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PARTIE connERcmLE

Le Marché du Caoutchouc

Par MM. Hecht frères & C'^

Para. — Le caoutchouc est certainement de toutes les matières premières celle dont les cours prêtent aux plus fortes surprises. A la fin de septembre l'article, malgré les prix excessifs qu'il avait atteints, semblait encore orienté à la hausse ; on avait été près de voir les vendeurs à découvert pour Septembre étranglés dans un « corner » à l'américaine; tout le monde prédisait un nouveau « corner « pour Octobre.

C'est tout lecontraire qui s'estproduit ; au moment de la plus grande fermeté, les cours

se sont subitement effondrés. Tout le monde a voulu vendre, et il n'y a plus eu un seul acheteur. En peu de jours le caoutchouc Haut-Amazone est tombé de fr. 12,75 à 1 1 ,65. Mais il n'est pas resté longtemps à ce niveau. Sous l'influence des grands besoins de la fabrique, le cours du disponible vient de se relèvera fr. 12.20. On tient 12,10 pour Novembre, 12, o5 pour Décembre et l'on pourrait peut-être obtenir du Janvier à 12 francs.

Un autre phénomène inattendu a été l'é-

N''28— Ocr. 1903 JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE

cart extrême qui s'est produit entre le Haut et le Bas-Amazone, écart qui de 10 centimes qu'il était il y a un mois, a atteint jusqu'à 70 centimes, ce qui ne s'était jamais vu. Le Bas-Amazone qui était tombé un moment à ii,i5 vaut maintenant 11,60 pour disponible et environ 5 centimes de moins pour chaque moisà venir.

Sortes intermédiaires. — Ces sortes restent très bien tenues. Le Sernamby de Manaos vaut 9,65 ; le Sernamby du Pérou de 9,25 à 9,3o, les Slabs 7,40. Les arrivages du Pérou restent très faibles.

Les arrivages au Para pour Septembre ont été de 2.0 10 tonnes contre i .65o t. l'année dernière. Les recettes au 24 Octobre étaient de i.65o tonnes. ?<lous sommes déjà en augmentation sur l'année précédente, ettout fait prévoir qu'il en sera ainsi pendant toute la .récolte actuelle.

Les statistiques générales donnent pour les diverses sortes les chiffres suivants, en tonnes, au 3o septembre 1903, comparé à fin Septembre 1902 :

Sortes du Para :

Stocks à Liverpool

» à New-York

» au Para

En route pour l'Europe

)) » pour New-"^'ork. . . .

» « d'Europe à N.-Y. .

Arrivages à Liverpool.... ,

» à New-York . . .

Livraisons à Liverpool... .

» à New-York ....

i.ooo 911

Arrivagesau Para en septembre 2.010 i.65o

Id., depuis le i<='' juillet. . . 4.53o 4.33o

Expéditions du Para en Europe. i.025 997

» » à New-York 83o 655

Sortes d'Afrique :

Stocks à Liverpool..

)) à Londres. . .

» à New-York.

Arrivages à Liverpool . .

» à Londres . . .

» à New-York.

Livraisons à Liverpool..

» à Londres . . .

5oi

Stocks de toutes sortes ;

Sortes d'Afrique et d'Asie, — Les prix ont légèrement rétrogradé mais moins, en proportion, que pour les sortes du Para. Nous cotonsaujourd'hui : Twists du Soudan 9,20 39,35, Niggers 9,75 à 9,95, Madagascar Niggers 2,75 à 6,55 suivant la qualité, Madagascar rosé 7,95 à 9,25, Madagascar noir 7,50 à 7,75, Loanda 7,60, Benguela 7,85, Mozambique prima 9,75 à io,25,Tonkin noir 8,5o à 8,75, Tonkin rouge 8,75 à 9,25, Bornéo prima 6,45, Bornéo 11'' 5,55, Bornéo iii*^ 4,25, Grand Bassam 6,35, Grand Bassam pressé 7,95. Gabon 7,50, Batanga 6,95.

Anvers. — On a vendu le 23 octobre

450 tonnes, partie du Congo belge, partie du

Congo français, à des prix en légère hausse

sur les taxes.

Hecht frères & C'%

75, rue Saint-Lazare.

Paris, 26 octobre ntoS.

Cuba en 1902

D'après le rapport consulaire anglais.

Par M. Alb. Pedroso.

