur cent-trente-quatre dissections d’épines déviées; mais ces deux fois elle était rendue bien évidente par la'faiblesse extrême de leur tissu , leur blancheur et la teinte bien pâle des ligamens jaunes.

On peut donc dire que sur trois cas de déviation de la colonne vertébrale, ILy en a deux dans lesquels on ne voit aucune marque de lésion des os.

Nous devons ajouter toutefois au mot lésion, celui de morbide ^ attendu que nous n’entendons pas dire qu’il n’y ait aucune sôrle d’altération dans la substance de ces organes quant à leur configuration et à leur consistance ; leur lésion sous ces deux rapports étant constante dans ces déviations irès-prononcées où l'on trouve les corps des vertèbres plus compactes et plus aplatis du côté des concavités des courbures, que forme la déviation, qu’ils ne le sont dans l’état normal. INIais ces genres de lésion

d’une fois alors même que la coïncidence d’aucune màladlene. pouvait être constatée. Aussi quel est le résultat de la pratique sur ce point de pathologie? Nous l’avons déjà dit; l’art intervient envain dans le traitement du rachilis ; nous disons plus , et nous le disons après en avoir fait une trop longue et trop triste expérience, l’usage des mçrcuriaux tant vantés fait presque toujours beaucoup dé mal , et jamais le moindre bien. Que si une vérité si affligeante pouvait paraître mal fondée, que des praticiens plus heureux que nous , nous Client un fait contraire, mais un fait bien constaté.

ne peuvent être considérés que comme des effets et non des causes des déviations dans Jesquelles on les remarque, lorsque dans l’ensemble de la constitution actuellement observée, et notamment dans les autres parties du système osseux , on ne trouve aucun symptôme, aucune trace de maladie, et que les informations qu’on prend sur la santé dont jouissait l’individu ne peuvent même en faire soupçonner aucune.

A l’énoncé de cette distinction nous devons cependant encore ajouter, que même dans toutes les déviations irèsprononcéesy car il y en a qui le sont excessivement, la substance des vertèbres n’est pas altérée même à la manière dont nous venons de le dire ; nous avons trouvé en effet très-souvent, que dans la plupart des cas de déviations considérables , les courbures s’étaient faites seulement aux dépens des llgamens Intervertébraux , presque détruits du côté des concavités formées par les courbures; mais beaucoup plus développés du côté des convexités, qu’ils ne le sont dans l’état normal.

L’observation de ces faits qui se sont souvent présentés à notre examen dans toute leur simplicité , et de la manière la plus évidente , a changé en preuves convaincantes pour nous , les données sur lesquelles nous nous fondions pour regarder comme très-probable qu’il y avait beaucoup de déformations de la taille qui n’étaient dues en dernier résultat qu’à des phénomènes purement mécaniques ^ bien que leur cause première fût d’un autre ordre. Nous attilbulons en effet ces déformations , à un défaut d’égalité de puissance qui avait dû exister entre les muscles du dos ayant des attaches sur divers points de la colonne vertébrale ou exerçant une action §ur le tronc.

La cause de cette inégalité ne nous apparaissait pas sans doute dans l’examen des organes après la mort , mais du moins celle des effets n’était pas équivoque; les muscles d’un côté étaient alongés , leurs fibres atténuées et

(lecolorces , ils tendaient à une dégénérescence purement cellulaire, transformation assez ordinaire des organes mous qui, depuis plus ou moins de temps, ont cessé de remplir leurs fonctions.

Quant aux muscles du côté opposé , accourcis en quelque sorte, leur contractilité d’autant moins exercée que l’inclinaison de la colonne vertébrale de leur côté tenait leurs extrémités rapproçbé'es , ils n’offraient aucun signe de maladie ; mais considérablement affaiblis euxmémes, ils tendaient comme leurs congénères, à une détérioration commune.

