‹ Journal d'Alexandre Ribot et correspondances inédites 1914-1922Chapitre 12 sur 24 · LE HAUT COMMANDEMENT · texte numérisé non relu

LE HAUT COMMANDEMENT

En conseil, je déclare qu’il est impossible de maintenir le statu quo : le conseil se range à l’unanimité à mon avis. Bourgeois, Maginot, Desplas expriment le regret que le ministre de la Guerre nous ait mis dans la nécessité de paraître n’avoir pas eu un avis ferme.

J’insiste pour que Foch soit nommé chef d’état-major général. Ce choix est désiré par Pétain, qui craint sans doute que celui du général Fayolle (1) ne paraisse trop mince et qu’on ne lui reproche d’écarter tout contrepoids à son autorité de commandant en chef. Pétain s’est exprimé hier en ce sens devant moi.

16 mai.

Les décisions sont bien accueillies (2).

J’ai défendu hier, au Sénat, Malvy contre Jénouvrier

(1) Après s’être rallié, cinq jours avant, au choix du président du Conseil, le ministre de la Guerre insistait de nouveau pour que le comité de guerre se prononçât en faveur du général Fayolle.

(2) A Londres lord Derby, ministre de la Guerre, dans un entretien qu'il avait, dans la matinée du 16, avec l’attaché militaire de l’ambassade, témoignait certaines inquiétudes au sujet des changements survenus dans le haut commandement de l’armée française. « Ainsi que vous le savez, écrivait le lendemain Paul Cambon, le général Nivelle était connu et apprécié des Anglais ; ses rapports avec sir Douglas Haig étaient devenus extrêmement confiants, et son remplacement pouvait faire craindre une modification dans les accords des deux gouvernements et des deux généraux en chef. Le général de la Panouse a rassuré lord Derby : il a fait observer qu’à Paris, tout récemment, le général Robertson s’était entendu à merveille avec le général Pétain et que la nomination comme chef d’étatmajor général d’un homme aussi connu en Angleterre que le général Foch était une garantie suffisante des intentions de son gouvernement. »

Lord Derby ayant annoncé, au cours de l’entretien, un projet de visite au quartier général anglais, l’attaché militaire lui avait conseillé de pousser jusqu’à Paris, où il trouverait auprès du ministre de la Guerre des éclaircissements de nature à dissiper jusqu’à ses moindres appréhensions ; le soir même, après avoir consulté M. Lloyd George « qui, lui aussi, a beaucoup de goût pour le général Nivelle », lord Derby avait prévenu qu’après sa visite au front britannique il arriverait à Paris le dimanche soir. « Je crois qu’il y aurait intérêt ajoutait Paul Cambon, à ce que vous puissiez voir lord Derby. Je ne doute pas qu’il ne soit convaincu cpi’il n’y a rien de changé dans nos ententes militaires ; mais je sais qu’au Parlement on s’est ému du remplacement de Nivelle, et les questions qui me sont posées

JOURNAL d’aLEXANDRE RTBOT

qui demandait pourquoi le ministre de l’Intérieur siégeait au comité de guerre (1) ; Malvy m’écrit une lettre de remerciements.

Barthou refuse d’aller en Espagne (2).

Démission de Milioukofï, ministre des Affaires étrangères de Russie.

17 mai.

Une vague de pessimisme : les nouvelles de Russie pèsent sur l’opinion. L’armée est inquiète. Il était temps de raffermir le commandement.

La déclaration de Briand, que j’ai écrite sous sa dictée, est reconnue en contradiction avec les faits : — examen du dossier, communication au président de la République : — note à rédiger pour le Conseil des ministres.

18 mai.

Conseil des ministres : la Russie. Il est désirable de maintenir Thomas à Pétrograd.

Le Matin a publié hier un article, emprunté à un journal russe, contenant la révélation de confidences faites par le comte Witte, au sujet d’un traité défensif signé par Ni-

partout où je vais depuis deux jours indiquent des préoccupations auxquelles le gouvernement anglais doit couiner court. Un entretien amical avec vous aussi bien qu’avec M. Painlevé, mettra fin à ces petits mouvements d’opinion. »

(1) Écho affaibli de l’attaque lancée contre le ministre de l’Intérieur par Clemenceau en juillet 1916, en comité secret : il n’avait alors recueilli que six voix.

Albert Thomas avait également au Sénat une situation difficile. Comme membre du précédent cabinet, il avait engagé des crédits, sans autorisation des Chambres, en vue de la création d’un arsenal à Roanne — considéré comme un champ d’expériences socialistes. Le 27 mars, le président du Conseil avait dû intervenir pour faire substituer à un ordre du jour de blâme un ordre du jour qui ne couvrait pas les irrégularités commises, mais permettait au ministre de l’Armement, dans un but d’union, de garder son portefeuille.

(2) Il ajoutait en post-scriptum à sa lettre : « Quelles heureuses décisions fermes, clairvoyantes et nécessaires, vous avez prises pour le haut commandement 1 »

PRÉTENDUE DÉMARCHE DE l’iTALIE 103

colas II avec Gmllaume II en 1905 (1)... M. Isvolski envoie un article au Matin pour expliquer que le traité a été arraché à la faiblesse du tsar déchu, mais que les ministres responsables — lui-même en 1906 — ont empêché qu’il reçût aucune exécution. On peut supposer qu’ Isvolski a lui-même fait publier l’article du Matin pour avoir l’occasion d’y répondre et de se mettre en scène. Je réussis à obtenir du Matin qu’il ne publie pas l’article d’ Isvolski : personne n’a cru à l’existence de ce traité ; il est inutile et dangereux de provoquer des discussions et de troubler un peu plus l’opinion déjà déconcertée par l’attitude de la Russie.

1 9 mai.

Je suis entendu par la commission des Affaires étrangères du Sénat ; je m’explique sur Salonique, la Grèce, l’entrevue de Saint-Jean-de-Maurienne et la situation en Russie; très bonne impression.

Dimanche 20 mai.

Dans le cabinet du président de la République avec le prince Sixte : lettre autographe écrite au crayon : prétendue démarche faite, au nom du roi d’Italie, à la légation d’Allemagne et à la légation d’Autriche à Berne : on se contenterait du Tyrol de langue italienne... Je ne ferai rien si l’Italie n’est pas mise au courant de tout ce qui nous a été dit. On accepte.

(1) Il s’agit de l’accord de Bjôrke, de juillet 1905. N’ayant pu rompre l’alliance franco-russe, Guillaume II avait mis à profit l’absence, aux côtés de Nicolas II, de son ministre des Affaires étrangères pour lui faire signer sur V Etoile polaire un traité qui nous eût associés à l’Allemagne et à la Russie contre l’Angleterre. Le comte Lamsdorff éclaira facilement son souverain sur la portée de l’acte qu’on lui demandait d’accomplir.

L’article du journal russe n’était que l’écho déformé des propos tenus pendant la guerre par Witte, mort en 1915, quand il voulait donner des preuves de l’amitié qu’il avait toujours eue, disait-il, pour la France.

JOURNAI. d’aLEXANDRE RIBOT

Le prince part demain pour Londres. J’écris lettres particulières à Lloyd George et à Barrère.

