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YERBA MATE

Historique. — Bibliographie française. — Qualités. — Statistique. — Situation commerciale en France. — Conditions de culture aux colonies.

Lettre de M. Ch. du Val

Dans votre numéro du 3i Janvier dernier, je lis une note sur le maté, extraite d'un document allemand. Permettez-moi d'y répondre.

En évaluant à 6.348.242 kilogrammes la production du maté au Paraguay, l'auteur de la note en question commet une erreur grave, car aux 3.463.593 kilos que vend V Indiistrial Paraguaya, marque : Crui de Malta^ il convient d'ajouter la production, 4 millions de kilos au moins, de la société Larangeira, marque: T. L.; celles de MM. Boëtner, Gautier et Cie, marque El Yerbatero, dont l'usine est de fondation récente, et enfin celle d'une vingtaine au moins de fabricants d'une importance plus ou moins grande. Donc, les usines à maté du Paraguay jettent par an sur le marché sud-américain, non pas 6 millions, mais plus de 20 millions de kilogrammes de maté, ou plutôt de Yerba Mate, pour lui restituer son véritable nom.

Mais qu'il me soit permis de dire que la production du Paraguay, sans parler de celle des Missions Argentines, n'est rien en comparaison avec celle des provinces brésiliennes de Sainte-Catherine, de Matto Grosso €t du Parana. La ville de Curytiba, capitale de ce dernier Etat, compte, à elle seule, près de 20 usines à maté, dont deux, appartenant à MM. David Carneiro & C'", fournissent, bon an mal an, 5 millions de kilogrammes au moins d'excellent maté qui peut rivaliser avec les meilleures sortes du Paraguay ; il leur est même supérieur à certains points devue, ainsi que mel'ont prouvé les diverses analyses chimiques que j'ai faites ou fait faire.

Il y a deux alcaloïdes dans les feuilles de maté : la matéine et la caféine; l'action de la première a lieu directement sur les muscles, sans produire d'excitation cérébrale.

Les feuilles de maté, réduites en poudre

et préparées par infusion dans un filtre à café ordinaire, donnent un liquide alimentaire égal, sinon supérieur, au café. D'autre part, après avoir subi une torréfaction spéciale, bourrées soit dans une pipe, soit dans un tube en papier, elles sont appelées à rendre un véritable service aux personnes auxquelles les médecins défendront l'usage de la plante à Nicot et suscitent, par cela même, l'attention des hygiénistes.

C'est un Français, l'illustre Auguste Saint-Hilaire, qui, au commencement du xix'' siècle, a classé le premier VIlex paragiiensis, ou paraguariensis comme l'ont orthographié quelques botanistes, d'après les données d'AiMÉ Bonpland, compagnon et ami de Humboldt; c'est Angel Marvaud, professeur au Val-de-Grâee, qui, en 1859, dans son livre Les Aliments d'épargne, appela le premier l'attention du public sur le maté; c'est le D^ Demersay qui, en 1867, fit figurer la Yerba à l'Exposition Universelle de Paris; c'est M. Charles Barbier qui, de concert avec votre serviteur, la présenta à celles de 1878 et de 89;c'est le D'' Louis CouTY qui, en 1881, publia, dans la « Revue Scientifique » (numéro du 9 juillet), un travail très curieux sur le produit; c'est M. le D' Doublet qui, en i885, soutint, devant la Faculté de médecine de Paris, une thèse remarquable; enfin, ce sont encore des Français, MM.j Martin de Moussy, Dujardin- Beaumetz, Epery, de Bourgade La Dardye, HoGGY, Macquaire, E. Monin, a. Moreau de Tours, Nicklès, O'Followell, Roux, Henry Thomas, etc. . ., qui, depuis 20 ans, ont proclamé, dans leurs ouvrages, les vertus de la Yerba mate et m'ont puissamment aidé (ainsid'ailleurs que la presse française) dans cette tâche ingrate et peu lucrative de vulgarisateur du maté dans notre pays.