A quels signes reconnaître la cause de telles déviations après la mort? C’est certainement chose impossible : et pendant la vie lorsqu’une telle déviation existe avec faccomplissement des principales fonctions , avec tous lès attributs de la santé ; quels moyens de découvrir la cause d’un désordre qui ne trouble l’harmonie générale que sous le rapport de la vicieuse direction de l’épine?

Le parti le plus prudent est sans doute de renoncer à combattre une cause qui ne se manifeste plus que par ses effets ; mais les recherches sur sa nature ne doivent pas être Interdites , et si elles conduisent à sa reconnaissance, dût-on remontera des époques qui sont antérieures à la déviallon de plusieurs années , et datent du plus bas âge de l’individu , nul doute qu’elles pourront ne pas être inutiles.

C’est dans de tels cas que les signes commémoratifs répandent quelques lumières sur ces causes premières, qui, pour n’avoir pas été aperçues d’abord, n’en ont pas moins produit leur effet, et un effet de conséquence d’autant plus grave, que le temps en a facilité le succès autant qu’il en a assuré la durée.

Les signes commémoratifs devant rappeler ce qui s’est * passé de remarquable dans les premiers temps de l’enlance;, il est rare qu’on n’apprenne point qu’à cette épo-

que les digeslions ont élé plus ou moins troublées ; qu’il y a eu plusieurs symptômes d’irritation intestinale que les nourrices , les gardes et des personnes plus compétentes pour juger de leur nature ont attribués mal à propos toutefois à de simples coliques venteuses , ou à des attaques de vers, alors meme qu’elles se sont manifestées avec l’appareil d’un grand trouble dans le système nerveux annoncé par l’altération des traits de la face , l’agitation ou la fixité du globe de l’œil, le grincement des dents, le serrement des mâchoires, l’imminence de la suffocation, la tension, la roideur des membres, etc., etc.

Que si à de tels renseignemens , s’en joignent de plus importais et de plus significatifs encore , tels que doivent le paraître , les paralysies dont nous avons vu que les enfans sont affectés pendant l’allaitement et plus généralement peut-être à l’époque du sevrage , on pourra ne plus se trouver bien éloigné du point de départ de la véritable , de l’unique cause de l’infirmité dont on a à s’occuper actuellement.

Qu’y a-t-il de plus probable en effet que cette cause n’est due qu’à une affection paralytique de quelques muscles du dos, directement ou indirectement déterminée, par le fait propre d’une irritation intestinale ou par ses effets même dont les conséquences sont assez souvent la paralysie de muscles d’autres parties du corps.

Ce n’est pas d’ailleurs que la reconnaissance dé cette cause importe actuellement pour le choix des moyens à employer contre la déviation de la colonne vertébrale dont il s’agit; elle ne peut servir sans doute qu’à empêcher de l’attribuer à toute autre ; mais sous ce rapport même , les recherches auxquelles un tel résultat sera du n’auront pas été stériles; on ne verra plus qu’une difformité indépendante de toute cause actuellement agissante et consistant en de simples conditions anatomiques, caractérisées par l’altération des formes, et les rapports

irréguliers enlr’elles, des parties qui en sont le siège.

Ce sera un cas de déviation , qui ne requerra que l’emploi de moyens mécaniques, dont Faction convenablement dirigée pourra seule constituer la première période du traitement , celle dans laquelle on ne doit avoir en vue que le rétablissement des organes en tout ce qui se rapporte à leur configuration et leur situation , qu’il faut ramener à l’état normal.

Que si aucun signe commémoratif, comme cela arrive souvent, ne peut éclairer en aucune manière sur l’origine de la déviation qui se présente, et que cependant , en même temps l’individu qui en est affecté , olfre dans sa constitution générale ou dans l’état ordinaire de sa santé , ou sous le rapport de son sexe , quelques circonstances faites pour appeler l’attention du médecin ; qui ne sentira que même cette première partie du traitement, bien qu’elle ne consiste seulement qu’en l’action d’agens mécaniques , doit être modifiée d’après l’indication que présentent ces circonstances?