On sait que le prince Sixte venait de rapporter de Vienne une deuxième lettre autographe de l’empereur Charles en date du 9 mai. I^’obstacle à la bonne entente de l’Autriche avec l’Angleterre et la France avait disparu : par une coïncidence heureuse, l’Italie venait de demander, elle-même, la paix à l’Autriche en bornant ses revendications au Tyrol de langue italienne. Le président du Conseil échangeait avec notre ambassadeur à Rome la correspondance suivante :

il/. Ribot à M. Barrère.

Personnelle et secrète.

Paris, 20 mai 1917.

Mon cher ami,

Vous êtes au courant des confidences qui nous ont été faites au sujet des intentions de l’empereur d’Autriche.

Ces jours derniers, la même personne qui nous avait servi d’intermédiaire nous a communiqué une lettre autographe où il est affirmé que, le mois dernier, une démarche aurait été faite à Berne auprès de la légation d’Autriche pour savoir quelles concessions seraient faites à l’Italie si celle-ci consentait à une paix séparée.

Cette démarche — si invraisemblable que cela soit — aurait été autorisée par le roi, en même temps que par le grand quartier général. Je n’ai pas besoin de vous dire que je demeure tout à fait sceptique et quant au fait luimême et quant à la possibilité d’engager une conversation ayant des chances sérieuses d’aboutir. Mais la personne que vous savez se rend à Londres pour s’entretenir avec M. Lloyd George qui est, beaucoup plus que nous, disposé à marcher de l’avant (1).

(1) William Martin avait été mis au courant, dès le 9, par un messager du prince, des propos qu’aurait tenus à ce dernier, en Suisse,

PRÉTENDUE DÉMARCHE DE l’iTALIE 105

J’ai déclaré très nettement que nous ne ferions rien sans qu’au préalable l’Italie fût mise au courant des confidences qui nous ont été faites. On a reconnu que cela était, en effet, nécessaire.

Il est visible que, en dehors de M. Sonnino, on essaie à Rome de tâter le terrain et que, si on n’a pas déjà causé avec l’Autriche, on ne répugne pas à tenter de le faire. Le propos que m’a tenu à ce sujet M. Orlando et que je vous ai transmis (1) nous permet, en tout cas, de le supposer. Dans

l’envoyé de l’empereur ; il les avait consignés dans une note que le président du Conseil avait communiquée à M. Lloyd George :

« Paris, 12 mai 1917 .

« Mon cher monsieur Lloyd George,

« Je tiens à ce qpie vous n’ignoriez rien des conversations qui peuvent avoir lieu entre les personnes que voxis savez, au sujet des intentions qu’aurait l’Autriche- Hongrie de faire une paix séparée. A ce titre, je vous envoie une note résumant les déclarations faites, il y a trois jours, à une personne tout à fait sûre. Vous remarquerez ce qui est dit dans cette note quant à des démarches de l’Italie en vue de traiter. Il est invraisemblable qu’aucune démarche de ce genre ait pu être faite au nom du roi ou avec l’autorisation même tacite d’une personne responsable. Quoi qu’il en soit, le document que je vous envoie n’est pas sans intérêt par les indications qu’il donne sur l’état d’esprit de l’empereur et sur sa résolution prise, d’ores et déjà, d’abandonner à l’Italie le Trentin. »

M. Lloyd George avait répondu (traduction) :

« Londres, 14 mai 1917 .

« Mon cher monsieur Ribot,

« La lettre (sic) dont vous avez bien voulu m’envoyer une copie me paraît un document de très grande importance, et, vu la situation critique de la Russie, nous engagerions gravement, à mon sens, notre responsabilité, vous et moi, en ne continuant pas à rechercher les possibilités que cette lettre nous ouvre de diviser les Puissances centrales. Je crois que dans ces conditions, il est très désirable que vous, votre informateur et moi-même, ayons une réunion prochaine, en vue de rechercher la meilleure méthode d’examiner plus à fond les suggestions contenues dans la lettre dont vous m’avez envoyé une copie. »

(1) Le ministre italien était revenu de Londres, après avoir eu un entretien avec M. Lloyd George, qu’il rapportait ainsi à son gouvernement (14 mai). Le premier ministre s’était montré très pessimiste au sujet de la Russie et lui avait posé cette question : « Le jour où un état de nécessité obligerait l’Italie à choisir entre la Dalmatie et l’Asie Mineure, que préférerait-elle? » A quoi le ministre italien s’était

JOUR^'AL d’aLEXAWDRE RIBOT

quelle mesure le roi est-il d’accord avec M. Sonnino dont vous avez pu constater l’intransigeance? Se prêterait-il à des concessions ainsi que M. Lloyd George en a la conviction? C’est ce qu’il faudrait éclaircir.

Le roi n’est pas encore venu en France pour visiter notre armée et l’armée britannique. S’il se décidait à le faire, un entretien pourrait avoir lieu entre lui, le président de la République et le roi d’Angleterre, non pas à Paris, mais le plus près possible du front de bataille. A cet entretien assisteraient naturellement M. Lloyd George et le président du Conseil français, qui ne pourront se dispenser d’aller présenter leurs hommages au roi. La visite ayant un carac-

abstenu de répondre, en disant que la question ne s’était jamais posée à l’esprit de personne. Le président du Conseil transmettait, le 19, à M. Barrère le propos que lui avait tenu le ministre de l’Intérieur : « Il m’a parlé de la conversation (ju’il a eue avec M. Lloyd George. Je lui ai demandé si l’Autriche n’avait pas fait dans ces derniers temps quelcpies travaux d’approche pour essayer d’obtenir une paix séparée : « Croyez-vous, ai-je dit, qu’elle serait disposée à vous céder Trieste? » M. Orlando m’a répondu que, à son avis, nous avions été trop loin en déclarant à Saint- Jean-de-Maurienne qu’il serait inopportun d’engager aucune conversation à ce sujet. On pourrait, à son avis, causer ; mais ce qui blesserait l’Italie, ce serait qu’on causât en dehors d’elle et que, si l’Autriche devait faire des concessions pour obtenir la paix, elle les fît « à travers les alliés de l’Italie ». Je n’ai pas insisté, et la conversation s’est tournée vers d’autres sujets, notamment sur la détresse de l’Italie en ce qui concerne le charbon qui va manquer pour continuer la guerre, si on ne lui vient pas en aide. » M. Barrère rappelait, le 20, qu’il avait prévenu que M. Orlando ne parlerait pas uniquement de charbon et chercherait à connaître les dispositions qu’éveillaient en Angleterre et en France les amorçages autrichiens : « C’est en prévision d’un tel sondage de sa part, que j’avais appelé l’attention sur l’inconvénient qu’il pouvait y avoir à ce qu’il rapportât dans son pays l’impression que les avances de Vienne ne laissent pas la France et l’Angleterre insensibles. Mieux eût valu, de la part de M. Lloyd George, écarter ce sujet de sa conversation, car, même en accordant au ministre de l’Intérieur le bénéfice d’une franchise et d’une sincérité dont je ne saurais répondre, les vues qu’il a exprimées ne peuvent avoir qu’un caractère purement personnel. Elles sont, en effet, en contradiction avec l’attitude très nette que M. Sonnino a eue à Saint- Jean-de-Maurienne et avec les dispositions de M. Boselli. M. Orlando, en tenant le langage relaté dans votre télégramme, se sépare de l’avis exprimé catégoriquement par le ministre des Affaires étrangères et par le président du Conseil, et dont rien ne m’autorise à penser qu ils se

PRÉTENDUE DÉMARCHE DE l’iTALIE 107

tère purement militaire, il ne serait pas de rigueur que le roi se fît accompagner par un de ses ministres. Ce serait, bien entendu, à lui d’en décider. En tout cas, ce n’est pas le ministre des Affaires étrangères qui devrait venir, puisqu’on ne veut pas que l’entrevue puisse être interprétée comme une entrevue diplomatique.