Nous pouvons réclamer hardiment pour

N" 22 — Avril igoS JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE loJ

la France Thonneur d'avoir fait connaître le Pour revenir à la lenteur des progrès de

maté à l'Europe. la vulgarisation, lenteur constatée par l'au-

L'auteur de la note allemande, rappelée teur allemand, je me permettrai de lui faire

au début de cette lettre, semble s'étonner observer que la pomme de terre a mis des

que les essais faits jusqu'à ce jour pour in- années et des années à se faire connaître ; que

troduire le maté dans le commerce européen le café, introduit pourtant sous Louis XIV,

n'aient pas grandement réussi, et il attribue était pour ainsi dire inconnu, il y a 60 ans,

le fait à la manière dont le produit est pré- dans nos campagnes, et que le thé com-

parédans les pays d'origine; c'est encore une mence à peine à entrer dans l'alimentation

erreur de sa part. Quant à penser que le française. Il n'y a donc rien d'extraordinaire

maté de fabrication perfectionnée (?), qui à ce que le maté subisse le même sort ; mais

peut s'employer soi-disant comme le thé de son heure viendra, car le maté est le roi des

Chine, résoudra la question de l'entrée du aliments d'épargne^ le réparateur par excel-

maté dans la consommation journalière des lence des forces humaines. L'arrivée delà

Européens, vous me permettrez de ne pas noix de kola a retardé son essor, mais il ne

en croire un mot. D'abord : 1'^' la feuille de sortira pas moins vainqueur de la lutte.

maté étant coriace ne peut pas être traitée Pour clore cette lettre, déjà trop longue,

comme celle du thé ; 2" il n'y a pas de pro- permettez-moi de dire que les essais de

cédés allemands spéciaux, et depuis des plantation d'ilex maté en Afrique, projetés

années et sans attendre les Allemands, les par les Allemands, sont appelés à un véri-

Brésiliensfournissent sept sortes (BENEFicios, table fiasco ; qu'il en serait de même pour

comme ils les appellent) de maté : la feuille nous en Algérie, d'après les essais faits à

entière, très rare dans le commerce; la feuille Badaoura par feu M. Nicolas, Inspecteur de

concassée gros; la feuille concassée menu; l'Agriculture pour la province de Constan-

la poudre avec brindilles ; la poudre fine ; les tine ; ainsi qu'en Nouvelle-Calédonie, à

TALLiNHOs OU pétiolcs ; le maté noir, grillé Tahiti et au Congo. Seuls, les hauts plateaux

sur plaques de tôle. Ce dernier mode de de Madagascar me sembleraient propices à

fabrication enlève, selon moi, au maté son des essais d'acclimatation: mais il faut bien

arôme spécial et certaines qualités hygié- s'imprégner de cette idée que le maté est

niques ; on devra donc y renoncer un jour ou longà pousser; la première récolte de feuilles

l'autre. ne pourra pas avoir lieu avanit de longues

Pour ce qui est de l'usine allemande éta- années,

hlie, depuis quelques années, dans l'Etat de De plus, on devra s'abstenir de planter des

Sainte-Catherine, je puis affirmer qu'on en a variétés à grandes feuilles,

mal choisi l'emplacement, ceci pour des rai- C'est à l'Etat qu'il incorribe de faire des

sons que je me garderai bien d'indiquer ici, essais de plantation qu'un particulier ne

car je conserve toujours l'espoir de voir se saurait se permettre, car seuls nos petits-

réaliser un jour le rêve que j'avais formé en enfants pourront voir les résultats et nous

1879, longtemps, vous le voyez, avant les sauront gré, peut-être, de leur avoir donné

Germains, de fonder, en Amérique du Sud, cet arbre si précieux,

une usine modèle française, telle que la vou- Agréez, etc.

lait Aimé Bonpland. Charles du Val

17, rue de Maubeuge, Paris.

Fibres de Bananiers

Bananiers comestibles et Bananiers abaca. — Débouchés et cotes des produits de Ponowareng (Java).

Communication de M. Van der Ploeg.

Rappel. — Nous avons reçu de M. Van copieux échantillons de fibres provenant dé

DEji Ploeg une lettre, accompagnée de Ponowareng iPekalongan, Java), propriété

JOURNAL D^AGRICULTURE TROPICALE N" 22 — Avril 1908

qui comprend cinq cents hectares de bana- tation de Ponowareng, communiqués par

notre ami E. Baillaud, qui avait bien voulu se charger d'interviewer M. Vander Ploeg à La Haye; que, d'autre part, dans notre numéro 14, nous avons exposé la difficulté d'ordre technique (noircissement de la fibre) à laquelle se sont heurtés jusqu'ici, aux Philippines, les inventeurs de machines pour défibration directe de l'abaca, La farine de banane a fait dans ce Journal, l'objet d'une série d'études que nos lecteurs ont certainement encore présentes à l'esprit. — La Réd.

niers comestibles et d'abaca. Les bananiers comestibles de Ponowareng appartiennent auxdeux variétés « pisang radjah » et « pisang soeh )) ; leur fibre, quoique de bonne qualité, est bien moins belle d'aspect que celle de l'abaca (bananier textile à fruit sec, chanvre de Manille, Musa textilis). parfaitement blanche, souple et très lustrée.

