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10 JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE N« 19 — Janv, iqoB
La production sucrière de Java est enre- La Rédaction de V « Archief » admet, gistrée et dépouillée, tous les ans, usine par d'accord avec l'usage, que 2 piculs de hasusinc, par les soins de la Rédaction du produit (zaksuiker) valent .1 picul de sucre « Archief voor de Java-Suikerindustrie », de i" jet (hoofdsuhver) ; à ce taux, la produc- Tune des plus belles revues agronomiques, tion totale de Tîle de Java en 189g se calcule qu'il y ait au monde. C'est à cette revue qu'a à 12.345.087 piculs, soit 762.447 tons. Ce été emprunté le tableau de la p. 9; nous le chiffre est intéressant à citer en ce sens reproduisons d'après la traduction aile- qu'il dépasse seulement de 1/2 p. 100 l'estimande de M. le professeur Krueger, insérée mation publiée par 1' « Archief » en 1898 ; ce dans le « Centràlblatt fuer die Zuckerindus- qui donne la mesure de la perfection des métrie » du i5 nov. 1902. thodes d'estimation adoptées; il est Juste M. D. SiDERSKi, le bien connu spécialiste d'ajouter qu'elles nécessitent un travail parisien, a eu l'extrême obligeance de nous énorme de la part de 1' « Archief» et s'apaider pour la traduction française des termes puient sur la bonne volonté, très éclairée et (^'^,.j très ridèle, d'un corps de planteurs absolu- Quelques commentaires ne seront pas de ^lent remarquable par son niveau de culture trop, pour éclairer ce tableau : ^\^^ conhance dans les ressources de la
La production brute s'entend de l'unité de science,
surface (bouw ou hectare) telle que, chemins M. Kobus, directeur de la Station Java-
et fossés compris ; la production nette, de la Est, citait, au Congrès de 1896, le chiffre de
surface effectivement couverte de cannes. On 2.340 piculs de canne et celui de 200 piculs
estime généralement, à Java, que les che- de sucre, au bouw, comme le maximum des
mins et fossés mangent 10 p. 100 de la super- récoltes arrivées à sa connaissance. Le pre-
ticie des champs de cannes (Krueger, mier de ces chiffres répond à 2o3.652 kg.
p. 189). de canne à l'hectare. M. Krueger déclare
Sur les 176 usines ayant répondu auques- (P- 473) avoir eu connaissance à plusieurs re-
tionnaire de l' a Archief » relativement à la Prises de rendements atteignant 200 piculs
campagne de 1899 (le nombre total des de sucre au bouw (il ne s'agit pas de multi-
usines en fonction étant de 184), 71 seule- plications arithmétiques partant de quelques
ment ont renseigné les enquêteurs sur leur mètres carrés d'essais, mais bel et bien de
production de mélasse : elle se calcule à rai- récoltes industrielles). Cependant, les
sonde i partie démêlasse contre 6,3 parties moyennes n'ont pas encore atteint pareille
de sucre de i" jet, soit 18,1 piculs démêlasse hauteur; de l'enquête sur l'année 1899, il ré-
par bouw (égal à 1575 kilog. par hectare), suite que 48 sucreries de Java ontrécolté plus
M. Krueger constate ce fait, que la produc- de 11.000 kg. de sucre à l'hectare; et 89,
tion de mélasse va en augmentant d'année en plus de 10.000 kg. La moyenne totale, pour
année, non seulement par rapporta l'hectare, l'ile entière, se calcule à 117 piculs au bouw,
mais aussi par rapport à celle de sucre de soit 10. i 83 kg. à l'hectare. « Il y a vingt ans»
l'r jet. Enfin, ces rapports ont évolué comme fait observer M. Krueger « on aurait crié à
suit, depuis 1893 : l'imposture si un agronome avait osé présen-
. Rapport Piculs ter des chiffrcs semblables » .
de la mélasse de milasse .
au sucre raiiiné au bouw Nous reviendrons uu autre jour sur le ren-
1893 I : 10,10 11,10 dément aux îles Hawaï. Pour aujourd'hui
1894 I : 8,67 10,35 nous tenons à clore ce premier dossier par
1895 I : ",73 12,20 ceslignesempruntés à unsavant françaisdont
1896 I : 8,1 I 10, co on ne saurait mettre en doute le patrio-
i8-,7 I : 6,80 i3,8o lisme, M. Hknri Lecomte {La Production
189S 1 : 6,90 16,20 agricole et forestière dans les Colonies ft'cJti-
1890 I : 6,3o 18,10 caises, Paris, 1900):
N" 19 — Janv. 1903 JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE i,
«... La culture de la canne dans nos colo- « anglaises est là, de même que celui des îles
« nies peut encore procurer des bénéfices « Hawaï et de Java, pour donner un salu-
« suffisants ; pour cela il faut renoncer aux « taire exemple aux habitants découragés de
« errements anciens. L'exemple des colonies « nos colonies françaises ».