Je viens de recevoir le rapport sur l'industrie et le commerce de l'île de Cuba, pour Tannée 1902, par M. Lionel Carden, ministre britannique à la Havane; j'en extrais les chiffres suivants :

Les exportations de produits de l'île, en 1902, ont été en augmentation, quoique insignifiante: 321.648.300 francs, contre 316.391.900 francs en 1901.

Le fait que l'augmentation soit si petite, est dû à la forte baisse du prix des sucres, dont la production a, au contraire, augmenté considérablement comme nous le verrons bientôt. Voici ce que dit à ce sujet M. Carden : « Malgré le bas prix extraordinaire du sucre, la production de Cuba augmente d'année en année, démontrant que même dans ces conditions défavorables la canne peut

JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE N^^ 28 — Oct. iqo3

lutter contre la betterave. L'abolition des Cigarettes, 1 1.507.549 paquets (de 24 ciprimes d'exportation fixée au I" septembre, garettes environ), en augmentation de ne saurait manquer de donner lieu à une i. 751. 585.

nouvelle augmentation.

Le plus haut prix réalisé, pour sucre de 96 degrés de polarisation, durant la dernière récolte (année 1902), fut de 4 •''/n; réaies par arroba de 25 livres espagnoles, ce qui équivaut a 8 sh. 9 d. par hundredweight, soit 10 fr. 90 le quintal; ce prix se rapporte au commencement de la saison. Depuis cette époque, les prix furent en baisse continue, Jusqu'à ce que, en juillet, le même sucre fut vendu à 2 ''/, réaies, soit 5 sh. 9 d. par cwt., ou 7 fr. i5 le quintal! 14 centimes le kilo!

Le prix moyen pour toute la récolte a été estimé a 3 ^/,() reaies par arroba, soit environ 6sh. 10 Vi d. par cwt., ou 8 tr. 5 o le quintal !

Voici la production du sucre à Cuba durant les dernières années :

Tonnes.

Récolte 1899-1900 300.073

— i902-t9o3 (estimation).. 950.000 Les dernières nouvelles de l'île font prévoir pour 1903-04 une récolte de i . i5o.ooo

Tabac en feuilles, 34. 321. 335 livres, en augmentation de 4.456.454 livres, ce qui compense la diminution sur les cigares.

Cire d'abeilles, ii.qSo quintaux, en augmentation de 2.838 q.

Miel, 75.920 quintaux, en augmentation de 33. t I 3 q.

L'exportation totale de Cuba en 1902 représentant une valeur de 32i millions de francs, le sucre et le tabac, et leurs sousproduits, représentent à eux seuls 292 millions, soit 90 % . Les Etats-Unis nous achètent les 75 % de notre exportation totale; ils enlèvent la totalité de notre sucre.

L'avenir de l'île dépend donc dusucreet du tabac. Le traité de réciprocité qui va être discuté en novembre par le Congrès des Etats-Unis déjà approuvé par le Sénat américain et par celui de Cuba, accorde aux produits de Cuba une réduction de 20 % sur le Tarif Dingley ; il ne pourra que favoriser re:îportation sur le marché naturel de l'île, les Etats-Unis, précieux par leur proximité

à 1.200.000 tonnes. Le sucre vaut actuelle- et leur population de près de 8^ millions.

ment 4 reaies Tarroba, soit environ 10 fr. le quintal.

Voici la liste des principaux produits exportés de Cuba en 1902 :

Bananes, 449.220 quintaux, en augmentation de 57.055 quintaux sur 1901.

Cacao, 5.022.731 livres, en augmentation de 1.308.912 livres. (J'attire votre attention sur ce chapitre !)

Noix de coco, ii.8o3.ooo noix, en diminution de 1. 144.000 noix.

Ananas, 323.940 quintaux, en augmentation de i48.7tJo quintaux.

L'exportation d'oranges et de citrons dont le « J. d'A. T.» s'est occupé dans de précédents numéros, est encore insignifiante; mais elle est appelée à augmenter à bref délai. Des capitalistes américains se sont mis en tête de faire de Cuba un grand pays exportateur de fruits, et ils apportent à la besogne l'audace et l'entrain qui les caractérise. Nous en avons donné quelques exemples topiques dans les n"^ 14 et 16 du « J. d'A. T. » Les entreprises de ce genre se multiplient de tous les côtés.