Il existe bien peu d'exploitations d'abaca en dehors des îles Philippines ; déjà à ce titre, le cas de M. Van der Ploeg mérite la plus grande attention. Mais ce qui le rend encore particulièrement intéressant, c'est le procédé de défibration imposé par les circonstances. Celle-ci se fait en deux temps : On commence par décortiquer grossièrement sur place, à l'aide du fameux outil philippin (qui revient à 2 florins pièce) ; on se débarrasse ainsi, dans la plantation même, de 5o % de la pulpe (parenchyme des botanistes). Les lanières obtenues sont mises à sécher ; après dessiccation, elles sont transportées à l'usine centrale, munie de machines Lehmann et Van der Ploeg-Boeken et où a lieu enfin la défibration proprement dite.

L'exploitation en grand de la fibre de bananiers comestibles, est chose encore plus rare. Certaines tentatives ont été faites récemment dans l'Inde anglaise; M. F. Main en entretiendra prochainement les lecteurs du « J. d'A. T. ». Ces tentatives mises à part, l'exploitation javanaise de Ponowareng est, peut-être bien, la seule entreprise capitalisteoù des bananiers comestibles soient exploitéspourla fibre. Dansl'idée des créateurs de la plantation de Ponowareng, les bananiers comestibles devaient être exploités en premier lieu pour le fruit, destiné à être converti en farine ; et les stipes ne devaient être coupés et défibrés qu'une fois les régimes cueillis. En fait, l'expérience acquise ne permet seulement pas de juger si la combinaison était pratique ; car, on ne sait pourquoi, mais c'est à peine si les « pisang radjah » et les (( pisang soeh » produisent quelques bananes à Ponowareng.

Rappelons, pour terminer, que, dans notre n" I 5, nous avons publié divers détails sur l'organisation et le fonctionnement de l'exploi-

Lettre de M. Van der Ploeg. — « Vous me demandez si j'ai eu le placement de ma fibre de bananiers comestibles ; je puis vous dire que tout est placé de suite; j'expédie tout sur le marché de fibres de Londres, où chaque envoi est mis en vente publique. La seule difficulté est que les lots que je puis livrer ne sont pas encore assez importants pour trouver des acheteurs parmi les grands consommateurs. Mes amis de Londres m'ont dit que ma fibre est employée en mélange avec la fibre de manille vraie, pour cordes et tissus.

'( Quant au prix de cette fibre, par comparaison avec celui de la fibre d'abaca, je puis vous dire que ma fibre de bananiers comestibles est classée au même rang que le « ordinary manilla », tandis que la fibre d'abaca est toujours classée avec le « fair current manilla ». La différence de prix qui en résulte, des conjonctures du marché, est quelquefois de £ 6 la tonne, quelquefois même de £ 10 la tonne. Par exemple en mars 1908, le « faircurrent » était coté £ 34, tandis quel' « ordinary» n'était qu'à £ 3o ; or, en juillet 1 902, le prix du « fair current » était £ 40, et celui du « ordinary » £ 32. Mes fibres vont avec ces deux sortes, dont le prix change lui-même selon l'état du marché.

« Quant à la farine de banane, j'ai rencontré de grandes difficultés; pasdans la fabrication, et pas davantage dans la vente, mais dans la culture du bananier. Sur nos plantations, les bananiers ont fort bonne mine, mais hélas, seulement un très petit pourcentage des troncs porte des fruits. Ça

N°22— Avril iqo3 JOURNAL D'AGRICULTLJRE TROPICALE

lOD

avait bien commencé, mais bientôt la plantation cessait de donner des fruits; et ceci, non seulement pour les anciennes souches mais aussi pour les nouvelles.

« Vous comprenez bien que nous avons tout fait pour connaître la cause ; le sol fut analysé, j'ai employé des engrais, etc., mais en vain. Maintenant, je crois avoir trouvé la cause vraie, et un nouvel essai est en train. Je ne manquerai pas de vous informer du résultat. En attendant, je demande à tous ceux qui me liront de bien vouloir commu-

niquer au journal ce qu'ils savent des conditions de fructification de la banane.