La Culture des Arbres à gutta et la sélection chimique.
Les plantations du gouvernement, à Java. — Fraudes et mélanges. — Guttas riches et guttas pauvres. —L'analyse, guide du cultivateur et du négociant.
P. VAN RoMBURGH et W. R. Tromp de Haas : <^oit l'étude serrée de l'origine botanique des
Importance de l'analyse chimique pour diverses guttas de la Malaisie, étude qtii fut
la culture des arbres à gutta-percha. complétée par le D' Boerlage au moyen des
Gr. 8% 12 pp. Publié (en français) dans le matériaux recueillis par M. van Romburgh
n° XV du (c Bulletin de l'Institut botani- dans ses missions à Bornéo et Sumatra.
que de Buitenzorg ». Imprimerie de l'Ins- Les caractères botaniques des différentes
titut, 1902. espèces sont tels, que dans beaucoup de
Ce travail, daté de Juillet 1902, offre assez cas, surtout s'il s'agit de plantes à cultiver,
d'intérêt pratique pour mériter une notice il est extrêmement difficile de reconnaître
bibliographique un peu détaillée : si l'on a affaire à une espèce qu'il vaut la
Depuis bien des années, disent les auteurs, peine de cultiver. Dans ces cas douteux,
la rareté croissante de la gutta-percha, cet l'analyse chimique est un auxiliaire excel-
isolant si précieux pour l'industrie des câbles lent.
télégraphiques, attire l'attention de tous. Les guttas du commerce ne sont que rare-
II y a déjà cinquante ans que le Gouver- ment le produit d'une seule espèce d'arbres,
nement des Indes Néerlandaises s'est rendu Presque toujours, ce sont des mélanges de
compte de l'importance qu'aurait la culture gommes de provenance variée, mélanges faits
de ces arbres. On a installé à Soekadana, à par les chercheurs de gutta ou par les négo-
Pontianak, à Mampawa et à Sambas des ciants chinois et souvent additionnés de
plantations qui, par suite de diverses cir- grandes quantités d'écorce et autres impu-
constances, ont entièrement péri. En i856, retés. Faire un choix dans ce chaos de mé-
deux milliers de plantes ont été apportées langes est un problème que doit résoudre
de Bornéo à Java et mises en terre en Ban- pourtant le fabricant de câbles. Les négo
ten, dans les Préanger et près de Poerwo- ciants eux-mêmes ont besoin d'une grande
kerto (Banjoemas). A ce dernier endroit, il expérience pour ne pas être dupes des col-
en reste encore 55 pieds en vie tandis que lecteurs; il est même plutôt douteux qu'ils
tous les autres ont disparu. y arrivent dans tous les cas.
En 188?, fut installé à TJipetir, près Tji- L'analyse serait d'un grand secours au
badak (Préanger, Java), un jardin d'essais, commerce, si Ton ne se basait pas surtout
où les meilleures espèces lurent mises en sur les propriétés physiques de la gutta-per
culture sur une assez grande échelle. En cha. D'après les fabricants, on trouve des
même temps on fit de plus petites plantations sortes de gutta dont la composition chimique
dans le Jardin d'Essais, à Buitenzorg. fait croire qu'elles se prêteraient à l'isole-
En 1 900, on décida d'étendre la plantation ment des câbles, tandis que la pratique dé-
de Tjipetir jusqu'à concurrence de i5 hec- montre le contraire. Il serait donc impor-
tares, à planter avec les meilleure.'^ espèces, tant de posséder des méthodes simples d'es-
C'est à MM. Beauvisage et Burck que l'on sai des propriétés physiques; il n'y en a mal
JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE N» 19 — Janv. 1903
heureusement point. Au contraire, cette étude est si complexe qu'elle n'est que rarement faite et que le commerce ne s'en sert jamais.
