LA PAIX SANS ANNEXION NI INDEMNITÉ
resté dans les couloirs. Il me parle avec embarras de l’échange des lettres à Pétrograd et de la campagne qui se fait contre le président de la République à propos de ces lettres.
23 mai.
Excellente tenue de la presse. J’ai fait télégraphier mon discours à Pétrograd et dans les principales ambassades.
24 mai.
Des attaques se dessinent dans certains journaux à propos de l’incidente de mon discours où j’ai parlé du développement de l’Allemagne et du droit qu’ont tous les peuples de vivre... — Briand en a dit autant en novembre 1915.
Articles de Clemenceau, Bérenger, Berthoulat...
Mon discours reflète l’opinion générale à l’armée comme dans le pays. On m’aflirme que partout mon nom est bien accueilli : hier, en revenant de saluer, à leur retour, le maréchal Joflre et Viviani (1), j’ai été salué et acclamé par la foule.
Il y a à Paris du mécontentement et un commencement d’agitation à cause de la vie chère et des mesures hésitantes de Viollette. Grève des midinettes ; nous leur accordons la semaine anglaise.
(1) Jusserand écrivait le même jour : « Notre mission a eu ici un succès merveilleux ; son passage aura laissé une trace durable, ce n’aura pas été celui d’un météore... Vous ne pouvez que vous féliciter des choix faits et des résultats obtenus ; car ces résultats n’auront pas été seulement de l’ordre sentimental. Une grande démocratie, si éloignée du champ de guerre, qui n’a jamais fait la guerre en Europe, qu’aucun irrédentisme ne pousse, dont toutes les tendances sont pacifiques, risque naturellement de ne se mettre en mouvement qu’avec lenteur. La mission aura puissamment contribué à presser le réveil. Elle aura sonné la diane. L’amiral Ghocheprat et M. de Chambrun ont eu aussi leur part de succès : charmants et bien informés tous deux. Sans parler du prestige que lui valait son ancêtre, l’inépuisable bonne grâce et bonne humeur de ce dernier a été précieuse. »
JOURNAL d’aLEXANDRE RIBOT
Discussion sur la guerre sous-marine : l’amiral Lacaze très attaqué. Tous les ministres de la marine le sont en ce moment : la vieille marine n’a pas prévu la guerre actuelle.
La grève des midinettes est terminée, mais d’autres grèves surgissent.
26 mai.
De l’inquiétude. Des cortèges dans Paris qu’il est temps d’interdire : ordres donnés au préfet de police. Insuffisance de la police parisienne : on va la renforcer (1).
Conférence avec Malvy, Viviani, Viollette : insuffisance de Viollette qui ne sait où il va.
Le président de la République assez nerveux à la suite des fausses nouvelles qu’on répand sur une prétendue correspondance avec le tsar, où il aurait poussé à la guerre : il voulait faire ouvrir une instruction ; nous l’avons déconseillé.
Le président de la République écrivait le matin au président du Conseil :
« Je crois devoir vous signaler qu’une agitation singulière s’est répandue dans les Chambres et dans certains milieux parisiens à la suite des déclarations de M. Terestchenko et de l’annonce de négociations engagées avec lui pour « la révision d’accords antérieurs ». Les imaginations ont travaillé sur ce thème, et les bruits les plus étranges sont maintenant colportés. Clemenceau parle ce matin d’ « arrangements de paix et de guerre inconnus des pouvoirs responsables », et il attribue à Doumergue, qui n’en peut mais, la cession de Constantinople à la Russie. M. Victor Basch a téléphoné ce matin qu’à la Ligue des droits de l’homme il y avait une vive effervescence et qu’on
(1) Le préfet de police Laurent était lui-même remplacé le 3 juin par le directeur de la sûreté générale, M. Hudelo. Le directeur du cabinet du ministre de l’Intérieur, M. Ley marie, allait assurer l’intérim de la Sûreté générale ; il devait être titularisé plus tard.