Les gens de Californie et de Floride

Mélasses, 1 3.824. 149 gallons, en augmen- comptent bien sur la barrière douanière,

talion de i . 196. 199 gallons. Un gallon = 4 li- pour arrêter les oranges à l'entrée des Etats-

tres 54. Unis ; mais, heureusement, le Parlement ne

Rhum, 1.308.634 gallons, en augmenta- comprend pas que des Floridiens et des

tion de 265.126 gallons. Californiens. Et d'ailleurs, voilà que Porto-

■ Sucre (brut), 795.278 tonnesde 2.240 Ibs., Rico emboîte le pas à Cuba ; que pourront

en augmentation de 205.997 tonnes. les producteurs californiens contre l'île

Cigares, 208. 165.000 cigares, en diminu- annexée, tion de 5.407.000. A. Pedroso.

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ACTUALITÉS

La maison Godefroy-Lebeuf, 4, impasse Girardon, Paris-Montmartre, nous prie d'informer nos lecteurs qu'elle continuera, comme par le passé, l'importation et la vente des graines et plantes coloniales ainsi que celle des orchidéeset autres plantes intéressantes ou rares.

Uniformisation du calibre des feuilles de thé.

« Breakers » et « Cutting mills ». — Le système W. M. Glynn.

Indépendamment des qualités dues à la variété ou race, et au mode de préparation des feuilles, la qualité du thé, ou tout au moins sa valeur commerciale, est influencée par son apparence et sa régularité. Tel thé, dont la préparation sera particulièrement soignée et qui donnera des infusions d'un arôme parfait, n'obtiendra sur le marché que des prix très médiocres, parce qu'il sera mal présenté.

En prévision de ces exigences, les constructeurs anglais ont établi, sous le nom de BREAKERS, des machincs destinées à broyer légèrement les feuilles trop grandes, pour en réduire les dimensions; cette opération donnant des résultats irréguliers, on n'a pas tardé à introduire d'autres appareils, dits CUTTING MILLS, permettant de diriger plus facilement l'opération en donnant à la marchandise à peu près le calibre désiré. Ces appareils consistent essentiellement en un cylindre cannelé, à cannelures tranchantes plus ou moins fines selon la grosseur du thé à obtenir.

Ces procédés onttous deux l'inconvénient d'intervenir lorsque la préparation de la feuille est terminée et qu'il n'y a plus qu'à l'emballer. La matière à travailler est donc friable; en la coupant ou en la brisant, on produit une certaine quantité de poussière, •Jontla valeur est infime; de plus, on lui fait

perdre en partie son aspect duveteux et son lustre.

Pour remédier à ces divers inconvénients, Mr. William Martin Glynn a proposé d'égaliser les feuilles avant qu'une dessiccation complète lésait rendues friables. Son procédé, dont il a été beaucoup question aux Indes ces temps derniers, consiste à faire d'abord passer les feuilles, après le roulage et la fermentation, dans un appareil à désagréger les boules de feuilles qui se sont formées (ball breaker), puis entre une série de couteaux qui les réduisent à la taille voulue. Ce n'est qu'ensuite que la dessiccation et la torréfaction ont lieu. On peut ainsi amener exactement les feuilles à la dimension cherchée, puisqu'elles sont soumises à Faction des couteaux lorsqu'elles sont encore à l'état souple.

M. W. M. Glynn a pris un brevet pour ce procédé, et a fait breveter en même temps un appareil spécial pour couper les feuilles nous n'avons malheureusement pas pu savoir si cet appareil diffère des cutting mills ordinaires.

Papier de bagasse

Lettres de MM. Paul Vibert et SiGMUND Stein,

La dernière note sur le papier de bagasse, parue dans le n" 27 du « J. d'A. T. », nous attire deux répliques qui prouvent combien cette question préoccupe le monde colonial. Nous pourrions nous dispenser de présenter à nos lecteurs notre aimable confrère M. Paul Vibert, vulgarisateur publiciste et conférencier universellement connu et apprécié dans les milieux coloniaux français et étrangers. M. S. Stein est un spécialiste, ingénieur et chimiste de sucreries. Sa manière de con. sidérer les papeteries de bagasse établies récemment au Texas et en Louisiane et dont nous avons entretenu les lecteurs du « J. d'A. T. » dans plusieurs numéros de igoi et de 1902, nous fait souhaiter des renseignements nouveaux sur ces deux entreprises; iM. le professeurSTUBBS ne voudrait-il pas nous raconter où elles en sont exacte-

3io JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE N° 28 — Oct. 1903

ment à l'heure actuelle? L'une au moins des utilité pour tous les moulins à tafia de la

fabriquesen question estaux portesde laNouvelle- République qui, souvent, marchent avec la

Orléans où réside notre éminent collaborateur. - ^^^^^ hydrauliqueetqui, en tous cas,ontassez

.^ de bois sous la main pour ne pas avoir

* * besoin de brûler leurs bagasses.