Mais, si, nil'analyse chimique, ni l'analyse physique ne jouent un rôle lors de l'achat ou de la vente delagutta, comment en fixe-t-on l'a valeur? Jusqu'ici, personne n'a pu donner une réponse suffisante à cette question. Aussi est-il de la plus haute importance pour ceux qui veulent se livrer à la culture de ces arbres que l'on cherche à étendre notre savoir sur ce point. Il y va d'un intérêt pratique, considérable.
Quelles sont au juste les causes qui rendent difficile l'évaluation des guttas? L'une des principales est la sophistication extrême des produits offerts au commerce. La demande croissante, causée par le développement du réseau de câbles sous-marins, rendit de plus en plus impossible aux indigènes de s'en tenir exclusivement aux mêmes espèces et ils se mirent à les mélanger avec le produit d'autres guttifères. Les Chinois également, entre les mains desquels les produits bruts se centralisaient avant de parvenir aux marchés européens ne restèrent pas en arrière et connurent vite l'art des mélanges, qu'ils poussèrent même plus loin que les collecteurs de la forêt. Tous deux sont liés par leur intérêt de ne pas vendre leur secret. C'est pourquoi il est devenu impossible de connaître la provenance des guttas du marché européen. Les fabricants de câble, a leur tour, craignant la concurrence, tiennent secret tout ce qui touche à la gutta. Tout ce qu'on sait, c'est que, dans l'industrie, une gutta-percha riche en gutta pure n'est pas employée telle quelle; on la mélange avec une espèce à teneur intérieure.
La gutta-percha riche provient d'un jietit nombre d'espèces végétales, tandis que les guttas pauvres sont le produit d'espècesplus nombreuses.
Les corps qui constituent la majeure partie des guitas pauvres sont encore fort IH'u connus; on ne sait même pas quelle i.iiluence ces corps onr sur la gutia propre-
iiicllt duc... IvL .M. V^ll KoJIliLKGIi CL TuCiMP
DE Haas en tirent cette conclusion : que jus-
qu'à plus ample informé, il paraît logique de payer une gutta-percha d'autant plus cher qu'elle contiendra plus dcguita proprement dite.
...Si les fabricants dccâbles, disent-ils, voulaient nous tendre la main dans notre essai de payer la gutta-percha sur une base plus rationnelle on pourrait mettre fin aux abus des négociants. Les Chinois n'auraient plus aucun profit à mélanger les diverses gutta et on ne tarderait pas à voir s'améliorer la situation des consommateurs ainsi que des producteurs.
Or l'analyse chimique permet de distinguer les guttas riches et pauvres. Une gutta à teneur supérieure en gutta pure a, en général, une plusgrande valeur commerciale, et, c'est celles-là que recherche le planteur. C'est évidemment aussi les guttas riches qui devront fixer l'attention du planteur.
Les Palaquium^ auxquels appartiennent les plus importants producteurs de gutta, renferment plusieurs espèces à peine différenciées au point de vue botanique, mais donnant des produits très différents en qualité. Le planteur est souvent dans le doute au sujet de l'espèce; l'analyse chimique est là pour le tirer d'embarras... Le tout était de trouver une méthode d'analyse exacte, et cependant assez rapide pour pouvoir servir à de pareilles sélections.
Les méthodes publiées soit par Obach, par Grasse et d'autres ne répondaient pas à ce but. MM. Van Romburgh et Tromp de Haas en ont élaboré une nouvelle dont ils donnent une description complète, qu'il est inutile de reproduire ici.
Cette méthode fut d'abord appliquée à la recherche de la pureté des types plantés dans le Jardin d'Essais de Buitenzorg. Dans le terrain occupé par les Palaquium borneense se trouvaient des individus suspects. Ayant en vue la production de graines pour étendre la plantation de Tjipeiir, où l'on ne cultivera que les guttas à teneur élevée, la Direction s'inquiéta de pousser l'examen à fond. On incisa chacun de ces arbres et on recueillit un peu de gutta pour l'analyse. Les iwiLiliais lurcat, pour tix arbres, de Si à 86 % de gutta pure; mais un septième n'en.
N° 19 — Janv. 1903 JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE
accusa que 5o % . Il fut jugé, condamné et arraché.