« Les premiers temps, nous vendions de la farine de banane à Amsterdam. Depuis, notre production ayant rétrogradé, les petites quantités dont nous disposons sont enlevées sur place; nous n'envoyons plus du tout de farine à Amsterdam. »

Agréez, etc.

Van der Ploeg.

La Haye, ii avril iyo3.

Machines pour débiter la Noix de coco fraîche

Le « Shredder « et le x Stripp-Cutier » de Thomas Barbaclough.

Dans notre n° ii, nous avons donné, d'après le « Tropenpflanzer », la description sommaire d'une usine de « dessicated coconut " (noix de coco râpée, séchéeà l'étuve) appartenant à M.

De Soyza et visitée par M. Stuhl- MANN lors de son dernier passage à Ceylan. M.Thomas Barra-

CLOUGH

nous commun i q u e deuxclichés

re presen- ^

tant desmachines qu'il fournit de son coté pour cette très intéressante industrie, dont le développement se poursuit avec une grande rapidité (voir les n"' 7, 8, 11, 1 3 et 17 du « J.d'A. T.». On sait que le « dessicated coconut » trouve son principal emploi dans la confiseriepâtisserie et dans la cuisine, comme suc-

cédané de l'amande méditerranéenne, fruit de l'amandier.

Les quelques explications suivantes nous

sont parvenues en

même temps que les clichés.

La Fi g.

6 [A) est la machine à débiter en lanières (en

anglais, c( strips »)■.

La Fi g.

7 'm riprésente la machine à râper, qui peut servir

également à débiter en copeaux (« shredder », du verbe anglais « shred »).

Selon qu'avec la machine B Ton veut faire un travail ou l'autre, on change les scies circulaires qui, dans chaque cas, ont des dents de forme différente.

On emploie généralement cette machine plus spécialement pour l'un des deux genres

Fig. 6.

Machine à débiter en lanières (8trip Cutter

OURNAL D AGRICULTURE TROPICALE N" 22— Avril 1903

de travail, mais on a séries de o i S? , pour besoin ladestination de la machine.

Le débit de cette machine varie selon son emploi et selon lagrandeur des noix.

Lorsqu'on l'utilise pour râper, elle débite i.ooo noix environ a Theure, et lorsqu'on l'emploie .

pour faire des co- ^ peaux (« shred «), on obtient une production de 800 noix environ à l'heure.

La machine^, qui coupe les noix en longues lanières, débite environ 800 noix à l'heure. \

Le prix de la ma- ^ chine A est de £. 32. ^ Celui de la machine B est de £. 34; une

quand même les deux série de scies supplémentaire coûte £. 3-i8s. pouvoir changer au Ces prix s'entendent f. o. b. Liverpool,

wyi emballage compris.

L'importance de ^'installation est déterminée par la quantité à fabriquer.

Le mieux est de commencer avec deux machines de chaque sorte; et lorsquel'affaire est bien en train on se procure des machines supplé mentaires. Les fabriques importantes ont de 4 à 5 machines A et de 8 à 10 machines B. Elles possèdent également des scies circulaires mécaniques pour ouvrir les noix, des étuves, etc. Souvent elles exploitent à la foislatibre del'enve loppe externe (coir).

Fig. 7.

B. — Machine à râper (Shredding Machine).

Le Pêcher au Sénégal

Son introduction de la Guadeloupe à Saint-Louis. — Forme bizarre des noyaux récoltés au Sénégal.

Par M. E. Maine.

Cher Monsieur, vous désirez quelques détails sur ce fameux pêcher sénégalais dont je vous ai parlé. Voici :

Un dem.es amis, 'M, Claude Gaillard, -grand amateur de jardins, se plaignait souvent devant moi, à Saint-Louis, de l'insuccès -complet de toutes ses tentatives pour acclimater dans nos jardins de Sorr les différents fruits d'Europe dont on est si friand dans les pays tropicaux.

Tous les pépins, noyaux, grains, retirés depommes, poires, abricots, pêches, prunes, cerises, raisins, allaient s'enfouir dans le sable de Sorr et rien n'en ressortait, ou si

peu et pour si peu de temps que ce n'éait pas la peine d'en parler.

Nous variâmes les dates, pour obtenir la levée en saison fraiche, rien n'y fit.