Je vous prie d’y réfléchir, en attendant que je vous envoie par le télégraphe des instructions, après que j’aurai été mis au courant des sentiments de M. Lloyd George et sur le fond de l’affaire et sur l’opportunité d’un entretien entre les chefs d’État (1).

sont départis Cette divergence n’est pas pour me surprendre. Ma correspondance, depuis deux ans, a fait ressortir le fait que M. Orlando représente, dans le cabinet actuel, comme dans le précédent, un élément accessible à certaines défaillances et, à ce titre, suspect aux interventionnistes qui ont toujours été défiants, parfois ouvertement hostiles à son égard. Il est à prévoir qu’en rendant compte de ses conversations, il cherchera à les utiliser en faveur de la politique de transaction qui a ses préférences personnelles. Il contribuera ainsi, alors même qu’il ne le voudrait pas, à accentuer des soupçons que les interventionnistes italiens ne sont déjà que trop enclins à faire peser sur l’Angleterre et sur la France, que les neutralistes et les cléricaux insinuent, d’ailleurs, avec persistance et dont mes télégrammes ont signalé le danger. L’extension prise par cette rumeur tendancieuse m’a encore été démontrée hier par un propos de M. de Martine, secrétaire général de la Consulta, qui m’a été rapporté et d’après lequel « la France et l’Angleterre seraient portées à protéger l’Autriche ». Malgré le langage tenu par M. Orlando, on ne peut donc considérer que la question des pourparlers avec l’Autriche, avant que cette puissance soit sufïisamment vaincue pour en passer par les conditions auxqp^ielles tiennent les interventionnistes italiens, restent posés dans les termes quë j’ai cherché à définir dans un récent télégramme (15 mai). La recherche prochaine d’une paix séparée qui ne pourrait se faire qu’au prix d’une transaction dont l’Italie ferait les frais, comporte pour nous et pour les Anglais, de ce côté-ci, des risques immédiats et futurs dont la mesure seule est sujette à incertitude. »

(1) La lettre suivante était adressée en même temps par le président du Conseil à M. Lloyd George :

« 20 mai 1917.

« Cher monsieur Lloyd George,

« Le prince S... doit se rendre demain à Londres. Il vous communiquera une lettre autographe que vous lirez avec intérêt. Nous avons répété au prince qu’il nous était impossible de lâen faire en dehors de l’Italie, Je persiste à penser que la démarche dont il est

JOURNAL d’aLEXANDRE RIROT

M. Barrère à M. Ribot.

Rome, 24 mai 1917.

Je considère comme indispensable que l’ambassadeur d’Angleterre soit chargé de présenter, en même temps que moi, au gouvernement italien, de la part de son souverain, l’invitation faite au roi d’Italie. Car si nous nous abstenons d’associer le gouvernement britannique à une invitation que nous formulerions, nous supporterions seuls, de ce fait, la responsabilité des conséquences d’une entrevue politique qui peut être très grave particulièrement à l’égard de l’Italie. Je vous serais donc reconnaissant de provoquer

qxiestion dans la lettre n’a pas pu être autorisée par le roi. Il me semble indispensable d’en avoir le cœur net. Le plus simple serait d’en parler au roi lui-même, et pour cela de l’inviter à venir en France rendre visite à notre armée et à l’armée britannique, ce qui permettrait d’arranger, sans é'veiller les soupçons, une entrevue entre lui, S. M. le roi de la Grande-Bretagne et le président de la République. Vous pourriez accompagner Sa Majesté britannique, de même que j’accompagnerais M. Poincaré. On verrait s’il est possible d’engager une conversation avec quelques chances d’aboutir. Vous ne vous dissimulez pas qu’un accord sera très difficile ; nous ne pourrions, en effet, sacrifier ni la Serbie, ni surtout la Roumanie, qui n’est entrée en guerre qu’à notre demande. Nous devons en tout cas agir avec la plus grande prudence, et je crois que, jusqu’à nouvel ordre, les confidences qui nous ont été faites, et que nous avions le devoir d’écouter, doivent rester entre les seules personnes qui en ont eu, jusqu’à présent, communication. »

M. Lloyd George répondait (traduction) :

« Londres, 23 mai 1917.

« Cher monsieur Ribot,

« J’ai vu aujourd’hui votre informateur et l’ai conduit chez le roi. Ce dernier approuve votre suggestion d’arranger une entrevue en France entre les deux souverains et le président Poincaré, accompagnés de leurs ministres respectifs. Voulez-vous avoir l’obligeance de faire les démarches nécessaires pour inviter le roi d’Angleterre et le roi d’Italie à visiter le front français à une date prochaine? En invitant le roi d’Italie, on pourrait indiquer que le président Poincaré est très désireux d’avoir un échange de vues immédiat sur la situation de la Russie, au sujet de laquelle il aurait reçu des nouvelles particulières. Je redoute que, en ne disant pas au roi d’Italie qu’il existe quelque motif particulier pour une entrevue prochaine.

PRÉTENDUE DEMARCHE DE l’iTALIE

l’envoi à sir Rennel Rodd d’instructions lui prescrivant de se joindre à moi pour faire cette démarche auprès de M. Sonnino (1).

Si le roi accepte cette invitation, ce dont je ne saurais répondre, il se fera certainement accompagner par un de ses ministres et il y a les plus grandes chances pour que celui-ci soit le ministre des Affaires étrangères. Car le roi d’Italie étant, de par la constitution du royaume et par tempérament, le plus constitutionnel des monarques, ne prend aucune décision et même ne s’engage dans aucune négociation sans être couvert par son ministre responsable.

Enfin je pense que le gouvernement français a mûrement

il ne la recule de quelques semaines, alors que l’occasion qui s’offre actuellement peut avoir disparu. Nous devons, s’il est possible, concentrer nos efforts sur l’écrasement de la puissance militaire allemande. Aucune autre ne compte.

« Puis-je vous demander votre avis sur ces suggestions? Le messager spécial attendra la réponse.

« Mille félicitations pour votre admirable discours à la Chambre.

« Il a produit une grande impression de ce côté-ci. »

Il s’agissait du discours du 22 mai sur la paix « sans annexion ni indemnité ».