Comment justifier, dès-lors , ces pratiques aveiügles , adoptées généralement dans l’emploi des lits destinés à opérer l’extension de la colonne vertébrale , pratiques absurdes dans lesquelles on volt en France, indistinctement toutes les personnes affectées de difformités de la taille, 1 épine exposée chaque jour, pendant un ou ans a un bain de vapeur ; ou en Angleterre livrées sans discernement pendant autant de temps à de ces habiles Jnctionneürs qui prétendent remédier , non pas seulement à toutes sortes de déviations de la taille , mais encore a toutes les maladies des vertèbres , et jusqu’à leurs luxations !

La reconnaissance des causes premières de toute déformation de la colonne vertébrale , peut donc être d’un grand avantage , et l’influence actuelle de l’état géné-

ral de 1 individu sur cette dcfoimatioa considérée , sous le rapport du traitement par des moyens mécaniques , ne saurait être envain méprisée.

Cependant, nous avons déjà déclaré que nous ne possédions aucun moyen de détruire celle de ces causes désignée sous le nom de rqchitis^ et que nous reconnaissons être une des plus fréquentes dans la production de cette difformité; mais ce n’est pas à dire pour cela qu’il ne faille pas d’abord fixer son opinion sur son existence ; car, SI elle existe et qu’elle nous apparaisse dégagée de toute complication qui pourrait nécèsslter un traitement spécial , il y a , non pas indication de lui opposer tel ou tel autre moyen curatif, puisque nous n’^n connaissons pas, mais bien avertissement , d’observer sa marche , d’ap précier ses effets, et de déterminer jusqu’à quel point il pourrait être dangereux d’accroître son intensité par 1 emploi de moyens extenseurs , appliqués à la colonne vertébrale qu’elle déforme.

Et si elle n’existe pas , nous devons porter ailleurs nos recherches, dans la vue de découvrir celle des autres causes dont nous avons parlé, à laquelle nous pouvons attribuer la production de la conformation vicieuse qu’il y a à corriger.

Or, relativement à ces autres causes, le plus grand nombre se manifeste au médecin d’une manière plus ou moins sensible, et leur nature ne saurait en général, être méconnue. Elles peuvent consister en une diathèse scrophuleuse, scorbutique, herpétique, syphilitique, rhumatique, etc., en des congestions formées sur des organes voisins de l’épine, dans la moelle que son canal renferme, et dont la lésion est la cause d’une si grande variété de phénomènes , et de phénomènes si extraordinaires pour nous , dans l’état actuel même de la science, qu’on ne salirait apporter trop d’attention au moindre trouble dans

quelque partie du système nerveux coïncidant avec la déformation de la colonne vertébrale (i).

Ces causes reconnues , sont ou ne sont pas actuellement agissantes; dans le premier cas, faut-il soumettre la colonne vertébrale à l’action des moyens extenseurs dans le même tems qu’on leur oppose un traitement interne ; ou faut-il s’abstenir de l’emploi de tout moyen mécanique, jusqu’à ce qu’on les ait traitées avec succès?

(i) Il faut lire à ce sujet Je résultat des expériences de M. Magendie , rapporté dans son excellent Journal de Physiologie , où il fait connaître aussi les travaux en ce genre de MM. Flourens, Serres, Rihes, Desmoulins, Breschet, et autres expérimentateurs nationaux ou étrangers ; on trouvera notamment dans le Numéro d’avril i8a3 , une observation du plus grand intérêt, deM. Rullier, sur la destruction d’une grande pârtie de la moelle épinière, avec contracture des bras et mobilité parfaite des membres inférieurs. Cette observation est suivie de remarques par M. Magendie.

