PARTIE COMMERCIALE
(Cours, Statistiques, Débouchés, etc.)
HECHT FRÈRES & C'- : Bulletin mensuel du caoutchouc 345
Etat du marché des fibres d Agaves et similaires : Chanvres de Sisal, de Maurice, de Manille; Alocs; Ixtle, etc 346
Pages ACTUALITÉS
(Correspondances, Informations, Extraits, etc.)
R. GUÉRIN : Le caféier nain de l'hacienda Capetillo (Guatemala) 34g
F. MAIN : Broyage des coques d'arachides 349
F. M. L'irrigation dans le Haut-Tonkin (Les appareils élévatoires du Cap. Fesch). 349
F. D'HERELLE : bananiers stériles et sols pauvres 349
CH. RIVIÈRE: Linge de ramie 35o
La machinerie Fr. Haak.e, pour le traitement des fruits du palmier à huile [ELvis guineensis) 33o
La canne à sucre à Cuba : procédés, rendements, etc. (D'après M. le consul Dupas) 33 £
Avantages et inconvénients de la culture du tabac sous abri (D'après les constatations faites à Cuba) 352.
Avis aux abonnés 352
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— Caoutchouc, gutta-percha, tabac, citrus, coton. — Machines pour produits tropicaux.— Culture potagères. — Elevage. — Basse-cour VIII et IX
FIGURES
Fig. 23: Plan d'un champ d'expériences sur la fumure du cacao.
JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE N° 29— Nov. igoS
iiii Journal d' A griculture Ti'opicale
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Troisième Année.
No 29.
3o Nov. 1903
Les Dérivés du Manioc
Par M. H. Neuville.
Produits amylacés simples : couac, cassave, farine, fécule et amidon. — La fécule de manioc, concurrente éventuelle de la fécule de pomme de terre sur le marché international.
Le manioc, par suite des utilisations variées auxquelles il se prête, est l'une des plus directement utiles parmi les plantes de la zone tropicale. Ainsi qu'on l'a fait remarquer avec raison, son importance est comparable à celle du riz, auquel il peut suppléer.
Les industries auxquelles il donne lieu sont loin d'être récentes; tout n'est pas dit, cependant, au sujet de ces industries, dont certaines ont été notablement perfectionnées en ces années dernières, au Brésil et aux Etats-Unis notamment, ainsi qu'à Singapore,paria substitution de procédés rationnels aux procédés empiriques.
Une étude très documentée de M. J. B.
SoBRiNHO, parue dans le « Boletim da Agricultura de Sâo Paulo » (Brésil), à la suite de l'exposition régionale de Ribeirâo Preto, nous a récemment mis au courant de quelques-unes de ces améliorations. En ce qui concerne le manioc, la féculerie de Joaquim Xavier Cotrim, de Cravinhos, et celle du Dr. Joâo Bras de Oliveira Arruda, de Ribeirâo Preto, avaient envoyé à cette exposition des produits particulièrement remarquables, tant dans le domaine des amylacés simples que dans celui de certaines substances fermentées.
Il semble que le Brésil soit maintenant en voie d'imiter, à ce point de vue, les Etats- Unis (Floride et Etats voisins), où la culture et l'industrie du manioc se développent avec la rapidité et le succès habituels aux entreprises de ce pays, et où l'extraction de la fécule de manioc s'exécute d'après les
procédés les plus perfectionnés. Il est, du reste, probable que ce soit surtout dans cette dernière voie : celle de la fécule, que doive évoluer l'avenir du manioc, dont les autres dérivés paraissent voués à la consommation locale, tandis que les débouchés par exportation ne semblent devoir s'ouvrir que pour la fécule, ou, peut être aussi, pour son dérivé presque immédiat : le glucose.
Je ne parlerai, dans ce premier article, que des produits amylacés simples, en réservant un second à l'étude des produits fermentes à base de manioc. Je me propose d'attirer ainsi l'attention sur ces industries du manioc, si importantes, et dans lesquelles il reste tant à perfectionner, même à un point de vue en quelque sorte élémentaire. C'est surtout ce qui se passe au Brésil et à la Guyane que j'aurai plus spécialement en vue ici, surtout lorsque je traiterai des produits fermentes.