Le président du Conseil donnait immédiatement suite au projet de rencontre qu’il avait suggéré en envoyant, le 24, le télégramme suivant à M. Barrère :

« Me référant à la lettre personnelle que je vous ai envoyée par la dernière valise, je vous prie d’inviter S. M. le roi d’Italie, au nom du président de la République, à faire une visite au front français en même temps que le roi d’Angleterre. Le président et le roi d’Angleterre estiment qu’une conversation entre eux et le roi d’Italie au sujet de la révolution lusse et des conséquences qu’elle peut avoir sur la conduite de la guerre est urgente et indispensable. Il serait donc souhaitable que la visite du roi aux armées françaises eût lieu à une date aussi prochaine que possible. M. Lloyd George doit accompagner le roi d’Angleterre. J’accompagnerai moi-même le président et il appartient naturellement au roi d’Italie de désigner celui de ses ministres qui devra venir en France avec lui. »

(1) Paul Cambon était prié le 25, de demander au Foreign Office d’inviter sir R. Rodd à présenter au gouvernement italien « en même temps que M. Barrère, et de la part de son souverain », l’invitation au roi d’Italie : « Il importe, en effet, pour l’avenir, que l’Angleterre partage avec nous, aux yeux de l’Italie, l’initiative de cette entrevue. »

JOURNAL d’aLEXANDRE RIBOT

pesé les conséquences immédiates et futures que peut avoir le seul fait d’aborder, dans une conférence de cette nature et avec un tel éclat, les sujets visés par votre télégramme précité et par la lettre particulière à laquelle il se réfère et qui m’a été apportée par la valise de ce matin. Je n’en saurais exagérer la gravité, tant en ce qui concerne nos rapports d’aujourd’hui et de demain avec l’Italie, qu’en ce qui touche l’existence de la coalition.

Rome, 25 mai 1917.

Des bruits tendant à attribuer à la France et à l’Angleterre le désir de transiger avec l’Autriche se sont répandus sourdement en Italie depuis la fm de mars dernier. Ils ont circulé dans les milieux gouvernementaux, produisant une impression pénible et suscitant une défiance toujours prompte à s’éveiller ici, surtout à notre endroit. Les diplomates neutres les moins bienveillants ont recueilli ces bruits à Rome, en Suisse et autre part. Le Saint-Siège ne s’est pas fait faute de plaider la cause autrichienne auprès des Français de passage à Rome et de semer ainsi la suspicion entre les Italiens et nous.

Cela étant, toute ouverture faite au gouvernement italien en vue d’un accommodement éventuel avec l’Autriche le trouverait sur ses gardes autant qu’il est possible et, par quelque détour qu’elle fût amenée, elle serait pressentie ici avant même d’avoir été positivement formulée.

De tels sondages il resterait des traces profondes chez ceux sur qui ils seraient opérés et chez d’autres, beaucoup plus nombreux, qui en auraient la connaissance ultérieure.

Pour la France, plus que pour toute autre, les conséquences en seraient d’autant plus graves que les péripéties de la guerre ont rendu notre situation à l’égard de l’Italie plus difficile et plus délicate. Il ne faut jamais oublier que,

PRÉTENDUE DÉMARCHE DE l’iTALIE

par suite de notre situation géographique, des intérêts difficiles à concilier, des prétentions des nationalistes italiens, nous nous trouvons ici dans une situation beaucoup moins avantageuse que l’Angleterre, et que nous sommes tenus à l’égard de l’Italie à beaucoup plus de circonspection qu’elle. Nous aurions donc tout intérêt, dans des conjonctures d’une telle importance, à laisser, le cas échéant, aux hommes d’État anglais la responsabilité d’initiatives et d’idées dont M. Lloyd George paraît plus spécialement imbu, et à ne pas nous prêter à occuper les devants de la scène dans les questions où nous aurions plus à pâtir que leur pays et où la partie n’est vraiment pas égale.

J’ajoute que nous nous exposerions à de sérieuses déconvenues en comptant sur des rivalités de personnes, plus complexes ici que partout ailleurs, ou sur de certaines tendances encore trop imprécises pour rendre le gouvernement italien plus accessible aux amorçages pacifistes de l’Autriche. Il est vrai que M. Sonnino est toujours menacé, que M. Orlando a à l’égard de son collègue une attitude équivoque : M. Bissolati fait aussi son jeu personnel. Mais personne ne pourrait dire à quel point les ponts sont coupés ici entre les personnages politiques en compétition, non plus que la consistance de ceux qui se posent en rivaux du ministre des Affaires étrangères. Les uns et les autres ont à tenir compte de l’opinion publique, et les plus dociles à son égard pourraient bien être ceux qui paraissent en faire le moins de cas tant que leur responsabilité n’est pas engagée. Et il se pourrait que, de toutes les concessions possibles, celles contre lesquelles se cabrerait le plus l’opinion publique italienne fussent celles auxquelles l’Autriche tiendrait le plus et que l’union se fît sur ce terrain entre les rivaux de la veille.

Il est enfin une considération grave qu’il faut avoir présentement à l’esprit. De ce que l’Italie aurait obtenu de l’Autriche des concessions plus ou moins conformes aux

aspirations qui l’ont jetée dans la guerre, il ne s’ensuivrait pas qu’elle porterait toutes ses forces contre l’Allemagne, et rien ne serait plus propre à la retourner vers notre ennemie qu’une paix profitable dont elle pourrait rejeter la responsabilité sur les puissances occidentales et particulièrement sur nous.

M. Ribot à M. Barrère.

Paris, 26 mai 1917.

Vos préoccupations au sujet d’une prochaine conférence entre le roi d’Angleterre, le roi d’Italie et le président de la République ne me paraissent pas fondées. Comme je vous l’ai écrit dans une lettre personnelle, il vaut mieux s’expliquer franchement entre alliés que de laisser se produire des malentendus que nos ennemis ne manqueraient pas d’exploiter. Je considère comme tout à fait invraisemblable que le roi d’Italie se soit prêté, en dehors de M. Sonnino, à des démarches imprudentes. Je n’ai pas caché à M. Lloyd George mon sentiment à cet égard, non plus qu’au sujet de la possibilité de conclure une paix séparée avec l’Autriche- Hongrie. L’entrevue projetée doit avoir pour but et aura, je l’espère, pour résultat de dissiper les illusions que pourrait se faire le premier ministre d’Angleterre et d’empêcher de naître dans l’esprit du roi d’Italie et de ses ministres, aucun soupçon sur notre parfaite loyauté.

M. Barrère à M. Ribot.

Rome, 27 mai 1917.

Je suis tout à fait d’accord avec Votre Excellence sur l’invraisemblance du rapport d’après lequel le roi et le quartier général auraient fait la démarche à laquelle votre télégramme fait allusion. Mais notre insistance pour se rendre compte des dispositions du gouvernement royal à

PRÉTENDUE DÉMARCHE DE l’iTALIE 113

transiger avec l’Autriche- Hongrie risque d’être interprétée !

ici comme un désir de déblayer le terrain international

d’une partie des revendications italiennes, et de laisser à |

l’Italie la responsabilité de ne s’être pas prêtée à un accom- =

modement. Et cela pourrait être aussi interprété comme l’in- |

tention, de la part des puissances occidentales, de se prêter !