Et cependant, ildevaitexisterdes moyens, pour les pêches au moins, puisque j'en avais mangé d'indigènes et d'excellentes en un autre pays aussi tropical au moins que le Sénégal.

Ces pèches délicieuses, je les avais cueillies sur l'arbre, lequel affectait bien plus les allures d'un beau hêtre, de moyenne taille et bien régulier, que la tournure plutôt rachitique et biscornue de nos pêchers de France!

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Cela se passait dans un beau verger du Ma- Tarbre sécha auparavant, épuisé probable-

auba (Guadeloupe). blement par cette production surabondante

Je me rappelai qu'un très distingué plan- et disproportionnée. Les pêches étaient

teur de la même Ile bénie, M. Rollin, m'ex-, d'ailleurs fort belles, mais un peu fusiformes,

pliquait, à propos de cet arbre justement, rappelant plutôt une sapotille verte qu'une

que le no^^au dont il était sorti, il y a bien pêche non mûre, à part le duvet qui était

moins longtemps que je n'étais enclin à le abondant.

supposer d'après sa taille, venait de la Nou- C'est le second pied, le retardataire, qui

velle-Calédonie, avec bien d'autres qui nous tira d'aiiaire. Poussé en retard, il ne se

avaient tout autant prospéré. mit à fleurir que vers la 3** année, à une tren-

M. RoLLiN ajoutait que, pour tous les taine de mois d'âge ; il avait alors cinq à six

arbres d'Europe susceptibles d'être acclima- centimètres et une jolie tête de deux mètres

tés àla Guadeloupe, il n'agissait pas autre- environ de diamètre sur trois de haut, cou-

ment et faisait venir les graines d'une station ronnant un tronc de un mètre quatre-vingt

climatérique intermédiaire, qui n'était plus centimètres de haut. Il se couvrait littérale-

l'Europe et pas encore le Tropique : Nou- ment de fieurs, sans feuilles, une vrais boule

velle-Calédonie, Açores, Canaries, par exem- de neige rose !

pie. Seulement, instruits par l'expérience de

Parmi les arbres rebelles, il me cita les l'an passé, nous en abatîmes la plus grande

fruits à pépins et les cerisiers. Ceux-ci pous- partie et n'en laissâmes nouer qu'une ving-

sent, mais restent herbacés et renouvellent taine, et vers la fin de mai 1897, je pus agré-

leurs rameaux tous les ans. Ils ne prennent menterle dessert de M. le Gouverneur Géné-

point de tronc, mais forment une touffe rai Chaudié, de la première pêche née, pous-

plus ou moins vigoureuse qui sèche tous les sée et mûrie au Sénégal 1 étés, au ras du sol. Je vous livre le renseigne- Toutle monde voulut goùterdenospêches^

ment pour le soumettre à l'examen des spé- et ce fut une plate cour pour en avoir, mais

cialistes. personne ne voulut nous rendre les noyaux !

J'écrivis donc à la Guadeloupe et deman- Je m'en doutais un peu 1 Le pêcher se répan-

dai, à titre d'amical souvenir, qu'on voulut dit ainsi, et tous les pêchers qui se sont dès

bien m'envoyer quelques noyaux provenant lors répandus dans les jardins et sur les ter-

de l'arbre sous lequel nous avions fait une rasses de Saint-Louis, de Sorr et de Guett'-

si délicieuse collation. L'on m'en envoya n'dar, sortent du pauvre second germe de

une dizaine que je distribuai aussitôt à MM. notre noyau double, reçu de la Guadeloupe. ArMONT (mort depuis) et Gaillard. Pour ce qui est des soins, les noyaux

Ces noyaux n'eurent point un sort heu- furent plantés dans des caisses mises à /'jZrf

reux. Deux seulement arrivèrent à bien, tous des fourmis. — Ceci est indispensable dans

deux chez M. Gaillard, L'un donna un fort tous les pays tropicaux. — Les semis furent

pied qui fut dévoré par les animaux. L'autre tenus soigneusement humides, sans excès

donna deux pieds, il était « philippine », toutefois, à l'ombre d'arbres élevés, ou de

comme on dit chez nous, c'est-à-dire à grands bambous, de végétaux, en un mot^

amande double; les deux pieds vinrent très tamisant et brisant les rayons trop violents

bien, mais l'un beaucoup plus vite que l'au- du soleil, sans créer l'obscurité. tre, heureusement. Une fois hauts de 3o à 40 centimètres, les