On trouvera encore dans les Numéros des années i8aa et suivantes , d’utiles recherches sur les mouvemens et les attitudes de 1 homme , par M. Roulin, et sur le système nerveux , par MM. Ch. Bell et Shaw , savans médecins anglais.*

L orthopédie est redevable à ce dernier d’un Traité sur les déviations de la colonne vertébrale , dont nous nous proposons de publier des fragmens avec nos remarques. Nous pouvons dire , en attendant , que l’ouvrage de M. Shaw renferme des faits bons à connaître et des plus propres à avancer cette partie de la science.

Parmi plusieurs travaux dont les résultats sont utiles , considérés sous le rapport de leur influence dans le traitement des déviations de la colonne vertébrale, on distingue ceux de MM. Ollivier d’Angers , et Velpeau , relatifs aux maladies de la moelle épinière , dans les premiers Numéros de i8'25 des Archives générales de Médecine. Le Journal complémentaire des Sciences médicales , le Journal-général de Médecine , et la Bibliothèque médicale , offrent beaucoup d’observations analogues desquelles on peut tirer les inductions les mieux motivées sur les nombreux effets des lésions du système nerveux, qui portant leur impression sur les muscles dans les diverses

régions du corps, déforment les parties au mouvement desquelles ils. servent.

Celle question est ïa plus diflicile à résoudre, parmi celles qui se présentent lorsqu’il s’agit de se déterminer sur le choix des divers moyens à opposer soit à une déviation déjà sensible, soit aux mouvemens de la nature qui tendent à la produire; car, si d’une part, on sait que la moindre violence exercée sur des organes malades est propre à accroître l’intensité du mal , de l’autre, ou ne peut se dissimuler qu’il est toujours bien plus facile de prévenir que de corriger une difformité.

Le parti à prendre dans cette circonstance , qui toutefois n’est pas la plus fâcheuse, puisqu’encore la déformation de la colonne vertébrale n’est pas avancée, nous paraît devoir être indiqué par le degré d’activité de la cause qui la prépare , et dépendre de la juste appréciation des symptômes qui l’annoncent;

TouLefois nous devons reconnaître que parmi les causes que nous venons de désigneril en est dont les effets sont plus lents ou d’une conséquence moins funeste que d’autres. Celles par exemple qui consistent en des maladies de la peau, négligées ou mal traitées, bien que leur influence sur la déviation de l’épine ne puisse être niée , ne parviennent qu’après un certain temps à altérer les ligamens qui unissent les os dont elle se compose. Elles agissent en général d’une manière peu énergique , leur principal siège étant toujours à la peau où elles exercent le plus de ravage. Nul doute qu’il ne faille dans ces cas faire concourir en même temps le traitement interne destiné à les combattre avec celui qui consiste dans l’emploi de puissances appliquées à l’extérieur ; ces derniers moyens devant être mis en action dès le moment qu’on s’aperçoit que la taille se déforme.

Mais il n’en peut être ainsi lorsqu’on a à combattre les scrophules, le scoi'but au plus haut degré, la syphilis, etc. Ces maladies affectent les os même dans leur substance la plus compacte ; elles les amollissent de telle sorte

que cet état a été désigné sous le nom de rachitîs- scrophuleux, scorbutique, syphilitique, comme si le mot rachitis était synonyme de ramollissement des os ; et avant de les amollir, elles ont altéré* leurs ligamens leurs fibro -cartilages , au point qu’une extension même à un très-faible degré ne manquerait pas d’accroître l’intensité de ces états pathologiques.

Au moment où nous écrivons ceci , nous donnons des soins à deux jeunes personnes qu’on a imprudemment soumises à l’action d’une extension sans mesure de la colonne vertébrale, dont on regardait la déviation comme un cas simple , bien qu’il y eut les symptômes les plus évidens de la période d’irritation de tout le système lymphatique qui précède ordinairement la manifestation de la diathèse scrophuleuse. Les premiers effets de cette extension ont été de produire chez l’une d’elles la suppression (i) du flux menstruel; d’engorger les glandes sus-maxillaires, sous-axillaires et inguinales, au point que