à une transaction. Si de telles impressions se produisaient j

dans les milieux politiques et dans l’opinion publique le !

mal en pourrait être irréparable. [

Le jour où l’Italie se montrerait disposée à des transac- S

tions avec l’Autriche, nous ne tarderions pas à le sentir, I

et ce serait à son gouvernement qu’il appartiendrait de (

le manifester. Or jusqu’ici le gouvernement italien, par [

la voix de son ministre des Affaires étrangères et du prési- ^

dent du Conseil, a déclaré qu’il considérait les amorçages |

de l’Autriche comme dangereux et ayant pour but de semer j

la discorde parmi les Alliés. Je crains toujours qu’en reve- |i

nant à la charge, comme c’est le désir du premier ministre ?

anglais, les soupçons dont la diplomatie franco-anglaise L

est déjà l’objet n’en fassent renaître de nouveaux et qu’il i-

n’en résulte des conséquences qui seraient beaucoup f.

plus dangereuses pour nous que pour l’Angleterre. î

Rome, 29 mai 1917. i.

L’ambassadeur d’Angleterre vient de me dire qu’il a ^

reçu de son gouvernement l’instruction d’appuyer auprès 5

de M. Sonnino l’invitation que je lui adresserais en vue I

d’une visite du roi d’Italie au front français. Les instruc- |

tions ne lui prescrivent pas d’indiquer les motifs de l’en- a

trevue. N’ayant pas reçu d’instructions complémentaires, |

je verrai le ministre des Affaires étrangères cet après-midi. I

Sir Rennell Rodd m’a confié qu’ayant vu M. Sonnino, il a déjà fait allusion à une entrevue possible des chefs d’État et que le ministre des Affaires étrangères lui avait donné l’impression qu’il doutait de son opportunité.

JOÜRNÀl. D^ALEXANDRE RiBOTT

Rome, 29 mai 1917.

Je viens de communiquer à M. Sonnino l’invitation du président de la République au roi d’Italie, en m’inspirant des termes de votre télégramme.

M. Sonnino m’a répondu qu’il transmettrait cette invitation à son souverain, mais qu’il tenait auparavant à présenter les observations suivantes dont il me priait de faire part à Votre Excellence :

« Cette entrevue, m’a-t-il dit, ne peut que nous être très sympathique, et le roi serait certainement fort heureux de se rendre à l’invitation du président de la République et de se rencontrer avec lui et le roi d’Angleterre. Des événements pourraient rendre prochainement une telle rencontre nécessaire et en faire résulter de sérieux avantages pour les Alliés. Mais ce que nous avons à apprécier maintenant n’est pas le principe de l’entrevue ; c’est son opportunité. Le moment actuel est-il bien indiqué? J’en doute pour les raisons suivantes :

« D’abord à cause des Russes : ils sont en train de se ressaisir un peu ; mais ils n’en sont que plus sur leurs gardes contre toute apparence de vouloir traiter les affaires en dehors d’eux : il n’est pas de notre intérêt d’éveiller leurs soupçons, de leur fournir des griefs même illusoires. Or, si le président de la République, le roi d’Italie et le roi d’Angleterre se réunissent dans peu de jours, leur réunion ne pourrait avoir qu’un grand retentissement, et les Russes en tireraient la conclusion que nous les tenons à l’écart et ne les traitons pas en alliés.

« En second lieu nous avons, bien qu’à un degré moindre, à tenir compte de l’Amérique : elle fait désorniais la guerre au même titre que nous. Elle ne nous a pas demandé d’être initiée à toutes nos négociations, mais elle pourrait prendre ombrage d’une rencontre dont l’éclat serait si grand et à laquelle elle serait étrangère. Je reconnais que les suscep-

PRÉTENDUE DÉMARCHE DE l’iTALIE 115

tibilités américaines seraient moins graves que les russes ; mais il est inutile quand même de nous y exposer en ce moment.

« La troisième observation résulte du mouvement des idées à l’heure actuelle. La forme des gouvernements est mise en cause un peu partout : il y a dans tous les pays une certaine fermentation socialiste. Le moment est-il bien choisi pour mettre en avant la personne des trois chefs d’État?

« En quatrième lieu, il y a la question du roi de Grèce. Ne marquez pas de surprise avant que je me sois expliqué. Le maintien sur le trône ou la déposition du roi Constantin sont un objet de discussion et d’incertitude. D’un jour à l’autre, sa situation peut être réglée, soit par l’application de ce que nous avons envisagé à Saint- Jean-de-Maurienne, soit à la suite de l’occupation éventuelle de la Thessalie, soit d’une autre manière (1). Conviendrait-il, en réunissant actuellement les trois chefs d’État alliés, d’inspirer au public l’opinion fausse que le président de la République, le roi d’Italie et le roi d’Angleterre ont contribué soit à maintenir sur le trône, soit à déposer le roi de Grèce? Je ne le crois pas.

« Je vous prie de transmettre ces observations à votre gouvernement dans l’esprit même où je les formule, c’està-dire dans un esprit sympathique, les objections ne portant que sur l’opportunité de cette réunion en ce moment. »

Rome, 30 mai 1917.

Mon collègue a fait ce matin auprès de M. Sonnino la démarche qui lui a été prescrite par son gouvernement pour appuyer mon ouverture d’hier. Le ministre des Affaires étrangères lui a répondu exactement dans les mêmes termes

(1) Le président du Conseil se mettait d’accord, à Londres, le même jour, avec le gouvernement anglais.

116 JOURNAL d’aLEXANDRE RIBOT

qu’à moi. Sir R. Rodd a télégraphié cette réponse au Foreign Office.

Rome, l®"" juin 1917.

Sir R. Rodd a reçu un télégramme de son gouvernement dans lequel celui-ci, tout en reconnaissant la force des arguments invoqués par M. Sonnino, persiste quand même à croire que, pour des raisons sérieuses, motivées par l’état de la Russie, cette réunion est nécessaire : le gouvernement anglais prie donc le ministre des Affaires étrangères de faire parvenir l’invitation au roi Victor-Emmanuel. M. Sonnino a répondu à mon. collègue anglais qu’il attendait, pour déférer à ce désir, l’avis du gouvernement français concernant les observations qu’il avait faites et que j’ai rapportées à Votre Excellence. Il a ajouté que, le gouvernement devant être consulté en cas de voyage du roi en dehors du territoire national, il aurait à soumettre la question au cabinet comme au roi, et il n’a pas caché à sir R. Rodd qu’il maintiendrait ses objections (1).

(1) Le prince Sixte quittait Londres le 5 juin, après avoir eu, la veille, une dernière entrevue avec M. Lloyd George. Celui-ci avait écarté l’idée d’un voyage au front italien du roi d’Angleterre et du président de la République.