Dès la seconde année, une vingtaine de pieds ont été un jour humide et couvert, mis

mois après le semis, le pied poussé le plus en place dans le verger aux cocotiers, entre

vite avait quatre centimètres environ de dia- les raies très espacées de ceux-ci dont l'om-

mètre à un mètre du sol et se couvrit de brage lointain et mouvant suffit pourlesmet-

fieurs, qui nouèrent admirablement et furent tre à l'abri du decsèchement et n'est pas

remplacées par 200 à 25o pêches ; mais ces assez: dense pour les étioler, dernières ne mûrirent pas entièrement, car C'est dans cet habitat que notre pêcher a

io8 JOURNAL DWGRICULTURE TROPICALE N« 22 — Av?jl 1903

prisen trois ans le développement décrit plus ne sais quoi de montant, que notre climat et

haut. La dernière fois que je l'ai vu, il avait notre terroir ajoutent à tous les fruits étran-

5 ans et approchait de 10 centimètres de dia- gers. Ce petit goût de terroir n'est pas sans

mètre, avec l'aspect d'un grand et vigoureux agrément.

prunier, à tête luxuriante et vigoureuse. Le noyau est ce qu'il y a de plus curieux. Le terrain est, comme partout au Sénégal, Vous connaissez, comme tout le monde, le formé d'un fond de silice (sable blanc du noyau de pêche ordinaire. Celui de la pêche désert), de quelques débris d'une coquille de la Guadeloupe, via Nouvelle Calédonie, spéciale (qui forme des bancs épais dans le est déjà plus petit et relativement plus plat, sable et d'où proviennent les traces de cal- Mais le noyau sénégalais, bien qu'à la précaire de notre sol), d'un humus né de la vé- mière génération, s'est déjà modifié à son gétation luxuriante herbacée de l'hivernage, tour : Plus petit encore que celui de la anéantie et réduite chaque année en pous- Guadeloupe, plus allongé, il s'est en outre sière pendant la saison sèche, enfin de l'ap- muni d'une véritable épine tranchante et port de l'homme, au cas particulier: de la aigiie, blanchâtre, dont la présence dans le terre de parc à chèvres, mélange de sable, de fruit semble être en relation avec l'exisfiente vieille et de fiente fraîche. tence du petit mamelon dont je parlais plus La pêche, très veloutée, très jolie, blanche haut, et qui est aussi saillant que celui de et rose, à joues bien marquées, est, comme certaines espèces de citrons. Cette épine, je l'ai dit, plutôt oblongue que sphérique, on ne peut donner un autre nom à cet appenelle a de 7 à 8 centimètres sur 4 a 5 et la dice coupant et piquant, a bien près de deux forme ovoïde. Elle est terminée, à la centimètres. Il est presque aussi long que le pointe, par un petit mamelon bien détaché. reste du noyau

Elle rappelle, avec un peu plus de Ion- Que seront les noyaux des générations

gueur, une jolie pêche que j'ai vue en Savoie suivantes, vraiment sénégalaises, elles? Je

et chez les pépiniéristes d^ Lyon, et que tâcherai de m'en informer, l'on appelle du nom gracieux de Téton de

Vénus. Sa chair est ferme, juteuse, savou- E. M-^^ine.

reuse et parfaitement parfumée, avec un je Bayonne, mars 1908.

Thés de l'Inde et de Ceylan

Le marché russe. — Supériorité des thés de l'Inde sur ceux de Ceylan. — Nouveaux procédés pour la fabrication de thés russes et de thés verts. Une interview de M. A. N. Isgaricheff. — Notes de M . Ch. Judge et de la Rédaction.

Le « Times » de Ceylan a publié dernière- Cette contribution sera particulièrement

ment une interview de M. A. N. Isgaricheff, bien accueillie par ceux de nos lecteurs qui

représentant de la grande maison de thé ont pris connaissance de l'étude si complète

PopoFF FRÈRES de Moscou, où l'acheteur de M.Neuville surles thés d'Extrême-Orient

russe se plaint de la qualité des thés de Cey- (Chine, Japon, Formose, Java) publiée dans

lan offerts au public russe. notre n" 2 i .