On m'excusera si je ne parle pas du rendement du manioc en tubercules et en produits manufacturés. Les écarts que j'ai observés entre divers documents relatifs à ce rendement sont tels que je n'en ai jamais, je crois, relevés de semblables; tous les renseignements authentiques que l'on nous enverra sur ce sujet seront les bienvenus, et contribueront à éclaircir cette question, déjà soulevée dans ces mêmes colonnes ( 1 ).
En principe, la manipulation primordiale suDie parle manioc, celle de la prépa-
(1) V. « J. d'A. T. » 1902, n" 16, p. 299 et n" 17, p 343.
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ration de la .pulpe, s'opère presque toujours D'une manière générale, les procédés de
d'après des procédés identiques; le plus féculerie employés pour la pomme de terre
souvent, ces procédés sont extrêmement conviennent au manioc, avec cette réserve
imparfaits et mériteraient d'être améliorés. que les tissus de celui-ci étant plus résis-
A la Guyane, où l'industrie du manioc tants, il convient d'employer des râpeurs puisest restée à son stade le plus primitif, les sants. Les tambours râpeurs à dents de scie racines tuberculeuses ayant séjourné dans paraissent donc mériter ici la préférence. On l'eau pendant deux ou trois jours, on en trouve d'ailleurs dans le commerce des détache l'enveloppe à la main; ces racines râpeurs spéciaux pour le manioc (i). sont ensuite lavées et « gragées », c'est-à- Dans certaines régions, au lieu de râper dire râpées. L'instrument, ou grage, em- les racines, on les écrase; c'est ainsi que la ployé à cet effet, est formé d'une planche de grage guyanaise ou brésilienne est rem- 60 à 80 centimètres de long sur environ 40 placée, au Congo, par une meule verticale, de large, dans laquelle sont implantés des Au Mozambique, les racines sont netcorps durs et pointus : ce sont des sortes de toyées avec de grandes coquilles, puis expoclous épointés, dans les grages perfection- sées au soleil; elles sont ensuite broyées à nées, tandis que les instruments plus gros- l'aide de roues armées de pointes, siers sont simplement garnis de morceaux La composition de la pulpe de manioc, de poterie, de tessons de verre ou de quartz, qui est celle de la racine elle-même, est la de pierres, de fragments de fonte provenant suivante, d'après Payen : d'ustensiles divers, etc. Fécule 23, 10
L'ouvrier qui râpe le manioc (grageur) Sucre, pectine, gomme 5,53
appuie sur sa poitrine une extrémité de la Cellulose, pectose, acide pecti-
planche à grager, dont l'autre extrémité g ^ ^^
repose au fond d'un récipient destiné à rece- Matières azotées i\oj
voir la pulpe. C'est en frottant sur la grage Matières grasses 0,4a
les tubercules tenus à la main que l'ouvrier g^jg minéraux o,65
râpe le manioc et le réduit en pulpe. Que Y^SiU 61 65
de temps on économiserait, commele fait re- ^ . . • ^^ \
^ ' Cette composition varie légèrement sui-
marquer M. Devez dans son intéressante no- ^t -'ai r^ 1 "i-
^ vaut les variétés. La teneur en técule s eleve
tice sur la Guyane, en employant la simple . > v c „
•^ ' ^ -^ ^ fréquemment a 25 % .
roue à râper. /-. 1 • 1 'j' j ' .•
^ ^ . , Quel que soit le procède de préparation
Le procédé brésilien est exactement le 1 ' 1 i-i » -i. j • 1
^ ^ , employé, lorsqu il s agit du manioc amer, la
même que le procédé guyanais. Des ou- 1 j • - ' j • i- -j
^ ^ ° -^ pulpe doit être expurgée de sa partie liquide,
vriers (sevadores) râpent les racines sur des , , r j n -j
^ ' ^ . vénéneuse, renfermant notamment de lacide
a râlos » fondamentalement identiques aux . ,. ., ,,- . ,
^ prussique; ce suc liquide est élimine par explanches à grager. J. B. Sobrinho propose • ^ t • /- ^ . . r r pression et torréfaction. Cette expression est
d'éviter la main d'œuvre pénible et relative- , , ' i- ' j r
^ le plus souvent réalisée par des moyens tort
ment dispendieuse des sevadores en intro- • , • • jx • • • ta' ^
^ simples, que je ne puis décrire ici. D après
duisant dans l'industrie du manioc des tt ■ i u j i- • r •
Heuze, la presse hydraulique aurait parfois.
machines semblables à certaines de celles , , , ,
ete employée,
qui servent à réduire en cossettes les bette- , , . . , , ...