En rendant compte à W. Martin de son séjour à Londres (note du 16 juin), le prince commençait son récit en avançant qu’il avait communiqué à M. Lloyd George la lettre de l’empereur « ainsi que la note du comte Czernin ». Cette note qui eût associé le gouvernement austro-hongrois à la démarche du souverain, en lui donnant par surcroît la précision qui lui manquait, n’a été en réalité communiquée ni à M. Lloyd George, ni au président de la République. Interrogé par notre ministre des Affaires étrangères Pichon, au moment de l’incident Czernin-Clemenceau, le premier ministre britannique a déclaré catégoriquement que le prince ne lui avait remis aucune note du comte Czernin. Le président de la République a affirmé de son côté, à plusieurs reprises, que cette note ne lui avait été ni lue ni montrée. Elle ne pouvait pas l’être. Le livre du prince Sixte en donne le texte autographe, ainsi que la traduction qu’il en avait faite pour être lue au président de la République. On a déjà fait observer que l’introduction dans le paragraphe 3 d’une phrase qui manque dans l’original, en altérait le sens. Une traduction correcte eût donné : « Une réponse définitive ne pourra être donnée qu’après adhésion aux deux conditions ci-dessus énoncées, parce qu' alors seulement V Autriche-

PRÉTENDUE DÉMARCHE DE l’iTALIE 117

Il résulte de propos tenus par un homme politique en relations personnelles avec le général Cadorna, à un journaliste italien qui me les a rapportés, que le commandant en chef est en garde contre l’effet possible d’avances autrichiennes sur les dispositions de certains des pays alliés. L’article paru, il y a quelque temps déjà, dans VŒiwre et relatif à l’Autriche a été signalé au général Cadorna et représenté, contre toute vraisemblance, cômme inspiré. Il lui a été dit que le gouvernement français, s’étant rendu compte de l’impossibilité de percer le front occidental, voudrait amener l’Autriche à une paix séparée, pour isoler l’Allemagne et arriver ainsi à la paix générale. Le général Cadorna se déclare contraire à la paix séparée autrichienne parce que, de cette manière, les buts de guerre de l’Italie ne pourraient être atteints. Il pense que ces buts ne peuvent l’être que par la victoire de l’Italie sur l’Autriche- Hongrie. Je serais reconnaissant à Votre Excellence de conserver à cette information un caractère strictement secret.

Rome, 3 juin 1917.

Toute la presse italienne depuis la fin de mai est remplie d’allusions aux tentatives pacifistes de l’Autriche et à la faveur qu’elles rencontreraient en France et en Angleterre.

Le C arriéré delta Sera du 31 mai publie sous le titre Delenda Austria une longue correspondance de Genève signalant l’indulgence que l’Autriche rencontre dans certains milieux de l’Entente : réfutant les raisons de cette indulgence et, notamment, la principale d’entre elles, l’illusion que la monarchie austro-hongroise puisse jamais faire contrepoids à l’expansionnisme allemand ; insistant sur

Hongrie pourra entrer en pourparlers avec ses alliés. » Le prince avait écrit : « Aussitôt que les deux conditions sus-mentionnées auront été acceptées par l’Entente, l’Autriche- Hongrie pourra conclure sa PAIX SÉPARÉE AVEC l’Entente. Alors seulement elle mettra ses alliés actuels au courant de la situation. » Voir Gh. Appuhn, Revue politique et parlementaire, 10 mars 1921.

JOURNAL d’aIÆXANDRE RIROT

l’extrême activité en Suisse de nombreux agents autrichiens, dames, prélats, personnages à blasons bourbonniens ; affirmant que cette activité ne peut exister sans l’assentiment de Berlin ; citant la présence à Genève de M. de Montlong, ancien chef de la presse au Ballplatz ; concluant que l’Autriche est un formidable atout entre les mains de l’Allemagne pour la paix comme elle l’a été pour la guerre. Le journal fait suivre cette correspondance d’un commentaire qui en accentue les tendances et les conclusions.

Le Giornale cVItalia du 30 mai publie un article intitulé : L'Allemagne tente de sauver l'Autriche, où il signale le rôle de M. de Montlong à Genève, la campagne d’opinion auprès des neutres et des Alliés, les intrigues visant particulièrement les milieux catholiques et tendant à prouver que seule une paix qui sauve l’Autriche peut convenir à la catholicité. Le même journal revient le juin sur ce sujet. L'Idea Nazionale consacre à cette question deux articles des et 2 juin et une correspondance de Berne. On y remarque des insinuations relatives aux diplomates amis de VŒuvre, très nombreux en France et aussi en Angleterre... Le Secolo du juin publie un article intitulé : Le sauvetage de V Autriche, où il exprime l’espoir que « la perfidie ennemie ne s’insinuera pas dans le territoire moral de l’Entente ». La Perseveranza du 22 mai note les négociations de Goluchowski, de Mensdorfî et de Montlong. Le même journal, le 31 mai, dans un article intitulé : Metternich travaille, signale des tentatives directes et indirectes auprès de la France et de l’Angleterre, — de la France surtout. Le Corriere d' Italia du 2 juin, journal catholique, fait allusion aux mêmes intrigues ; le Giornale di Sicilia, le Secolo annoncent les efforts du Vatican pour sauver l’Autriche.

Simultanément à cette campagne de presse se poursuit une campagne de rumeurs. On fait courir à Rome le bruit qu’un homme d’État français se serait récemment abouché à Genève avec des émissaires autrichiens (1).

(1) Le 27 mai, Jules Cambon avait déjà prévenu l’ambassadeur que, de source secrète et sûre, il résultait qu’à deux reprises des avis officiels venus de Paris avaient affirmé de la façon la plus positive à M. Sonnino que M. Briand s’était rendu en Suisse pour entrer en

PRÉTENDUE DÉMARCHE DE l’iTALIE 119

Le même bruit me revient de Gênes et de Milan. Un voyageur français en a fait part à M. Mussolini, directeur du Popolo (Tltalia^ et personnalité socialiste interventiste influente. Notre consul général à Gênes me transmet un renseignement d’après lequel le général Porro, sous-chef d’état-major général, aurait envoyé à Paris deux secrétaires pour le renseigner. De même source il m’est rapporté que le directeur d’un journal catholique de Milan, qui est en rapport avec le ministre catholique Meda, se proposerait de se rendre à Paris, d’accord avec le chef du service des renseignements du ministère de la Guerre : ceci indiquerait l’intention de réunir des informations à notre endroit.

Je ne peux, en transmettant ces indications à Votre Excellence, que lui signaler de nouveau à quel point les défiances sont en éveil ici à l’égard des puissances occidentales alliées.

Rome, 4 juin 1917.

II m’est rapporté de bonne source que le père Tacchi- Venturi, secrétaire général de la Compagnie de Jésus, récemment revenu de Suisse, où il s’est abouché avec le père Ledochowski, général des jésuites, et avec des religieux de cet ordre (1), propage dans les milieux de presse l’opinion que le gouvernement autrichien désirerait s’émanciper de l’Allemagne, et pourrait être induit à transiger avec l’Italie en cédant à celle-ci le Trentin en toute propriété et en lui reconnaissant « la haute souveraineté » sur Trieste. Il fait valoir en même temps l’influence qu’exercerait une action diplomatique du Saint-Siège poussant l’Autriche • à déclarer nettement à l’Allemagne son désir de faire la paix, et il prétend qu’il conseillera une telle action au

rapport avec des émissaires autrichiens. Le ministre des Affaires étrangères italien avait pris cette fausse rumeur au sérieux et avait demandé d’urgence au ministre d’Italie à Berne de lui faire un rapport sur la mission de M. Briand.