M. Ch. Judge, notre très compétent con- Nous croyons utile d'ajouter deux détails

frère de Calcutta, a eu la bonté de nous en- aux explications de M. Judge :

voyer la coupure du « Times » en l'accom- Les Russes n'ont pas la même raison que

pagnant de quelques commentaires, ainsi les Anglais, par exemple, de craindre les

que de renseignements personnels sur des thés très forts; car leur façon de servir cette

sujets connexes. boisson leur permet de doser à volonté, selon

NO 22 — Avril 1903 JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE

loq

les préférences de chacun. D'autre part, les Les numéros les plus recherchés sont: les

thés de fabrication anglaise (Ceylan, Inde) ne Orange Pekoes et les Pekoes.

sont pas encore offerts comme tels aux con- .

sommateurs russes ; pourle moment ils sont * *

surtout employés aux mélanges, et notam- Lettre de M. Ch. Judge. — « Les plan-

ment pour donner de la force à des thés de teursde Ceylan ont eu le grand tort de mo-

Chine possédant l'arôme cher aux Russes, difier, en ce qui concerne certains détails

mais excessivement faibles et, par suite, peu importants, le mode de fabrication appris

avantageux pour les ménagères. par eux Jadis dans l'Inde. Comme consé-

Le mélange est opéré dans les officines quence, leurs thés ne sont plus aujourd'hui

d'un petit nombre de gros marchands, sur aussi bons que les thés de l'Inde ; ils sont

les indications de spécialistes dégustateurs, d'ailleurs payés moins cher. Il y a dix ans,

qui touchent des traitements de ministres. Le thé est mis en paquets, plombés par les soins d'agents du Gouvernement, qui ainsi se porte garant de la sincérité du produit. Le contrôle administratif n'est pas obligatoire, mais les plus grandes maisons n'ont pas

du tempsoiales planteursde Ceylan n'avaient pas encore changé leurs procédés de fabrication, les thés de cette île étaient aussi bons, et parfois meilleurs que ceux de l'Inde. Ils se vendaient plus cher que ces derniers. Ceylan vit encore sur son ancienne réputation, mais

dédaigné d'en profiter, à la suite du procès cela ne saurait durer si les planteurs conti-

retentissant d'un marchand millionnaire, nuent à se reposer sur leurs commis indi-

déporté en Sibérie pour sophistication de gènes.

thés. « Les planteurs de Ceylan veulent aller

Quoi qu'il en soit, et contrairement à ce trop vite; ils courent aussi trop après le bon

qui se passe en France, ce n'est jamais le marché. D'autre part, les acheteurs russes

détaillant qui fait les mélanges, à moins d'être un vulgaire falsificateur. — N. d. l. R.

Les appréciations de M. Isgaricheff. — Les idées de l'acheteur russe peuvent se résumer €n ceci : Les thés actuels de Ceylan sont très inférieurs à ce qu'ils étaient lors des premières introductions de cette provenance en Russie, c'est-à-dire il y a i5 ans. Même en comparant avec ces dernières années, on constate une baisse très sensible. La feuille a mauvais aspect ; il y a aussi une forte proportion de feuilles cassées et de poussière ce qui nuit à la propriété de l'infusion.

De toute façon, l'infusion ne répond pas aux exigences du consommateur russe (\\i\ veut un thé d'une certaine force et se réserve le soin de le délayer lui-même au besoin.

L'importation des thés anglais en Russie ■est fortement gênée par des droits d'entrée exorbitants (i s. 8 d. parlb.); néanmoins, elle est déjà considérable et ne pourra qu'augmenter, pourvu que la marchandise offerte réponde aux besoins du public russe.

sont devenus plus difficiles depuis qu'ils ont appris à connaître les thés de l'Inde mieux fabriqués.

« L'année dernière, les Russes ont pris 5 1/2 millions de livres de thés de l'Inde (i) ; il y a trois ans, l'exportation pour la Russie n'existait pas. Les Russes ont découvert l'Inde, et Ceylan perdra cette clientèle. Nous faisons d'ailleurs tout pour la lui enlever.

« Je vous envoie deux échantillons de <( thé pour les Russes », comme on en fabrique ici actuellement de grandes quantités.

« C'est une qualité spéciale; elle donne une infusion plus légère et plus claire de couleur que le thé recherché par le public anglais. Les Russes nous achètent tout ce qu'ils peuvent trouver de ces thés légers et clairs, fabriqués à leur intention.

« L'un des échantillons que vous recevrez a été obtenu par un procédé spécial, de mon invention, et que je garde secret pour le mo-

i I , L'exportation de thés de Ceylan à destination de la Russie a atteint, si nous iie nous abusons, une quinzaine de millions de livres. — .N. d. i.. R.