^ La pulpe ainsi préparée peut recevoir di-
raves d'industrie. On arriverait à ce but en . • • n ^ • u.
verses destinations. Broyée avec soin, elle
adaptant aux râpes un système de repous- . • 1 r- • j • j • 1 •
. ^ ^ lournit la larine de manioc, dont je parlerai
soirs fempurradores) mus par un excentri- , , • t 7 j i • i 1 •
^ ^ / r pins, loin. L un de ses emplois les plus im-
que fixé sur l'arbre de transmission. ^ ,^j^^3 ^^^^j^^^ • préparer des produits di-
Mals le plus simple, au moins dans une ,e,,ement comestibles, tels que le couac er
installation d'unecertaineimportance, serait i^ cassave. Ceux-ci ne sont pas des produits d'employer l'une des râpes à tambour usitées
cour le rapage des pommes de terre. (,) voir aux Annonces, pp. XIU et XVI.— N.d.l.R.
N" 29 — Nov. 1903 JOURNAL D^AGRICULTURE TROPICALE
industriels proprement dits; ce sont de simples préparations locales, ne s'exportant pas, et ne se prêtant même pas jusqu'ici, à une fabrication en grand ; ils jouent, en revanche, un rôle extrêmement importantdans l'alimentation indigène.
Le couac n'est autre chose que de la pulpe de manioc ayant subi un commencement de torréfaction. On l'obtient en étendant la pulpe pressée sur un plateau de fonte (Guyane), ou dans une sorte de chaudière, placées sur un feu doux. Plus on agite la masse, plus les grains qui tendent à se former sont petits; on peut ainsi obtenir facilement une granulation plus ou moins fine. Cette farine granulée est généralementpassée au tamis, et ce sont les grains les plus fins, assez semblables à ceux du tapioca, qui -constituent le couac de première qualité.
On le colore parfois en jaune, en ajoutant du curcuma à la pulpe avant de la torréfier. Cette coloration artificielle paraît destinée à donner le change avec un couac naturellement jaune, provenant très probablement de variétés spéciales, et qui est très recherché. Les analyses du couac faites par M. Balland, et reproduites dans le « Journal d'Agriculture Tropicale, 1901, n° 5, p. 144 » (i), manifestent, entre le couac blanc et le couac jaune, une différence de composition qui est tout à l'avantage de ce dernier.
Bien que préparé d'une façon assez grossière, le couac se conserve indéfiniment s'il est préservé de l'humidité. Il gonfle d'une manière extraordinaire sous l'action de l'eau "bouillante ; on en fait surtout des potages, A Cayenne, il est reçu dans des paniers spéciaux, appelés « crouscrous », et forme la base de l'alimentation de la population ouvrière; il est, dit M. Devez, avec le bacaliau (morue séchée) le compagnon inséparable dujmineur etde tous ceux qui s'éloignentdes ■ centresde ravitaillement,
La cassave, autre dérivé du manioc, qui se présente sous forme de galettes, est le véri-
table pain indigène de certains pays, notamment de la Guyane. On la prépare en réduisant la pulpe en une farine aussi fine que possible, dans des mortiers de bois. Cette farine humide est étalée sur une platine chauffée, comme dans le cas du couac, mais, au lieu d'être remuée comme celui-ci, elle est aplatie en galette avec un battoir, puis découpée en disque, à l'aide d'un cercle de barrique par exemple. Toutes les parties de la farine s'agglutinent par le battage et la cuisson, qui doit être opérée sur les deux faces de la galette. Le battage doit être léger, juste suffisant pour agglutiner la farine, et la cuisson doit être très uniforme.
Les Européens eux-mêmes reconnaissent les qualités du couac et de la cassave, et en font parfois usage.
Comme je l'ai dit plus haut, la farine de manioc s'obtient par pulvérisation de la pulpe séchée. Il convient de ne pas la confondre avec la « fécule » de manioc, produit industriel par excellence, dont l'extraction est plus compliquée.
En loo gr.
de matière sèche