N. DE LA R
Voici, à peu près, la noie de l'auteur anonyme a nglais :
.l'ai eu de très nombreuses occasions d'étu-
dier la ramie, autant dans l'Inde qu'en Chine; dans ce dernier pays, je l'ai fait sous les auspices du gouvernement chinois. J'ai fait des recherches dans l'Inde pour savoir s'il y aurait avantage pour les indigènes à y cultiver la ramie, le jour oîi on disposerait d'un supplément de terres cultivables, à la suite du parachèvement des divers systèmes d'irrigation. Je ne le pense pas.
Aussi longtemps qu'on continuera à manquer de terre pour les cultures rizières, il ne semble pas que l'opinion publique puisse approuver le remplacement de ces cultures par la ramie, à moins que cette dernière ne puisse être englobée dans un assolement. Or,. la ramie est vivace, d'autre part elle ne réussit pas dans les terres inondées des rizières^ elle ne répond donc pas à notre première condition posée ; le jute présente sous ce rapport, une très grande supériorité sur la ramie.
Il est hors de doute que la Chine soit à présent le seul pays de grosse productioa commerciale de ramie; c'est donc dans ce pays qu'il convient d'étudier les conditions, de réussite de la plante.
La production de ramie est particulièrement forte dans les provinces de Hou-pé,. Yun-nan et Se-tchouen.
La plus grande partie de la récolte est expédiée de ces pays sur Canton, Swatow et. \es autres ports, mais seulement pour y être lilée ettissée; en fait, la production presqu'entière de la Chine sert à couvrir la consommation intérieure; ce qui est exporté en Europe,, est bien peu de chose. La fibre de ramie remplit en Chine tous les rôles que joue le in en Europe, et encore bien d'autres. On en fait des vêtements d'été, des sandales, du hl, des filets de pêches, des cordes d'archet, des ficelles, cordes et cordages de toutes forces, "etc.
La ramie est indigène en Chine; elle pousse comme mauvaise herbe le long des routes^ dans les crevasses des enceintes des villes, etc. ; et ceci, en dépit des rigueurs de l'hiver, par endroits aussi rude qu'en Angleterre; cependant la production commerciale est rigoureusement liée à la culture.
La ramie épuise le sol terriblement. Je
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connais, à cet égard, une démonstration Chine Tépuisement du sol par la ramie, il
frappante; c'est l'essai suivant, fait dans semble oiseux, pour l'Européen autant que
l'Inde: Un sol de forêt nouvellement défri- pour l'indigène, de s'embarquer dans des
chée, en terre d'alluvion, fut planté de ramie; projets de culture en grand, à moins qu'on
la plante donna des sujets luxuriants au bout ne se trouve dans des conditions aussi favo-
des i5 premiers mois, mais ils dépérirent râbles sous le rapport de l'engrais : il faut
ensuite graduellement; et en peu de temps, pouvoir fumer copieusement deux fois
le sol était tellement épuisé que les graines chaque récolte. Dansune grande plantation,
nouvelles qu'on y semait, arrivaient à peine sous surveillance d'Européens, on pourrait
à germer. essayer des engrais chimiques, mais il
C'est que la ramie se nourrit uniquement importerait d'éviter ceux dont l'assimilation
à la surface. En peu de temps, les racines en est lente, car la croissance de la ramie est
arrivent donc à se rencontrer les unes avec fort rapide.
les autres; elles forment un feutre compact, Il y aurait un important perfectionnement et rien n'y fait plus. On a essayé des défon- de culture à ajouter à la méthode chinoise, céments, la taille des racines, le retourne- c'est l'irrigation ; les Chinois ne s'en préocment du sol, mais il est malaisé d'effectuer cupent guère. Ainsi, dans les années sèches, ces travaux sans démolir les souches et ar- ils perdent souvent le meilleur temps de la rêter la croissance. La fumure usuelle des croissance, c'est-à-dire la saison chaude, et planteurs de l'Inde, soit une fois par an, y il s'en suit une récolte de tiges de faible Ioncompris le retour au sol des tiges défibrées et gueur. C'est un fait bien connu sur le des feuilles, ne suffit pas à entretenir la pro- marché.