« Mon cher Confrère, « Je ne dis donc pas que la bagasse trans-

« Vous avez publié dans votre n'' 27 une formée en papier serait la fortune pour le

lettre de M. A. Malbot, sur un sujet du plus pays, mais Je dis qu'elle serait du moins un

haut intérêt; je viens vous demander la per- adjuvant des plus précieux,

mission d'y revenir en deux mots. « Si cette constatation est vraie pour

(( J'ai connu autrefois moi-même M. dk Haïti, elle le sera encore davantage pour la

MÉRiTENS et je ne puis que confirmer le con- malheureuse Martinique qui a été frappée si

tenu delà lettre; mais à côté du point de vue cruellement depuis le 8 mai de l'année der-

lechnique, il y a le point de vue purement nière ; elle le sera également pour toutes les

économique, qui en est la conséquence natu- Antilles, qu'elles soient indépendantes ou

relie et qu'il est intéressant plus que jamais qu'ellessoientcolonieseuropéennes, carelles

de mettre maintenant en pleine lumière. subissent toutes depuis de longues années

« Je ne voudrais pas entrer dans de longs une crise qui a des causes trop multiples et

développements à ce sujet, mais il me sera trop diverses pour que l'on puisse espérer la

bien permis cependant de rappeler qu'il y a voir disparaître du jour au lendemain.

deux grands facteurs qui doivent pousser <( Si vous voulez bien dans votre journal

énergiquement à utiliser la bagasse, en en pousser à répandre cette idée et cette vérité

faisant du papier, je veux dire lacrise même que l'on peut et que l'on doit utiliser la ba-

du sucre de canne, provoquée par la terrible gasse pour faire du papier, je vous assure

concurrence de la betterave et le manque de que vous rendrez le plus grand service aux

plus en plus sensible de matières premières Antilles et qu'elles ne tarderont pas, devant

pour faire du papier, depuis que la presse les résultats obtenus, à vous en être profon-

quotidienne du monde entier en use tant, dément reconnaissantes. »

puisque les réserves des bois de la Scandi- Paul Vibert.

navie semblent elles-mêmes sinon s'épuiser, ^*^

du moins être moins abondantes.

. . , « Cher Monsieur,

« Lorsque )e suis parti en missions économiques dans les Antilles espagnoles, en « La lettre de M. Malbot publiée dans 1893, j'ai déjà constaté partout combien l'u- votre n" 27, m'amène à vous dire que j'ai tilisation de la bagasse serait chose précieuse étudié pendant de longues années ce propour les îles ; mais, hélas, on se heurte à une blême de la fabrication de papier de bagasse ; routine séculaire qu'il est bien difficile de j'ai d'ailleurs effectué moi-même plusieurs vaincre, et si nous arrivons à de bons résul- essais dans cette direction. Il est de fait tats, c'est parce que les habitants se sentiront que les essais récents de fabrication au acculés par la nécessité; dans ces pays Texas et en Louisiane, dont vous avez parlé chauds on n'est jamais prêt pour l'action, dans des numéros antérieursdu « J. d'A. T. » aussi facile qu'elle soit. ne sont que la reprise d'une idée déjà an-

« Prenons Haïti que je connais bien, par cienne et que des inventeurs de toutes natio-

exemple, on n'y fait plus de sucre, mais sim- nalités n'ont jamais cessé de rappeler à

plement un peu derapadou, sucre brut l'attention des spécialistes. Je suis convaincu

non raffiné, et du tafia. 11 y a, à la vérité, du qu'on peut parfaitement faire du papier avec

rhum de première qualité, mais l'on ne sau- de la bagasse, mais il s'agit de savoir^ si le

rait guère en trouver en dehors de Port-au- prix de ce papier sera assez élevé pour justi-

Prince et il n'est plus douteux que l'utilisa- fier les frais de toute sorte que comporte

tion de la bagasse ne soit de la plus grande une pareille entreprise.