Dans les carrés des Palaquium oblongifo- Jium et des Palaquium Treubii on trouva dans chaque un arbre suspect. L'analyse donna pour le premier 68,8 résine et 35,2 gutta, pour l'autre 75,7 résine et 24,3 gutta. ■Ces deux arbres encore n'appartenaient donc pas àl'espèce parmi laquelle ils se trouvaient.
A Tjipetir on fit des constatations analogues sur les Palaquium borneense.
La valeur de l'analyse chimique se montra ■encore clairement dans les essais entrepris sur la demande de M. Curtis, directeur du Jardin botanique de Penang (presqu'île de Malacca). Dans ce Jardin se trouvaient deux Palaquium qui fructifièrent, mais dont les fruits différaient sous quelques rapports. Un ■examen botanique à Kew eut pour résultat que l'un de ces arbres était le Palaquium Gutta et l'autre une nouvelle espèce qu'on baptisa Palaquium Curtisii. A Buitenzorg,
que, il semble très probable qu'il s'agit d'une seule et même espèce.
Il est inutile de citer les autres expériences du même ordre exposées dans le mémoire; nousnous borneronsàretenir la conclusion :
Dès à présent l'analyse offre au cultivateur le moyen d'asseoir sur des bases solides la sélection des arbres à gutta destinés à la propagation dans un but industrie! et pour réduire d'une façon très sérieuse l'aléa de cette nouvelle culture. Pour terminer citons encore un tableau qui montre quelle confusion règne actuellement sur le marché des gutca-perchas.
Afin d'avoir quelque idée de la composition des espèces de gutta, telles qu'on les vend à Singapore, les auteurs analysèrent un certain nombred'échantillons qu'ils s'étaient procurés par l'entremise du Consul général des Pays-Bas en cette ville, avec la mention du prix, exprimé en dollars par picul.
L'analyse donna les chiffres suivants :
DÉSIGNATIONS COMMERCIALES (Marchi; DI-; SiNr,.\roRi;l.
Impuretés
Eau
Résine
Gutta
Bila (red) Soondi
id -
li,8
3in
1 ôo i
!il(! '
;îi;ii I M7n [
38(1 1 tîOG |[
Serawak Soondi n"2
Pinang gutla Palelo n" 1
S-rawak red soondi n" 1.
liagan white Soondi n" 1
Kœiei guta merah n" 2
Indragiri while Soondi ,
Sambas white Soondi ....
Kœlei guta merah n'M
Pahang white Soondi n" 1 '
l'examen des caractères botaniques des deux On voit par la comparaison dos doux der-
arbres ne sembla pas justifier la création nièreslignes, combien l'estimation du Kœtei
d'une nouvelle espèce, et une analyse de leur getah merah n" i est mal faite, comparée à
produit donna : celle du Pahang Soondi. Le proJuii plongé
Gutta Résine dans l'eau bouillante était d'ailleurs très
A 77,2 11,8 plastique, mais peu résistant, et il fallait
B J^v ''i9 longtemps pour qu'il redevint dur nprès
La composition de ces guttas étant identi- refroidissement.
JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE N« 19 — Janv. 1908
Le Café au Tonkin
Statistiques. — Opinions pour et contre, de MM. L.Gilbert, P. L, Lafeuille, L. Roux.
Un abonné nous demande :
<t J'ai lu quelque part que les plantations de café Bourbon prenaient beaucoup d'extension au Tonkin, dans l'intérieur bien entendu, et qu'aucune maladie n'était encore signalée. Pourriez-vous me donner des renseignements sur cette culture au Tonkin ; offre-t-elle vraiment des horizons? Avec la main-d'œuvre abondante qu'on trouve làbas, n'est-elle pas à conseiller aux colons? Vous seriez bien obligeant, si vous pouviez me donner quelques avis à ce suje.t. »
Nous avons fait, en conséquence, notre petite enquête; et disons-le de suite, son résultat est plutôt défavorable ; notre impression en ce sens a d'ailleurs été confirmée par des Tonkinois rencontrés à un récent déjeuner mensuel de l'Association syndicale des Journalistes coloniaux. M. Léon Gilbert, en particulier, nous a dit avoir eu Jusqu'à 120.000 caféiers et en être complètement revenu; d'après ce colon, qui a derrière lui une expérience déjà assez longue, le climat du Tonkin ne se prêterait point à la culture rémunératrice du café, sauf peut-être quelques localités exceptionnelles.
Voici, d'autre part, quelques documents bibliographiques, où on trouvera du pour et du contre ; nous n'avons aucun parti pris, et donnerons de même tous renseignements qu'on voudra nous communiquer sur cette question.