(i)Il nous a été rapporté un de ces jours par un pharmacien de Paris, qui suit, dans un autre établissement que le nôtre, la marche du traitement auquel est soumise une jeune personne , pour le redressement de la colonne vertébrale excessivement déviée , que pendant les cinq premiers mois elle avait cessé d’étre réglée , et qu’elle avait eu cela de commun avec d’autres jeunes personnes sur lesquelles on exerçait comme sur elle l’extension de la colonne vertébi’ale par le moyen de mécaniques à ressorts, mais qu’après ce temps le flux périodique s’était rétabli chez elle comme chez les autres ; et, chose fort remarquable , mais jusqu’ici non expliquée , relativement à l’eflet de l’extension de la colonne vertébrale , ce même pharmacien nous a assuré que non-seulement la santé de cette jeune pei'sonne , non plus que celle des autres, n’en avait éprouvé aucune atteinte ; qu au contraire il y avait eu prompt rétablissement des fonctions de la digestion auparavant ruinée chez elle au point qu’elle ne pouvait digérer que des fécules. Nous dirons bientôt ce qu’il faut penser de

ces effets encore exagérés , attribués à l’extension de la colonne vertébrale.

nous craignons des dépôts dans la plupart de ces organes; l’engorgement croissant de jour en jour, même depuis la cessation de toute extension ; la douleur et le mouvement flukionnalre n’éprouvant aucun amendement, bien que l'ien ne soit négligé pour en obtenir un.

Chez l’autre, qui estime personne âgée de 17 ans, dont la taille a commencé à se dévier d’une manière lente et peu sensible vers l’âge de ii ans, époque à laquelle elle fut traitée méthodiquement toutefois d une éruption dartreuse dont tout son coips s’était couvert, des corsets avaient paru s’opposer jusqu’à l’âge de 16 ans à une déviation bien prononcée de la taille; mais à cet âge, la réapparition de l’éruption dartreuse à un degré d’intensité beaucoup plus considérable que la première fols , l’ayant obligée de suspendre l’usage de ces corsets pendant plusieurs mois, et sa santé s’étant d’ailleurs fort altérée pendant ce temps, où elle a éprouvé successivement du trouble dans l’exercice de presque toutes les fonctions , la déformation de l’épine a fait en deux mois des progrès considérables, et tels qu’ils ne s’opèrent pas ordinairement dans trois , quatre , cinq ou six ans. Ces progrès effrayans ont concommlté avec une fièvre continue , des douleurs dans tous les os et au côté gauche oii elles ont été obscures et obtuses tant que 1a jeune personne gardait la position horizontale , mais où elles se sont fait sentir bien plus prononcées et plus vives dès qu’elle se levait , se tenait de bout ou marchait.

A la faveur d’un traitement propre à combattre cette nouvelle éruption dartreuse , le rétablissement de la jeune malade s’est encore opéré , mais la déviation est demeurée au point où elle était parvenue, et à ce degré elle a été telle qu’aucun corset n’a pu être employé.

C’est à cette époque que l’extension de la colonne vertébrale, au moyen d’un lit à ressort, a été mise en usage. On a d’abord été émerveillé de l’alongenicnt qu on ob-

tenait à vue d’œil ; un redressement relatif accompagnait cet alongement; la jeune personne se plaignait cependant d’une douleur au côté enfoncé , que l’extension avivait en raison du degré jusqu’auquel on la poussait ; mais elle se croyait en vole d’une guérison qu’elle jugeait ainsi que ses parens , d’autant plus prompte et plus assurée que l’on obtenait des alongemens plus considérables. Toutefois une résistance insurmontable est venut toul-à-coup s’opposer à tout alongement ultérieur , malgré la continuation de ces extensions sans mesures. Bientôt les douleurs sont devenues insoutenables ; il a fallu suspendre toute extension. La jeune personne n a pu soulager la douleur du côté qu’étendue sur un lit plus mou que celui sur lequel on l’avait placée, pour opérer le redressement; elle n’a même pu y demeurer que fléchie sur le côté où elle sentait la douleur. La fièvre à laquelle on n’avait eu aucun égard d’abord, s’est manifestée à ua plus haut degré ; la respiration est devenue gênée et entrecoupée; la soif continuelle et très-pressante; une chaleur vive s’est fait ressentir sur tout ce côté ; en un mot tous les symptômes d’un mouvement fluxionnaire rapide , annoncent suivant nous dans ce moment la formation d’un abcès ; c’est pour la seconde fois depuis le traitement, qui, nous a-t-on dit, date de six semaines, que les règles ont manqué.