N» 28 — OcT. 1903 JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE

3ii

» M. Malbot insiste sur la progression, en effet formidable, de la consommation du papier; n'empêche que le bénéfice du fabricant va en diminuant. Depuis un certain temps déjà, les papiers de qualité inférieure sont fabriqués à perte, et seules, les belles qualités rapportent encore.

Or, la bagasse ne saurait fournir que les qualités inférieures et moyennes, et leurs prix de revient seront élevés. Il n'y a pas lieu de comparer les papiers de bagasse aux papiers d'Alfa; c'est tout autre chose.

« Le procédé de Meritens & Kresser, ciié par M. Malbot, n'a jamais reçu d'application industrielle en ce qui concerne la bagasse de canne; il ne diffère d'ailleurs en rien des procédés de fabrication employé pour les matières premières courantes.

« Je suis d'accord avec ces Messieurs sur un point: moi aussi, je ne considère pas la fermentation comme nécessaire. Au surplus, je crois, comme M. Malbot, que nous ne tarderons pas à voir apparaître, un jour ou l'autre, quelque procédé vraiment pratique et bon marché, dont l'application industrielle fera passer le papier de bagasse du domaine de la théorie dans celui de la réalité commerciale. »

Agréez, etc.

SiGMUND Stein.

Liverpool, 5 octobre igoS.

L'entretien des champs de ramie .

Lettre de M. Ch. Bertin.

La lettre qui suit, confirme les avantages de la scarification profonde des champs de ramie mentionnée, d'après M. Davidson, dans la note La ramie à Formose, publiée dans le N» 27 du « J. d'A. T. » L'excellente élude du consul des Etats-Unis à Formose a été, d'ailleurs, le point de départ de notre conversation avec M. Bertin, à laquelle il est fait allusion ci-dessous. Nous publierons avec empressement toute communication sur cette question. — N. d. l. R.

« Monsieur le Directeur,

« Vous m'avez invité à résumer la conversation que nous avons eue au sujet de certain moyen d'entretien des champs de ramie anciens ou ayant, tout au moins, plusieurs années d'existence. Je ne demande pas mieux

que de vous dire ce que j'en pense à la suite de 12 années de culture de ramie en Algérie (dans la province de Constantine) de 1888 à 1900 et de nombreux voyages d'étude.

« Il y a plusieurs raisons et plusieurs moyens pour entretenir un champ dans de bonnes conditions de rendement, et cela pendant de longues années. Il s'agit d'abord de nous entendre sur ce qu'est un champ de ramie en bonne condition. Quelques exemples vous expliqueront ma pensée :

« En i883, je débarquai à Calcutta avec une machine à décortiquer; j'y trouvai, au Jardin botanique, un carré de ramie avec des tiges couvertes de ramifications, repoussant sur elles-mêmes; il a fallu faucher ces premières tiges et attendre de nouvelles pousses qui soient bonnes à travailler. Mais ce champ, par suite de manque d'entretien et de fauchage régulier, présentait des vides de place en place, et ceci ne permettait pas aux nouvelles pousses de s'ombrager réciproquement comme il l'aurait fallu, et de se lever régulièrement.

« Le même cas s'était présenté à Casabianda (Corse) ou des expériences de décortication eurent lieu au moyen du système à jetdevapeur, de M. Favier: Le champ offrait de grosses tiges, pleines de ramifications, n'ayant pas été entretenu convenablement. J'ai été appelé, en 1886, à continuer la culture de la ramie en Corse (à Calvi) en vue des mêmes expériences.

« En Tunisie, en 1886, une plantation de ramie fut faite par le général Bacchouchk. Les premières sont devenues fort belles, mais cette plantation n'a pas continué à prospérer longtemps. Comme vous le reportez dans le N'' 22 du « J. d'A. T. », on parle facilement d'épuisement du sol parla ramie; mais il importe d'examiner de plus près les cas particuliers. Ainsi, voici ce qui se passait dans la plantation tunisienne dont je viens de vous parler : Après les dernières coupes de l'année, elle était envahie par les bêtes à cornes et autres; pendant toute la saison des pluies la terre était battue par les troupeaux ; quoi d'étonnant que ce champ de ramie ait complcteracni disparu '.