Henri Lecomte : La Production agricole et forestière dans les Colonies françaises^ Paris, 1900. p. 62 :
« On a déjà établi un certain nombre de plantations de café en Indo-Chine.
« Des essais récents de culture du caféier de Libéria donneront peut-être de bons résultais.
« En Annam, les villages in iiuènes, récemment reconstitués dans la l'a- tie montagneuse de la province de Nghé-An, ont reçu de l'administration, en 1898, plu-^ .ie 4.000
pieds de Libéria pour établir des plantations..
«M. Paris (i) a organisé près de Tourane une plantation qui comprenait déjà, en 1898, plus de 12.000 caféiers.
« La. culture du caféiernese développe pas seulement au Tonkin et en Annam ; eiic gagne aussi du terrain en Cochinchine, où le Libéria parait donner de bons résultats. Il existe des plantations dans l'arrondissement, de Chaudôc, en particulier.
Paul Doumer : Situation de Vlndo-Chine^ 1897-1901 (Rapport du Gouverneur général). Hanoï, 1902. p. 59 :
« Le café est cultivé un peu dans toutesles parties de l'Indo-Chine. Mais sa culture, commencée sur certains points depuis dix années, n'a pas donné les mêmes résultats probants que celle du thé.
« On évalue à environ 1.200.000 le nombre des pieds de caféiers existant en Indo- Chine. Dans ce total, le Tonkin intervient pour 800.000, la Cochinchine pour 3oo.ooo, l'Annam et le Cambodge, chacun pour unecentaine de mille.
« Le nombre des pieds de caféiers dont un hectare de terre peut-être complanté, est de mille environ, ce qui fait une superficie de 1.200 hectares affectée, en Indo-Chine, aux cultures de café. »
M. P.-L. Lafeuille, planteur à Phu Nho Quan, Tonkin, a publié récemment dans le Bulletin de la Société centrale d'Agriculture coloniale (Mai 1902) un article oùil exprime bon espoir dans la culture du café, du moins dans certaines conditions. Il se base sur une expérience personnelle de cinq années seulement, mais qui porte sur une plantation de 80 hectares (80.000 pieds de café plantés); en
(i) Exploitât! " Delignon c^ Paris, à Dak-Joppau, abonnés du «J.d'A T. »
N. DE LA RÉD.
N- iq— Janv. 1903 JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE
outre, il a étudié, dit-il, Thistoire des plan- suivante. Il est vrai que chaque année la temtations de ses voisins et cherché à se rendre pérature ne descend pas si bas ; mais il sufficompte des causes « de la réussite de quel- rait de quelques nuits aussi froides pour
ques-uns et deTinsuccès des autres »
Il paraît utile de citer quelques passages de cet article :
«... Je pose d'abord comme principe que le café peut nous donner ici de très bons résultats, même malgré la baisse des prix di cette denrée, à deux conditions seulement s 1° pourvu qu'on le plante où il faut : 2° si, une fois planté, on lui donne les soins d'entretien et de fumure nécessaires...
«... Je dis que le choix du terrain et les soins nécessaires donnés à une plantation de café sont les deux seules conditions indispensables mais suffisantes à une bonne réussite dans cette culture.
« Il est, en effet, parfaitement acquis et démontré que le climat du Tonkin, du moins dans certaines régions, est favorable à cette plante. Sans parler de plusieurs plantations importantes qui sont en très bon état et en pleine voie de prospérité, tout le monde peut se rendre compte qu'il existe par-ci parlà au Tonkin, soit dans des jardins, soit à
compromettre à tout jamais une plantation.
« A mon avis, les régions du Tonkin qui se prêtent le mieux à la culture du café, au point de vue du climat surtout, sont celles du Myduc dans la province de Hanoï, les parties élevées des provinces de Phu-Ly, de Ninh-Binh, de Son-Tay, de Hung-Hoa, et en général toute la province de Hoa-Binh et la vallée delà Rivière Noire.
« Cela ne veut pas dire que le café ne viendrait pas ailleurs. Je suis persuadé, au contraire, qu'on pourrait établir, avec chances de succès, de fort belles plantations dans la région de Lam, par exemple, de Mai-Xu, de Biendong, de An-Chau et, en un mot, dans tout ce grand espace compris entre le Loch- Nam, et le Song-Thoung. De même dans la vallée de la Rivière-Claire. Mais il serait imprudent de monter plus haut que Lang-Nac en allant vers Lang Son.
