‹ Journal d'Alexandre Ribot et correspondances inédites 1914-1922Chapitre 11 sur 24 · LE HAUT COMMANDEMENT · texte numérisé non relu

LE HAUT COMMANDEMENT

pas mis dans le cabinet. Il est disposé à accepter une mission en Espagne ; il est pour la nomination immédiate de Pétain.

Conférence avec Loucheur et Viollette au sujet de l’importation du charbon, de la répartition, des stocks, etc. : accord.

Dimanche 13 mai.

Pichon refuse l’ambassade de Pétrograd. Il croit que la Russie va à la pire anarchie, et qu’il n’y a rien à faire pour la retenir : il se diminuerait sans profit pour le pays. Il a vu les lettres échangées entre Paléologue et Pokrowski au sujet de nos buts de guerre : son avis est que la publication de ces lettres serait fatale ; il croit qu’on ne doit pas perdre un instant pour les retirer.

Je fais une longue visite à Freycinet, qui est préoccupé de l’ensemble de la situation ; il me conseille de remplacer Nivelle sans tarder.

14 mai.

Comité de guerre. Résistances.

On me conseille de voir Briand.

Conversation très calme.

Je règle la question des lettres échangées entre Paléologue et Pokrowski : Briand me dit que seules les lettres échangées à Paris (1) valent pour le gouvernement, le texte des autres lettres n’ayant pas été connu avant le 7 mars et n’ayant pas été soumis au Conseil des ministres. Je le prie de me dicter sa déclaration : il y consent ; j’envoie cette déclaration à Pétrograd. Le président de la

(1) Quand le résumé télégraphique des lettres échangées à Pétrograd était arrivé, le 16 février, à Paris, Isvolski venait de se présenter au Quai d’Orsay en réclamant pour la Russie, de la part de son gouvernement, la liberté de fixer ses frontières occidentales. Un échange de lettres avait eu lieu le 10 mars. Briand croyait se souvenir que, par la généralité de ses termes, le texte en aurait été substitué aux lettres de Pétrograd. En réalité, les lettres échangées à Paris ne concernaient que les frontières de la Russie, et les lettres de Pétrograd avaient gardé leur valeur diplomatique.

République me dit que les lettres échangées à Pétrograd ne lui ont pas été communiquées (1).

Sur la question Nivelle, Briand me dit que le général est allé lui demander conseil : qu’il lui a conseillé de voir le président de la République et le président du Conseil. Je mets Briand au courant de la question : il reconnaît que Nivelle ne peut pas garder le commandement et que l’alTaire doit se régler par un arbitrage du président du Conseil en présence du président de la République. Nivelle sera appelé demain, avant le Conseil, à l’Élysée.

15 mai.

Nivelle ne veut rien entendre...

Je lui dis qu’un commandant en chef que le ministre de la Guerre ne couvre pas ne peut que donner sa démission : que c’est l’attitude digne à prendre. Si j’acceptais la démission du ministre, la question du commandement serait remise à la Chambre des députés, ce qui ruinerait l’autorité du gouvernement : Nivelle se retranche derrière sa conscience ; il m’écrit une lettre pendant le Conseil pour maintenir son attitude (2).

(1) Il éci'ivait, le 9 mai, après avoir lu attentivement les pièces, qu’il en résultait que le texte des lettres échangées à Pétrograd n’avait été télégraphié à Paris ni avant ni après signature ; elles n’étaient arrivées que par le courrier du 7 mars et on avait négligé de lui en donner connaissance : « Elles accentuent certainement les conversations de Doumergue et de l’empereur, en donnant aux buts de guerre indiqués un caractère précis et absolu, qui dépasse les termes de l’entente intervenue à plusieurs reprises, en Conseil des ministres, sous le cabinet précédent... Si mes souvenirs ne me trompent pas, Briand, qui n’avait pas lu ces lettres en Conseil, a lu, du moins, les télégrammes relatifs aux conversations de Doumergue ; il a également dit que ces entretiens étaient consacrés par un échange de lettres ; Briand s’est même plaint en Conseil, devant Doumergue, que cet échange de lettres, cependant autorisé en son nom par Berthelot, eût pour conséquence la demande transmise par Isvolski fin février, et Doumergue a répondu que les engagements pris vis-à-vis de la France pendant son séjour ne comportaient aucune contre-partie ; c’est ce que Paléologue avait, de son côté, télégraphié le 27 février. Je suis à votre disposition pour causer avec vous de cette question, lorsque vous le jugerez utile. »

(2) Cette lettre n’apprend rien qu’on ne sache.

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