« En 1887, j'ai commencé sur les bords

JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE N» 28 — Oct. 1903

de la Medjerda (Tunisie) une plantation de ramie créée et multipliée exclusivement par semis; ce système pouvait seul être employé dans un pays soumis aux décrets prohibitifs dirigés contre le phylloxéra. Les premières levées furent magnifiques et donnèrent quantité de beaux plants; mais lorsque la Medjerda commença à charrier des eaux vaseuses et boueuses, je ne pus plus obtenir de levée. La même difficulté s'est présentée lorsque, à la saison chaude, je n'avais que

s'ouvrent ou s'arrachent sous l'action de la dent du scarificateur, les rhizomes se déplacent, et à la saison prochaine les nouvelles pousses reprennent avec toute leur vigueur première.

« Derrière ce travail de fond, des hommes passent et ramassent les morceaux enracinés de ramie qui peuvent servir à la multiplication : morceaux de pieds cassés, bouts de rhizomes encore adhérents au pied-mère et qu'il faut couper ou même arracher, si la

des eaux saumâtres pour arroser mes semis : plantation est très serrée. On en profite en

les replaçant dans les endroits où il pourrait y avoir des manques; dans tous les cas, il importe de nettoyer la plantation.

« Ce qui précède m'amène à ajouter quelques mots sur le nombre de plantset de tiges à l'hectare. Pour la bonne réussite industrielle d'une plantation de ramie, il est essentiel de Ja faire serrée, de ne pas laisser de

la levée se faisait bien, mais les jeunes plants disparaissaient sans avoir formé de tubercules.

« On vous dira quelquefois qu'un champ de ramie jaunit ; cela provient le plus souvent du sous-sol : les tubercules de la ramie auront rencontré à une certaine profondeur de l'eau stagnante ; ils pourrissent et entraî-

nent la mort du pied entier. L'eau hivernale ^j^g g^tre les plants ; la qualité des tiges est

séjournant trop longtemps après une inondation sur la plantation fait également énormément de tort. Il y a aussi les insectes, qu'on peut d'ailleurs éviter. Mais le plus généralement, les champs de ramie que l'on rencontre chez les colons amis de la nouveauté, souffrent du manque de sarclage, ou scarification.

« Une plantation de ramie qui a plusieurs années d'existence a absolument besoin, pour continuer à se développer et à donner régulièrement de belles tiges industrielles, d'un travail superficiel de scarification, d'un fort hersage. Une fois par an, avant la grande saison des pluies, il faut régulariser la surface du champ. Par suite des pousses successives, les vieilles souches, dont les tiges sont très serrées, ont, en effet, toujours tendance à s'élever et arrivent ainsi à bosseler terriblement le champ. La scarification a pour fonction de fendre, d'ouvrir, de casser même la partie de ces vieilles touffes qui s'élève au-dessus du niveau du sol ; de déplacer, pour ainsi dire, une partie de cet enchevêtrement de racines et rhizomes qui devient trop compact. Il faut absolument arracher ces parties de touffes trop serrées, durcies même, à la suite de plusieurs années de coupes consécutives. Les vieux plants

à ce prix. Une bonne plantation, avec des plants bien constitués et de moyenne grosseur, doit avoir, au mètre carré, 9 forts rhizomes avec tubercules, soit 90.000 à l'hectare. Si les plants proviennent de la division de gros pieds — une touffe coupée en 4, par exemple — il faudra alors 6 de ces plants au mètre carré, soit 60.000 à l'hectare. Un bon champ de ramie producteur portera ainsi une moyenne de 100 tiges par mètre carré. En effet, il est essentiel que les tiges soient assez près les unes des autres pour rester fines, droites et sans ramifications. »

Ch. Bertin.

Maisons-Laffitte, 4 octobre igoS.

La fumure du tabac.

D'après un récent travail japonais.

Par M. A. Couturier.

Le gouvernement japonais s'est attribué en 1898 le monopole de la culture du tabac ; préoccupé maintenant d'en tirer le meilleur parti possible, il a chargé les stations agronomiques du pays de rechercher les moyens d'augmenter les rendements et d'améliorer la qualité du tabac indigène. Des expériences nombreuses ont été faites, portant sur

N°28 — OcT. iQo3 JOURNAL D^AGRICULTURE TROPICALE

tous les détails de la culture du tabac, sur sa récolte e: sa préparation à la vente. Un récent travail du savant Directeur de la station centrale de Nishit^ahara, M. Lehmann, fait connaître d'intéressantes observations relatives à la fumure. En voici les conclusions, qui pourront servir aux planteurs de de tous pays :

Les exigences du tabat se classent ainsi : azote, potasse, acicie phosphorique. Lorsqu'il n'y en a pas assez dans le sol, il faut donner ces trois matières fertilisantes sous forme d'engrais ; le chaulage peut être utile également si le sol n'est pas suffisamment pourvu de chaux.