« De l'autre côté du col, la température s'abaisse beaucoup trop pendant quelques mois de l'hiver. Ou bien alors, ceux qui vou-
côté d'autres exploitations agricoles ou même draient risquer cette culture dans des régions dans des plantations de café mal tenues et qui me paraissent beaucoup trop froides, deétablies dans de mauvaises conditions, quel- vraient choisir des vallées bien abritées conques pieds de café très bien venus, existant tre tous les vents et surtout contre le vent du depuis longtemps, et donnant tous les ans Nord... » d'abondantes récoltes. *
« Donc, si quelques pieds de café végètent
etfructifient dans de bonnes conditions, c'est M. L. Roux, ancien élève de l'Ecole d'Hor-
qu'en premier lieu, le climat leur est favora- ticulture de Versailles, est également opti-
ble et qu'ensuite ils vivent dans une terre qui miste. Voici quelques extraits d'une lettre de
leur convient naturellement et par elle- ce jeune colon, publiée par M. Martinet
même, ou bien qu'ils reçoivent les soins et dans le « Jardin » du 20 septembre 1902 :
les fumures qui leur sont nécessaires.. . « L'examen des cultures locales dé-
«... En disant que du moins certaines ré- montre vitcl'inutilité d'essayer de lutt<^r avec gions du Tonkinconvenaient àla culture du l'indigène qui, avec son genre de vie et le café, j'ai voulu dire par là que nous avons peu dont il se contente, arrivera toujours à ici des contrées un peu trop froides pendant produire meilleur marché que le colon, certains hivers où il serait dangereux de ten- « Il fautdonc chercher quelque chose qu'il ter cette culture. Tels sont certains plateaux ne fasse pas; le café, dont la réussite au élevés de la région de Lao-Kay ainsi que la Tonkin est si discutée, m'a paru être susrégion de Lang-Son et de Cao-Bang où j'ai ceptible de donner ici les meilleurs résultats. vu moi même plus d'une fois le thermomè- Il a, il est vrai, des exigences dont ceux qui tre- descendre à 0° entre le mois de décembre l'ont essayé ici ne se doutaient pas, ce qui d'une année et le mois de mars de Tannée causa les déboires dont on l'accuse; exi-.
JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE N° 19 — Janv. 190?
gences de terrain, de soins, de climat, qui la partie touchant à l'Annam, qui puisse
font que son habitat au Tonkin se trouvera réunir toutes ces conditions,
forcément assez réduit. « C'est là que je suis installé depuis peu,
« Il lui faut, en effet, ici, un sol très pro- y ayant trouvé un terrain admirablement
fond, très riche en humus, ce qui est excep- situé, de i.ooo à 1.200 hectares, au bord
tionnel au Tonkin, et des engrais en quantité, d'une rivière et en coteaux qui conviennent
ce qui force à allier l'élevage à la culture et particulièrement à cette culture. »
ce qui, par suite, demande des pâturages. Il L'avenir justifiera-t-il les espérances de
n'y a, selon moi, que le sud-ouest du Tonkin, M. Roux? Souhaitons-le!
Beurre de Coco
En Allemagne. — En France. — En Angleterre. D'après M. John R. Jackson.
L'auteur de l'article dont nous publions ci-après une traduction abrégée, est l'une des personnalités les plus marquantes parmi les savants qui s'adonnent en Angleterre à la botanique économique. Pendant de longues années, il a fait partie de i'état-major du Jardin deKew; aujourd'hui au repos, il emploie ses loisirs à rédiger, dans le « Gardener's Chronicle » de Londres et dans le .( Agricultural News » de Barbados, des notes extrêmement curieuses et qui offrent — surtout les plus récentes, destinées aux Antilles — cette particularité d'être de véritables bulletins commerciaux de Mincing Lane, dressés par un botaniste de carrière.