MO JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE N^ 22— Avril 190?

ment; nous y travaillons avec un ami; le grandes quantités de thé vert, uniquement

procédé sera offert au public lorsque nous par des opérations mécaniques,

en aurons arrêté définitivement tous les „ Le procédé initial de Drummond-Deane

détails. fournissait un thé excellent à la tasse, mais

« .Te vous envoie en même temps un échan- la couleur et l'aspect de la feuille roulée

tillon qui représente la même qualité (des- laissaient à désirer; ce thé était brun au lieu

tinée au marché russe), telle que nos plan- d'être vert. Ce défaut n'existe plus avec nos

teurs la fabrique par les procédés cou- .nouvelles machines. La comparaison des

rants; vous remarquerez que le procédé que deux échantillons que je vous envoie vous

nous avons inventé produit un thé plus fixera du coup à cet égard,

léger, plus clairet plus parfumé, tous carac- „ Depuis longtemps, je savais obtenir le

tères que les Russes apprécient le plus. Le résultat cherché, mais par certaines mani-

thc de fabrication ordinaire donne une pulations fastidieuses; or, dans les condi-

infusion plus lourde et de couleur plus tions actuelles du marché, tout procédé

terne; elle convient moins aux Russes sous manuel est condamné en principe. Il nous

tous les rapports (1). faut traiter des quantités énormes, et s'il fal-

» .Te vous envoie également un échantillon lait le faire à la main, nous serions battus

de thé vert obtenu par le procédé Deane- d'avance. C'est pourquoi je me suis appliqué

.Tu.oGE. Pendant toute l'année 1902, j'ai été à rechercher la solution du problème par

occupé à combiner de nouvelles machines voie mécanique. Je suis heureux de pouvoir

destinées à perfectionner le procédé de mon vous annoncer que j'y ai pleinement réussi. y>-

associé, Mr. Drummond-Deane, vraiment Ch. Judge.

admirable, et qui permet de fabriquer de Calcutta, mars iço3.

Lllevea sur le Rio Marcapata (Pérou)

Fréquence. — Rendement en caoutchouc. — Avenir.

Auguste Plane : Le Pérou. Un volume pénétration, à travers des régions extrême-

in-i6, avec 23 gravures hors texte et ment difficiles et à peine habitées. Chemin

2 cartes. Librairie Pion. Paris, faisant, l'auteur donne des renseignements

1903. Prix : 4 francs. pratiques, qui seront très utiles au colon, au

M, Plane, aujourd'hui occupé dans une commerçant, au chercheur d'or. Dans ce qui

grande manufacture de caoutchouc fran- suit, nous allons insister particulièrement

çaise, a parcouru, pendant plusieurs années, sur le côté caoutchouc, qui intéresse le plus

le bassin de l'Amazone et de ses affluents, se le public spécial du « J. d'A. T. ».

laisant, à l'occasion, lui-même aviador et se- Etant nous-mêmes de la partie, nous avons

ringueiro, et c'est lé résultat d'observations eu la curiosité de chercher dans le livre de

personnelles qu'il offre dans ce premier vo- M. Plane ce qui pouvait confirmer ou infir-

lume (Le deuxième, intitulé L\Ama-[onie, fner nos propres constatations, relevées dans

sera analysé ici un autre jouri. une région différente (v. Le caoutchouc au

C'est principalement un journal de route, Rio-Beni, a ] . d' K. T . », n"^ 17, 18,20,2!).

relatant les mille incidents d'un voyage de Le récit détaillé de l'ouverture d'un sentier dans la vallée de Marcapata donnera au

(1) Noîis trouvons à tous les deux, pour notre part . • • > • . j j-n:

1 petit arr>crc-goût de pharmacie, auquel les Russes ^^^^'''''' ''"'^ impression très juste des difft-

• sont pas hibitué< : en buvant ces thcson sent une cultes que rencontre l'cxploraicur pour :se

L'> Ic-ère odeur raopelant celle de feuilles verics r ^ \ c -, • u

l'on a >r.ut Lus;ées transpirer dans un bo:nl cIo. ^'■''>'^'' ^"'^ '"°"^'' ^ travers Ics toreis qui bor-

N. o. L. Ri';3. dent les « queb.rafas », au fond dcsquelle-;

N" 22 — Avril igoB JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE

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