Les engrais azotés semblent agir indifféremment sur toutes les parties de la plante; c'est le nitrate de soude qui donne les meilleurs résultats ; il est suivi de près par le sulfate d'ammoniaque et le sang desséché qui paraît favoriser la combustibilité. Le tourteau de colza, dont le prix très élevé interdit de généraliser l'usage au Japon, peut être remplacé avec grand avantage par le tourteau de soja.

L'influencedes engraispotassiques s'exerce surtout sur les feuilles et celle des engrais phosphatés, sur la tige. La Martelline (silicate de potasse) est manifestement supérieure aux autres formes de potasse ; ensuite viennent les cendres de bois, le nitrate et le carbonate de potasse. Les chlorures et le sulfate ne conviennent pas à la fumure du tabac; ils diminuent la combustibilité, qui est augmentée, au contraire par la Martelline et le carbonate de potasse. C'est après la plantation que le tabac éprouve le plus grand besoin de potasse.

L'exagération des fumures favorise le développement des tiges et des racines aux dépens des feuilles et rend celles-ci d'une conservation plus diificile, en augmentant leur teneur en eau.

A. CorTURIKR.

Impressions sur l'île San-Thomé.

Une conversation avec M. A. Schulte im Hofe Par M. A. dk Almada Negrkiros

Je viens d'avoir le plaisir de m'entretenir

avec le D'' A. Schulte im Hofe, chimiste agricole allemand. Vous avez eu également sa visite; vous savez donc que ce savant, des des plus connus, a passé ces quelques dernières années aux Indes-Anglaises et dans les différentes colonies de la Côte Occidentale d'Afrique. De passage à Paris pour quelques jours seulement, il arrive en dernier lieu de l'île San-Thomé.

Vous savez que M. Schulte im Hofe a publié dans le « Deutsche Kolonialzeitung » des articles extrêmement remarquables sur le mouvement colonial. J'ai voulu entendre de sa bouche des détails sur les colonies de la Côte Occidentale qui m'intéressent particulièrement, en ma qualité d'ancien Africain (i). Il s'est prêté de fort bonne grâce à ma curiosité ; je pense que les lecteurs du « J. d'A. T. )> liront avec profit ce résumé sommaire de notre conversation.

M. Schulte im Hofe me parla tout d'abord des colonies espagnoles du golfe de Guinée : Fernando-Po, Anno-Bom, Allobey, Corisco ; elles sont très en retard, dit-il, ce qui tient à plusieurs causes, entre autres à l'absence de colons d'une part, et au manque de maind'œuvre de l'autre. Les indigènes de Fernando-Po (BuBis), aa nombre de plus de 3o.ooo, ne veulent pas travailler.

Celte île n'est distante de la côte que de 3o kilomètres. Aussi, ks indigènes sont-ils en communication avec leurs terribles amis anthropophages du Rio Muni, où l'action espagnole ne se fait d'ailleurs guère plus sentir que dans l'île même. L'Espagne devra s'attacher à enrayer ce mal, qui provient du discrédit dans lequel y sont tombées les choses coloniales, surtout depuis la guerre hispano-américaine.

Mon interlocuteur m'a tracé ensuite un tableau trèsfllatteurde la prospérité des colonies françaises de la Côte Occidentale. Mais j'ai hâte d'arriver à ses idées sur les colonies portugaises, idées qui m'ont causé une très vive satisfaction.

« Je connais surtout », me dit M. Schulte

(i) Notre ami Nfgreiros, chargé depuis l'Exp. Universelle de iqoo, d'une mission u'éiudes à Paris a été sous-préfet aux colonies portugaises.