ductivité de la ramie, elle est bien plus vo- Il y a d'autre part, bien des détails à
race que cela. imiter des Chinois. Ainsi, dans les essais
Comment alors, dira-t-on, opèrent les faits par les Européens, on a souvent ré- Chinois pour obtenir des récoltes commer- coltéà la main, en coupant chaque tige au ciales régulières? En Chine, les excréments couteau, au grand préjudice des bourgeons humains sont soigneusement recueillis dans de la future récolte. Les tiges étaient mises les villes. L'engrais liquide est conservé en bottes, emportées à l'usine, décortiquées dans des réservoirs, et lorsqu'il a subi une à la main ou à la machine, et les résidus, légère fermentation, il est porté à la rivière qui constituent un volume énorme, remporoù des jonques d'entrepreneurs spéciaux, tés et répandus sur le champ, l'emportent pour le conduire vers les fer- Les Chinois eux, font mieux : Ils ne coumes. Les matières solides sont entassées à peut pas du tout la récolte ; ils brisent la tige part, retournées, malaxées et également près de la racine, à l'endroit où la fibre se soumises à une fermentation adéquate. Tout sépare d'elle-même en deux lanières; l'ouest d'ailleurs appliqué aux champs sous la vrier y passe ses doigts, et en tirant légèreforme liquide. Les Chinois apprécient beau- ment, enlève et décortique la tige en un coup moins le fumier des animaux, ils le seul tour de main ; l'opération prend moins trouvent trop faible. de temps que la coupe, et laisse les feuilles
La ramie reçoit, par récolte, deux appli- et la tige surplace. On évite ainsi et les dif-
cations d'engrais liquide très fort, et ceci ficultés de décortication, et les transports, si
de la façon la plus régulière, dès le moment terriblement encombrants,
de la plantation : La première application Le décorticage sur le champ, à la manière
a lieu dès que la récolte est coupée ; l'autre, chinoise, fournil des lanières recouvertes de
dix jours après. On compte que dans ces leur pellicule brune ; il fàuc les dépelliculer,
conditions une plantation peut durer et mais ce n est pas toujours nécessaire avec
rapporter des bénéfices pendant dix ans, en les procédés modernes de dégommage. La
retaillant les racines de temps à autre. méthode chinoise de dépelliculage n'est cer-
Voilà donc la façon dont on combat en tainement pas fameuse, cependant son prix
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de revient et sa difficulté ont été très exagé- manière chinoise, plutôt que d'avoir affaire
rés. J'en ai vu des descriptions disant que aux tiges entières, avec les deux transports
les lanières étaient passées une à une dans de ces masses énormes, du champ à l'usine
un crampon et grattées avec un couteau, et et inversement.
que ce procédé produisait unelivre par jour. En Chine, on fait 3 récoltes par an, le En fait, l'ouvrier chinois a un couteau temps de la croissance et de la maturation aiguisé comme la lame d'une truelle ; il le de chacune étant à peu près le même que tient dans la paume de la main droite ; sur dans l'Inde, soit 6 ou 7 semaines, le pouce, il met un petit morceau de bam- La ramie est filée en Chine à la main, et bou, maintenu par un anneau. Il prend ime donne un tissu d'un très grand pouvoir couj£)o/^nt'e de lanières dans la main gauche, et vrant; la toile est de 3o à 40 fois plus séries promène rapidement entre le bambou et rée que si le mcnie poids de fibre avait été le bord du couteau, puis il les retourne et tissé à la machine. Etant tissée avec la nettoie de même l'autre moitié. Le tout est gomme, elle est parfaitement unie, ne simple, rapide et facile, et la quantité peluche pas, ne nécessite enfin, point de moyenne de fibre nettoyée est de 10 livres dépense pour machines à finir, indispensapar jour et par homme; ce travail est fait en blés pour le fil et la toile faits à la machine, réalité à temps perdu, par des femmes ou La fibre brute, non dégommée, est humectée des enfants. coupéeà la longueur voulue, puis assemblée .Si on voulait se servir quand même d'une par une torsion dans les doigts, le fil étant défibreuse mécanique pour le dépellicu- continuellement bobiné. On obtient ainsi lage, il est clair qu'il seraitplus économique des fils d'une régularité et d'une finesse de décortiquer les lanières, récoltées à la étonnantes.