(1) La direction de l’ordre s’était établie à Zizers, près de Coire,

JOURNAL d’aLEXANDRE RIBOT

pape (1). Il convient d’observer à cet égard que le zèle austrophile du Saint-Siège, si réel et actif fût-il — et la preuve n’en est pas à faire — n’a amais exclu cependant de graves ménagements envers l’Allemagne et ne saurait par conséquent amener le Vatican à donner à Vienne des conseils de rupture avec Berlin.

Les propos rapportés plus haut sont à signaler surtout comme manifestation de l’activité qu’on déploie dans les milieux de la curie pour prédisposer les esprits dans les pays de l’Entente à un accommodement avec l’Autriche.

Les ecclésiastiques français qui résident à Rome ou qui y passent en savent quelque chose. Ces efforts se coordonnent avec des manœuvres catholiques à l’étranger, en Suisse notamment, sur lesquelles la presse interventionniste italienne appelle l’attention depuis quelques jours.

il/. Ribot à M. Barrère.

Paris, 4 juin 1917.

Il me semble nécessaire que vous ayez avec M. Sonnino un entretien confidentiel pour dissiper les malentendus qui semblent exister dans son esprit au sujet de nos intentions.

Nous avons le plus sincère désir de rester d’accord avec l’Italie et d’exécuter loyalement tous les engagements que nous avons pris envers elle. M. Sonnino en aura la preuve quand nous pourrons le mettre au courant des tentatives qui ont été faites auprès de nous pour nous induire à des négociations au sujet d’une paix séparée avec l’Autriche-Hongrie. Une visite prochaine du roi d’Italie au front français et au front britannique nous eût fourni l’occasion de nous expliquer en toute franchise, en même temps qu’elle eût attesté la solidité de notre entente, en vue d’une

(1) Une dépêche de presse partie de Rome le même jour annonçait publiquement les intentions de l’illustre historien,

PRÉTENDUE DÉMARCHE DE l’iTALIE 121

continuation énergique de la guerre. M. Sonnino ne croit pas que les circonstances soient favorables. Nous n’insistons pas, en ce qui nous concerne, tout en regrettant la décision du ministre des Affaires étrangères. Mais nous tenons à ce qu’il ne reste aucun doute dans l’esprit de M. Sonnino sur notre volonté bien arrêtée de ne rien faire en dehors de lui.

Je ne vois aucun inconvénient à ce que vous démentiez les bruits répandus en Italie sur une prétendue mission de M. Briand en Suisse. Ici même ces bruits ont couru et M. J. Cambon les a démentis près de M. Salvago Raggi qui l’interrogeait à ce sujet.

Il résulte du reste de renseignements sûrs que l’ambassadeur d’Italie à Paris recueille toutes les fausses nouvelles qui sont ici odieusement répandues et les transmet soigneusement à son gouvernement sans tenir compte des assurances contraires qui lui sont données (1).

M. Barrère à M. Ribot.

Rome, 5 juin 1917.

J’ai eu avec M. Sonnino l’entretien confidentiel que Votre Excellence m’avait prié d’avoir avec lui et qui était en effet tout à fait nécessaire.

J’ai commencé par aborder la question de Salonique... (2)

(1) M. Barrère devait expliquer, en même temps, au ministre des Afîaires étrangères que la France n’avait pu empêcher l’Angleterre de retirer une division d’infanterie du front de Saloniqfue. La question de la Grèce s’était trouvée ainsi liée à celle du retrait d’une partie du corps expéditionnaire.

(2) Le ministre italien consentait à maintenir intégralement le contingent italien de l’armée d’Orient jusqu’à ce qu’une conférence prévue pour le mois de juillet et à laquelle l’Italie participerait ait statué sur les mesures à prendre d’un commun accord.

Sur la Grèce, il avait considérablement atténué les réserves qu’il avait faites précédemment en ce qui concerne les mesures décidées à Londres.

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J’ai dit ensuite à M. Sonnino que le principal intérêt que Votre Excellence avait vu à la rencontre des trois chefs d’État sur le front français était d’attester solennellement la solidarité de leurs pays et leur résolution de pousser énergiquement la guerre. Mais je lui ai fait connaître qu’en raison des objections élevées par lui contre cette entrevue, vous n’insistiez pas à ce sujet. Il s’est montré très sensible à cette déclaration et m’a prié particulièrement de vous remercier d’avoir tenu compte de ses objections, en insistant de nouveau sur ce qu’elles ne visaient que l’opportunité, non pas le principe de l’entrevue, qui pourrait au contraire présenter de grands avantages quand les circonstances s’y prêteraient.

J’ai abordé alors la question des amorçages autrichiens, et, mettant notre loyauté absolue hors d’affaire, j’ai dit à M. Sonnino qu’il ne pouvait pas douter de notre résolution de tenir tous nos engagements envers l’Italie, de rester en étroit accord avec elle et de continuer la guerre dans ces mêmes dispositions. Il m’a répondu qu’il n’en doutait pas en effet, qu’il était heureux de pouvoir me donner l’assurance que lui-même et le gouvernement dont il fait partie étaient également résolus à tenir tous leurs engagements envers les Alliés et de continuer la guerre en étroit accord avec eux, même si la Russie ne pouvait plus y participer.

Enfin, prenant prétexte des articles de journaux relatifs aux intrigues pacifistes de l’Autriche, j’ai profité de l’occasion pour démentir le faux bruit attribuant à M. Briand des contacts avec des émissaires autrichiens en Suisse. M. Sonnino m’a répondu que cette rumeur était venue jusqu’à lui et qu’il avait pu constater déjà qu’elle était fausse.

Cette conversation a eu le caractère le plus cordial, et m’a laissé l’impression que cet échange d’explications avait éliminé dans l’esprit du ministre des Affaires étrangères, du moins, jusqu’à nouvel ordre, les malentendus qui nous

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divisaient. M. Sonnino a terminé en disant que nous devons en bons alliés éliminer les incidents que la force des choses et les événements pourraient faire surgir et qu’il me priait de considérer comme répondant exactement au sentiment du gouvernement italien les propos que nous avions échangés en vue de poursuivre énergiquement la guerre.

Le gouvernement anglais estimait qu’il ne pouvait laisser plus longtemps le gouvernement italien dans l’ignorance des démarches du prince Sixte ; il faisait remettre le 9 juin au président du Conseil la note suivante (traduction) :

« Le gouvernement de Sa Majesté croit savoir que le gouvernement français a informé le gouvernement italien que devant l’opinion très arrêtée de ce dernier en ce qui concerne le projet de rencontre des chefs des États alliés, opinion exprimée par le ministre des Affaires étrangères d’Italie, il n’avait pas l’intention d’insister sur son invitation, tout en maintenant son point de vue qu’une telle entrevue eût contribué utilement à donner une preuve publique de solidarité.