Deux saignées, l’application de soixante sangsues , des boissons tempérantes et émollientes, des bains , des lavemens ayant les mêmes vertus, tous moyens mis en usage d’après notre conseil, ont bien ralenti la marche de ce mouvement fluxionnaire, mais nous n’osons nous flatter qu’un dépôt ne sera pas la suite d’une inflammation déterminée par les tensions immodérées de la colonne ver-» tébrale.

La connaissance que nous avions de tels événemens nous avait fait déclarer formellement quelques mois au-»

paravant que nous ne nous chargerions pas d’une jeune personne qui était venue nous consulter, accompagnée de son médecin et du pharmacien dont nous avons parlé dans la note précédente, d’abord parce que cette jeune personne, âgée de vingt-cinq ans, était affectée d’une déformation de l’épine qui réunissait plusieurs complications qui la rendaient incurable , et d’ailleurs parce que sous le rapport de l’état général de la santé , la prudence nous commandait de nou§ abstenir de toute tentative de redressement. Cette personne en effet était d’une maigreur extrême ; elle ne vivait que de fécules, et douée d’une vive sensibilité, elle éprouvait de temps en temps des évanouissemens, provoqués parles causes les moins énergiques. Comment aurions-nous pu nous déterminer avec de telles données à étendre cette malade sur un lit ferme dans une position horizontale, l’abdomen et par suite la poitrine resserrés par une large ceinture au point où il le faut pour qu’elle ne dépasse pas la crête des os des îles , et qu’elle puisse être attirée assez fortement en bas pour que l’extension de la colonne vertébrale s’opère ; nous dûmes donc, comme nous le fîmes, conseiller de s’abstenir de l’emploi de tout moyen mécanique.

INIais il n’était bruit à Paris que de cures de telles difformités obtenues par ces moyens ; et notre consultante , contre notre avis écrit, motivé, se décida à se faire traiter ailleurs.

Il nous a bien été assuré depuis , que si on n’obtient pas de redressement ( ce que nous déclarons toujours impossible, et ne pouvant être réellement itnic qu’avec le plus grand danger), du moins la santé s’est en général notablement améliorée. Nous souhaitons que cette amélioration, inexplicable par la manière d’agir de l’extension , se soutienne ; mais nous ne pensons pas qu’elle le fasse. Dans tous les cas , si nous étions encore consulté pour une personne qui offrirait comme celle-ci , autant de

contre-indications de l’extension de l’épine , nous donnerions le même conseil, que le raisonnement plus encore que l’expérience nous avaient suggéré , alors même que nous n’avions pas comme aujourd’hui la terrible preuve du danger qu’il y a à mépriser de telles contreindications, puisqu’une jeune personne soumise à l’extension , dans une maison qui ne s’occupe, dit-on, qu’accessoiremcnt du traitemént des difformités de la taille , a été obligée d’en sortir, et est allée mourir chez ses perens , il y a environ un mois. Puisse cette leçon n’être pas perdue pour quiconque , au sujet de l’extension de la colonne vertébrale , ne sentirait pas qu’il s’agit bien moins à(t frapper fort que de frapper juste , et pour parler sans métaphore , de tendre beaucoup que de tendre comme il le faut, et seulement quand on le peut sans danger.