Beurre de Coco
Nouveaux détails sur les usines de Marseille, de Singapore et de Pondichéry.
Dans notre n'^ 19, nous avons donné un premier document sur le beurre de coco ; il présentait l'état d'avancement de cette industrie en France, en Allemagne et en Angleterre. Voici de nouveaux détails très précis concernant les usines de beurre de coco de Marseille; ils sont empruntés à un rapport de M. R. P. Skinner, le très intelligent consul des Etats-Unis. Le rapport est daté du 18 septembre 1902, et a paru dans le recueil « U. S. Consular Reports » ; fascicule du 2 décembre 1902).
Le renseignement sur la fabrique de Pondichéry, qu'on trouvera plus loin, a été puisé dans un- journal de Ceylan, communiqué obligeamment par Mr. Ch. Judge, notre confrère de Calcutta.
Ce que nous savons de l'usine de Singapore, nous a été appris par une note de M. Massignon dans « L'Agriculture pratique des Pays chauds » et par M. de Jouffroy d'Abbans, consul de France.
Nous publierons prochainement une petite note d'origine allemande, très importante, en ce sens qu'elle précise la théorie scientifique du raffinage, qui est la base de l'industrie du beurre de coco et dont les différent«s usines gardent jalousement le secret. — N. de la Réd.
Les usines de Marseille. — MM. Rocca, Tassy & DE Roux ont été les premiers à fabriquer du beurre de coco à Marseille. Ils ont été suivis dans cette voie par Magnan frè;ri:s,
MM. Rocca, Tassy &DE Roux produisaient 25 tonnes de beurre de coco par mois, en 1900; aujourd'hui ils en produisent 60, soit 7.200 tonnes par an. Cette quantité de beurre est extraite de 8000 tonnes d'huile. Le produit de MM. Rocca, Tassy & de Rotjx est présenté sous deux marques : « Végétaline » et « Cocoaline » ; la première est la plus demandée; elle fond à 26° C. La cocoaline, qui fond à 3 1° C, semblerait convenir mieux aux pays chauds (i).
(i) Un de nos abonnés vient d'emporter une provision de beurre de coco au Dahomey; nous espérons qu'il voudra bien nous faire part de ses constatations.
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MM. Magnan frères vendent leur pro- de terre à foulon (sorte d'argile, bien connue
duit sous le nom de K Cocose ». des industriels) qui, étant ajoutée dans
Les principaux marchés extérieurs de l'huile de coco, en absorberait les matières
beurre de coco de Marseille sont : Tlnde, colorantes et les entraînerait avec elle en se
l'Angleterre, la Norvège, la Suède, le Dane- redéposant. Les manufactures anglaise au-
mark. Il est vendu en bottes de fer blanc et raient eu connaissance, dernièrement, de ce
n'a en somme point de goût. Les fabricants procédé de blanchissage et l'aurait adopté,
ignorent si leur marchandise est employée 200 kg. de coprah soumis à la pression à
telle que, ou si elle sert à sophistiquer le des températures élevées progressivement,
beurre de vache ou d'autres graisses. Cepen- fournissent les quantités d'huile que voici :
dant le produit est certainement assez bon à 14-15" C 42 kg.
pour être consommé tel quel (i). L'une » 18-19° C 7 "
des personnes interrogée par Mr. Skinner » 24-25" C 10 »
lui a soutenu que lasophistication du beurre » 2q-3o" C 14 »
de vache par le beurre de coco était maté- » 40-45*' C 45 »
riellement irréalisable; il ne serait pas sans Donc au total, 118 kg. d'huile et "j-j kg.