« Le chargé d’affaires de Sa Majesté a reçu pour instruction de lord Robert Gecil d’informer M. Ribot qu’il semble au gouvernement de Sa Majesté que la responsabilité de conserver hors de la connaissance du gouvernement italien des informations affectant de manière aussi directe des intérêts italiens et d’une importance si vitale pour la cause des Alliés, est trop grande pour que la France et l’Angleterre puissent l’assumer.

« Le gouvernement de Sa Majesté se prononce donc toujours énergiquement en faveur d’une réunion très prochaine sinon des chefs, du moins des ministres des États alliés.

« Il semble au gouvernement de Sa Majesté qu’il y aurait sinon de sérieux motifs de plainte de la part du gouvernement italien de n’avoir pas été mis au courant des faits de la présente situation.

« Le gouvernement de Sa Majesté suggère donc au gouvernement italien qu’il serait opportun de provoquer une rencontre des représentants français, anglais et italien ; oettç rencontre pourrait avoir lieu dans quelque ville

JOURNAL d’aLEXANDRE RIBOT

française près de la frontière italienne ou, si l’on préfère, dans une ville anglaise.

« M. George Graham est chargé d’exprimer à M. Ribot le très vif désir qu’a le gouvernement de Sa Majesté de voir adopter par le gouvernement français la même ligne de conduite. »

M. Barrère était prié le 11 d’appuyer la démarche du gouvernement anglais.

M. Barrère à M. Ribot.

Rome, 16 juin 1917.

L’ambassadeur d’Angleterre a fait hier à M. Sonnino la communication dont il avait été chargé par son gouvernement. M. Sonnino a répondu qu’il acceptait volontiers le rendez-vous, mais qu’en raison de l’ouverture de la Chambre et de la discussion qu’il y prévoyait, il lui était impossible de s’absenter de Rome avant le commencement de juillet.

En me faisant part de cette réponse, sir R. Rodd a ajouté très confidentiellement que, dans la journée d’hier, M. Sonnino lui a envoyé son chef de cabinet pour lui dire qu’il espérait que le sujet dont il s’agissait de parler à cette conférence n’était pas la paix séparée avec l’Autriche : car, dans ce cas, cela ne lui conviendrait pas du tout.

L’ambassadeur s’était rendu le matin chez M. Sonnino qui acceptait en principe. Le ministre avait exposé les raisons qui l’empêchaient de quitter Rome. Il lui paraissait désirable qu’on lui fît connaître les questions qu’on avait l’intention de traiter, ajoutant que si, à ce sujet, les Alliés avaient une communication particulièrement confidentielle à lui faire, il répondait de son secret le plus absolu.

Il ne devait pas être donné suite à la démarche du gouvernement anglais. Mais M. Sonnino venait à Paris à la fin de juillet pour assister à une conférence destinée à empêcher l’Angleterre de poursuivre le retrait de ses troupes de Salo-

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nique. Le président du Conseil le mettait au courant des démarches du prince Sixte :

Note de M. Ribot.

* 25 juillet 1917

Après m’être mis d’accord avec M. Lloyd George, j’ai donné communication des pièces qui précèdent à M. Sonnino.

Celui-ci m’a déclaré que tout ce qui concerne les prétendues démarches de l’Italie pour demander la paix était de pure invention.

Il est convaincu que l’empereur d’Autriche est d’accord avec l’empereur d’Allemagne et qu’en s’adressant à la France et à l’Angleterre, il a eu pour but de séparer ces deux puissances de l’Italie.

Ce qui suffit à prouver que l’Autriche n’a aucune intention de se brouiller avec l’Allemagne, c’est que dans la première lettre, l’empereur Charles parle d’user de son influence auprès de son allié pour nous faire restituer l’Alsace-Lorraine.

LA PAIX « SANS ANNEXION NI INDEMNITÉ » ET LES PASSE- PORTS POUR STOCKHOLM. SOLUTION DE LA QUESTION GRECQUE.

La Chambre avait repris ses séances le 22 mai :

Le président du Conseil faisait remettre à plus tard la discussion des interpellations sur l’offensive du 16 avril. Mais il s’expliquait, dès le premier jour, sur la formule de paix « sans annexion ni indemnité » que venait de s’approprier le nouveau gouvernement russe.

Un congrès socialiste international était, d’autre part, convoqué à Stockholm par le comité hollando-scandinave et la situation des socialistes majoritaires français devenait difficile au sein de leur parti. Dans le souci aussi de ne pas abandonner les socialistes russes à la propagande allemande que ne laisseraient pas de faire parmi eux les socialistes majoritaires allemands, ils avaient décidé, après entente avec Albert Thomas, de proposer au congrès national socialiste qui se réunirait le 27, de ne pas décliner formellement l’invitation, mais de la soumettre à des conditions, telles que la recherche des responsabilités de la guerre, qui ne pourraient être acceptées par les socialistes majoritaires allemands.

Dès le 22, le président du Conseil faisait état d’un télégramme de M. Terestchenko qu’il venait de recevoir. Le ministre russe rendait hommage au désintéressement de la France, à l’élan par lequel elle s’était jetée dans la guerre par fidélité aux traités, à l’effort qu’elle poursuivait pour retenir vers l’ouest la pesée de l’ennemi et permettre à la Russie de reconstituer ses forces : il se portait garant de la volonté de la Russie de ne pas abandonner la lutte et de ne pas faire de paix séparée... Le président du Conseil démontrait que la dangereuse formule de paix

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« sans annexion ni indemnité » n’avait pas de sens en ce qui concernait la restitution de l’ Alsace-Lorraine et la réparation des dommages causés aux provinces envahies par l’agression allemande.

21 mai.

A la Commission de l’armée : exposé de Painlevé, très bien accueilli. J e déclare que le ministère a été unanime ; je demande que les interpellations soient retardées et je m’explique sur la procédure en comité secret ; bonne impression. Conversation avec Renaudel.

22 mai.

Rentrée de la Chambre : entente avec la délégation des groupes sur l’ordre des interpellations.

Je m’explique devant la Chambre sur les interpellations, en particulier sur celle de Renaudel relative aux buts de guerre.

Renaudel m’avait demandé la veille d’accepter la discussion pour vendredi : j’ai refusé parce que j’aurais eu l’air de m’être accordé avec lui pour lui fournir des arguments en vue de la discussion de dimanche au congrès national socialiste. Il a compris ma raison ; mais il insistera pour avoir un jour. Nécessité, dit-il, de s’expliquer clairement et de rompre avec ceux qui veulent une politique de conquêtes : si on ne le fait pas, on va au-devant de défections et de troubles graves dans le pays. J’aborde spontanément la question devant la Chambre. J’ai reçu deux heures avant la séance un télégramme de Terestchenko dont je me sers à la tribune : grand effet de mes déclarations ; applaudissements de tout le parti socialiste et de toute la Chambre ; félicitations de Barthou. Renaudel est content. On trouve que j’ai été habile de prendre les devants. Mon discours aura un grand retentissement : il refait, pour le moment, l’unité dans la Chambre.

Briand n’a assisté qu’au début de mon discours : il est

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