Les faits que nous venons de rapporter sont certainement bien suffisans, pour rendre plus circonspect qu’on ne l’est en général dans la manière d’appliquer l’extension horizontale de la colonne vertébrale pour opérer son redressement. Nous pourrions toutefois en citer beaucoup d’autres qui ont offert la diminution ou Vaholition des facultés intellectuelles , de la vue, de Vouie, de V odorat , des mouvemens de la tête , du tronc, des membres, etc. iMais ce n’est pas ici le lieu, et nous allons reprendre notre sujet au |^olnt où nous l’avons laissé , c 6st-à-dire continuer l’examen des causes de la déviation de la colonne vertébrale.

Nous avons dit plus haut, qu’une question des plus difficiles à résoudre était de déterminer, quand il fallait recourir sur-le-champ à l’emploi des moyens extenseurs de la colonne vertébrale, dont la déviation avait été déterminée par une cause interne , directe , ou était préparée actuellement par une cause de ce genre.

^ Nous avons fait sentir combien il importait d’user de circonspection , soit pour le choix du temps où ce moyen

(iO)

cloit elrc cmployc j soit pour la sornmc de forces (ju^ofl doit y mettre en action; certaines de ces causes, telles que le rachitis, les scroplmles, le scorbut à un très liant degré altérant de telle sorte la substance des vertèbres et de leurs ligamens, qu’on avait à craindre dans la période d’irritation de ces maladies , ou dans leurs terminaisons qui sont des suppurations ou des caries , de les exaspérer, ou de causer des ravages intérieurs dont les suites pourraient être funestes.

Il nous reste à parler des causes indirectes qui déterminent aussi la déviation de la colonne vertébrale.

Ces causes sont :

1. " La perte absolue ou relative de l’équilibre, que dans une bonne constitution la nature a établi entre les divers muscles dont la contraction ou le relâchement concourent médlatement ou immédiatement aux divers mouvemens , aux diverses attitudes dont la colonne vertébrale est susceptible ;

2. ° Toute affection chronique invétérée d’organes situés plus ou moins près de la face antérieure de la colonne vertébrale , parmi lesquelles celles des poumons , de l’artère aorte , du diaphragme , des reins , exercent le plus d’influence ;

3. “ Les cicatrices à la peau avec perte de substance ou adhérence avec les parties sou^-jacentes , s’opposant à la rectitude du tronc ;

4. “ La déviation de l’axe vertical du bassin, qui fait incliner dans un sens anormal la face vertébrale du sacrum.

Ces causes indirectes de déviation de la colonne vertébrale , ont été plusieurs fois par nous observées , soit pendant la vie , soit après la mort. Il suff t de les avoir indiquées , pour faire sentir que , comme parmi les causes plusieurs d’entre celles-ci requièrent relativement au traitement des difformités de l’épine qu’elles ont pro-

duîl, l’emploi de divers moyens du ressort de la méde-* cine interne ou de la chirurgie spéciale.

Actuellement que nous avons dit ce que nous nous proposions de dire sur les causes internes ou externes , directes ou indirectes, auxquelles on doit attribuer la déviation ou la déformation de la colonne vertébrale , nous allons parler des causes mécaniques qui peuvent s’opposer d’une manière absolue ou relalive à son redressement , d’où que provienne sa déviation , pourvu que la difformité qu’elle constitue soit hors de l’influence de toute cause interne qui l’aurait produite.

Ces causes mécaniques sont :

i.° La déformation d’une ou de plusieurs vertèbres, à un âge où l’ossification est complète ;

2° L’ankylose de l’articulation de plusieurs vertèbres entr’elles , ou avec l’os sacrum , dans des rapports anormaux ;

3.“ Des exostoses unissant plusieurs vertèbres entr’elles ou avec l’os sacrum ;

La déformation d’un ou de plusieurs ligamens in h tervertébraux ;

5. ® L’accourcissement et la rigidité de certains des autres ligamens qui unissent les vertèbres entr’elles , l’extrémité supérieure de la colonne vertébrale à la tête , et son extrémité inférieure à l’os sacrum ;

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