L'article sur le beurre de coco est plus ancien, il a été publié dans le « Gardener's Chronicle « du 21 décembre 1901, p. 449. Il a paru depuis, sur la même question, des rapports consulaires et des documents scientifiques qui ajoutent bien des renseignements nouveaux; nous les publierons prochainement. Pour le moment, voici les principaux passages de l'article de M. Jackson :
Fabrication anglaise. — Dans le « Journal of the Society of Arts )> de mai 1901, on pouvait lire :
« La fabrication du beurre de noix de coco est une industrie de quelque importance à Mannheim (Allemagne). Il paraît que la fabrique de Mannheim est la seule un peu considérable en Allemagne; elle produit environ 10 tonnes de beurre par jour. Le produit est vendu sous le nom de « Palmine », marque commerciale déposée, ou sous celui de « Beurre de noix de coco ». Il est extrait effectivement de l'amande de la no.ix de coco, et on s'en sert en cuisine, à la place de beurre ou de lard.
« Tel qu'on le vend, ce produit est généralement blanc, presque insipide ; il fond k 80° Fahr. (26° C), et a la consistance delà graisse de bœuf ou de mouton, à la température ordinaire. Quand il est destiné à des marchands au détail, boulangers ou pâtissiers, on le colore pour lui donner l'aspect du beurre ordinaire. Dans la vente directe aux particuliers, la coloration est interdite par la loi.
Les propriétaires de l'usine de Mannheim prétendent qu'à l'analyseleurproduitaccuse plus de 90 % de graisse végétale, et très peu d'eau; tandis que le beurre de vache ne contient que 85 % de graisse, en moyenne, et près de i5 % d'eau. Il est établi que la palmine ne rancit pas aisément ; dans une pièce fraîche, elle peut se garder 3 ou 4 mois. Elle est plus saine et se digère mieux que lesgraisses ordinaires dont on se sert en cuisine. Pour ces différentes raisons, le produit est très en faveur dans les hôpitaux et autres institutions publiques allemandes, et aussi dans l'armée.
<c Le beurre de coco est généralement livré en paquets carrés, enveloppés dans du papier végétal (parchemin artificiel) ; une faible proportion est vendue dans de petits bidons d'étain, hermétiquement fermés, pour l'expédition pendant les chaleurs. On le vend dans toute l'Allemagne au même prix, équivalant à o fr. 80 la livre, soit à peu près la moitié du prix du beurre de vache.
« La fabrication de Mannheim a pour base
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le coprah ; celui-ci est soumis à divers procédésde raffinage, qui en éliminent les acides libres, etc.. Dans les dernières phases de la fabrication, le produit ressemble à du beurre ordinaire récemment baratté; c'est dans cet état qu'il est placé dans des machines analoguesaux écrémeuses centrifuges employées dans les grandes laiteries. La fabrication du beurre de coco laisse un sous-produit, con- ^istanten acides libres et substancesdiverses ; ce sous-produit est vendu aux savonneries. "
Fabrication française. — Au mois de juin 190Î, le consul d'Angleterre a Marseille avisait son gouvernement qu'on était en train demettresur le marchéanglais, pour la consommation du Royaume-Uni, une nouvelle substance grasse, fabriquée à Marseille et destinée à prendre la place du beurre,
(( On l'appelle « Végétaline », dit-il, et ce n'est autre chose que de l'huile de coco, extraite du coprah, mais raffinée, sans goût, ni odeur. Elleest douce, ressemble àdulard.On va la mettre en concurrenceavec lamargarine et avec le beurre de table. Une fabrique de végétaline travaille à Marseille depuis cinq ans ; en ce moment on tente un effort pour
gagner le marché anglais par l'intermédiaire d'une maison de Liverpool ».
Fabrication anglaise. — Une lettre au « Journal of ihe Society of Arts », publiée au commencementd'août 1901, et émanantd'une maison anglaise qui a ses usines à Silvertown, a appris au public que non seulement cette maison fabrique, elle aussi, du beurre de coco, mais encore que son commerce a pris déjà une très grande extension ; au point que la maison a établi dernièrement une usine-succursale à Liverpool. La production réunie des deux usines anglaises paraît dépasser celle de tous les autres fabricants européens réunis.
Dans le commerce anglais, on distingue deux qualités : le « beurre de coco»(« Coconut butter »), connu aussi sous le nom de « Nucoline », et le « suif de coco » (« Coconut suet »), appelé aussi « Vejsu ». Le premier figure sur les cataloguesdes cpiciers;il est vendu moins cher que le beurre de vache et lui est, semblet-il, préférable pour les usages culinaires.
Il est à remarquer que ce produit est très demandé par les végétariens, les Juifs et les Mahométans, qui le préfèrent au beurre de vache pour desraisons moralesoureligieuses