JOURNAL D^AGRICULTURE TROPICALE N° 28 — Oct. 1903

iM HoFE, « San-Thomé — qui est une perle, Thomé est, a mon avis, celle qui vient de — l'île du Prince et l'archipel du Cap-Vert. l'Angola. Le nègre de l'Angola demeurera Je viens de faire un séjour de six mois à San- toujours le seul capable d'aider efficacement Thomé et je ne m'en suis pas lassé. à maintenir la prospérité de l'île. Il y a aussi

« San-Thomé», me répète-t-il, « est cer- des coolies chinois à San-Thomé, mais ils tainement l'une des plus belles colonies de nesont employésqu'au travail danslesusines plantation du monde entier. La somme de et aux services domestiques. Il faut connaîtravail'qu'ila fallu y développer pour arriver tre les tendances et le moral des coolies chià ce que l'on y voit aujourd'hui est vraiment nois, avant de les importer. A Sumatra, ils admirable, colossale ! Le sol de Tîlese prête d'ailleurs à presque toutes les cultures tropicales. J'y ai étudié les chances d'avenir de quelques plantes textiles et autres; je suis convaincu à présent qu'elles y viendront à merveille. C'estlà encore que j'ai vu les plus belles plantations de cacao qu'on puisse imaginer. Le cacao était d'ailleurs le principal objet de mon voyage.

« On prétend que le cacao tend à baisser de prix sur les marchés de consommation, et que la surproduction n'est pas bien loin. Je ne crois pas que le péril soit imminent. En tous cas, il faut que les planteurs de cacao envisagent cette éventualité. Certes, le cacao ne vient que dans une zone restreinte des régions équatoriales ; mais il faut toujours compter que la production augmentera et il serait bien possible que la consommation n'augmente pas en proportion.

« Le cacao de San-Thomé est de première qualité ; il égale celui de Java ou de Puerto- Cabello ; mais il n'est pas toujours manipulé avec tout le soin qu'exigerait ce produit si délicat. Il faut surtout savoir en diriger la fermentation ; or, sur ce point, les procédés usités à San-Thomé sont des plus rudimentaires. Il y a sans doute des exceptions parmi les planteurs ; mais je ne parle ici que de la majorité.

« Les plus belles plantation? que j'aie vues — je n'ai d'ailleurs pas parcouru toute l'île de San-Thomé — sont cel.esde M. le COMTE DE Valle-Flor, M. DE Mendonça, et M. Lévy ; elles sont vraiment modèles. Les installations des blancs y sont princières ;

ont d'ailleurs réussi à^ merveille. « Je ne saurais faire assez d'éloges du traitement des indigènes et des nègres employés dans les plantations que j'ai vues. Le nègre employé dans les roças do San-Thotné gagne plus que partout ailleurs. A « Bôa-Entrada » surtout (propriété de M. de Mendonça), les « senzala » des noirs sont de vrais palais en comparaison des mauvaises cabanes des coolies telles qu'on les voit dans l'Inde, dans les plantations d'indigo et de thé. Au Cameroun, l'indigène n'est pas mieux traité.

« Pour conclure, jecroisque les entreprises coloniales modernes de la Côte Occidentale d'Afrique ont un très grand avenir; je viens de m'en assurer de visu. Tous ces pays sont d'une richesse naturelle extraordinaire, dont on tirerait cependant un bien mauvais parti si l'on continuaità s'en tenir à une seule culture. Il faut, au contraire, multiplier la variété des cultures, afin de pouvoir profiter de chacune en son temps. C'est encore de cette façon seulement que les colons se mettront à l'abri des crises commerciales qui sévissent à tour de rôle sur les différents produits coloniaux. »

A. DE Almada-Negreiros.

Imperméabilisation des tissus au moyen du latex frais d'Hevea.

Par M. Paul Cibot.

Nos lecteurs n'ont pas oublié l'étude si remarquable de M. René Guérin sur rexploiiation du Castilloa chez M. Rodriguez, à l'hacienda Aguna

les réseaux de voies ferrées, très importants; (Guatemala), publiée dans lenMS du « J. d'A.T. «;

et les nègres employés sur ces propriétés, y ""' ^ d'ailleurs fait depuis le tour du monde.ayant

,, . . ,, , . été reproduite, ou analysée par la plupart des pério-

jouissentd un traitement que le n hésite pas .. . , , • n ^^»t^ L„^o

\ . , ^ ) r diques agricoles tropicaux. Dans cette étude

a qualifier d excellent. ^^ Guérin a raconté, entre autres, un procédé

« La main-d'œuvre la meilleure pour San- fort curieux d'imperméabilisation de tissus au

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moyen de latex frais ; M Carl Otto Weber, le de i mètre. Le prélart est cousu à cheval sur

spécialiste bien connu de Manchester, en a mis i^ ^àti, et pour le fumage on dispose deux,

en doute l'efficacité; mais nous pouvons donner ^^^.^ ^^ ^^^^^ fourneaux, l'assurance que M. Gu^rin. qui est lui-même un t^ ^

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