intérêt d'être fixé à cet égard. de tourteau. Il y a, comme on voit, 5 kg. de
Une chose est sûre, c'est que lesfabricants perte,
cherchent à faire accepter le beurre de coco Les fabricants d'huile de coco suivent-ils
pour lui-même : ils font tout ce qu'ils peu- quelques règles spéciales au moment de
vent pour faire connaître leurs marques, et l'extraction de l'huile, matière première de
dans leurs nombreuses annonces ils présen- leur industrie? Ce serait un point à étudier,
tent leurs produits comme étant tiré du co- On peut imaginer qu'ils ne mélangent point
prah. les produits des pressions successives, les
Il y a à Marseille bien des curieux qui premiers donnant toujours l'huile la meil-
voudraient connaître les secrets de fabrica- leure. M. Skinner n'admet d'ailleurs guère,
tion du beurre de coco; il paraît même qu'on fasse cinq pressions différentes à au-
qu'on en a déjà offert 3oo. 000 francs; mais tant de températures différentes; une
on n'a pas abouti. Il paraît qu'une machi- pareille minutie lui semble imcompatible
nerie fort coûteuse est nécessaire. MM. Ma- avec les conditions d'une grande industrie(i).
GXAN FRÈRES auraient dépensé trois années et Le petit tableau suivant donne une
beaucoup d'argent, avant d'avoirappris à fa- idée du rapport des prix, qui existait à
briquer une bonne marchandise. Ils affir- Marseille, pour livraison septembre-octobre
ment d'ailleurs ignorer totalement si leur 1902, entre les différents produits delà noix
procédé est identique ou non avec celui de de coco, Coco Marseille, en fûts, cote aux
MM. RoccA, Tassy & de .Roux. 100 kg.
L'huile de coco brute est comme tout le Végétaline 89 fr.
monde sait, solide à la températureordinaire Cocose 87 »
d'Europe, puisqu'elle fond seulement à Cochin neutre 77 "
20" C. (2) Elle rancit vite. Le problème du Cochin neige 74 '*
raffinage consiste à blanchir l'huile, à en Qualité Ceylan .... 71 »
éliminer les acides gras libres, cause de la Quai. ord., p. savonnerie 70 »
rancidité; enfin, à élever la température du * *
point de fusion. Quant au blanchissage, M. \Jiis\nc de Singapore appartient à un
Skinkr assure qu'il est obtenu par l'emploi industriel allemand, du nom de Muhlixg-
' I i Nous ne sommes pas de cet avis: qui a lu VAra-
(i) Nous nous en sommcsassurés personnellement. chide de M. Fleury, avouera que les très belles hui-
N. D. L. R. les comestibles de cette origine sont obtenues par de^
[2) M. le consul Skiner la décrit comme rou.qc tirant procédés très précis et très délicnts ; encore l'auteur
su- le jaune; n'aurnit-il pa-s confondu avec l'iiuilc de s'cst-il bien gardé de divulguer les détails qui assu-
palme (huile d'AVa'i'.v guineensis) ? — .N' . d. i.. II. rent ie succis de rusiuc qu'il dirige. — N. de la ;f*.
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HAUSEN, eta été montée tout récemment par un ingénieur français, M. Massignon, rentré en France depuis.
Uusme de Pondichéry^ appartenant à M. Gandert, est également récente; elle aurait été installée fort richement et sa production serait déjà assez importante.
La marchandise est vendue sous le nom de « Cocotree » et destinée, en premier lieu, à évincer du marché local le beurre de vache dv mauvaise qualité offert par les indigènes et connu sous le nom de « ghee ». Nous serionstrès reconnaissant à M. Poulain de nous donner d'autres détails sur cette affaire qui offre un haut intérêt.
Le fait de se trouver dans les pays deproduction mêmes de la matière première, met en effet les usines de Singapore et de Pondichéry dans une situation particulière et qu'il estpermis de supposer très avantageuse sous le rapport des difficultés de fabrication. En effet, ces usines devraient pouvoir se procurer du coprah infiniment meilleur, beaucoup moins rance que celui qui nous arrive en Europe après avoir traversé les Océans à fond de cale. Telle était précisément la thèse de M. Massignon, dans son article mentionné plus haut. La pratique l'a-t-elle justifiée? C'est ce qu'il s'agirait de savoir.