‹ Journal d'Alexandre Ribot et correspondances inédites 1914-1922Chapitre 16 sur 24 · LA CONFÉRENCE DES BALKANS · texte numérisé non relu

LA CONFÉRENCE DES BALKANS

n’a pas voulu en démordre et, au moment de rentrer en séance générale, j’ai dû déclarer que j’allais constater le désaccord : alors Lloyd George nous a donné le choix ou de laisser carte blanche à l’Angleterre pour le retrait d’une division, — étant entendu que ce retrait n’aurait lieu que dans un mois, — ou de continuer la conversation à Londres, ce que nous avons accepté.

Sur la question de l’occupation militaire de territoires grecs par les Alliés, nous avons pu nous mettre d’accord, non sans une résistance de Sonnino qui voulait garder le triangle entre la route de Santa-Quaranta et l’Épire, sans y laisser rentrer les autorités civiles... Lloyd George fit, à ce sujet, une sortie très vive, disant à Sonnino qu’il fallait se conduire en gentleman à l’égard des petits... Finalement Sonnino acquiesça à une proposition du ministre de Grèce Romanos de rétablir les autorités civiles sous l’autorité d’un commissaire hellénique.

En dehors de la conférence, nous avons eu des conversations, dans mon cabinet, qui n’ont abouti à aucune conclusion précise... Sur la demande de Lloyd George, j’ai communiqué à Sonnino toutes les pièces secrètes des conversations avec le prince Sixte : je n’ai rien voulu dissimuler. Sonnino m’a dit qu’à son avis l’empereur d’Autriche était d’accord avec l’Allemagne pour essayer de nous diviser. Il repousse avec énergie l’assertion que le gouvernement

dorna. Si les trois généraux s’étaient mis facilement d’accord quant à la conduite à tenir sur les autres fronts, leur divergence d’opinion sur le front d’Orient avait nécessité la rédaction de deux notes. Celle du général Robertson reproduisait les arguments du gouvernement anglais. Celle du général Foch, présentée en son nom et au nom du général Cadorna, considérait que les événements de Grèce avaient amélioré notre situation dans les Balkans — mais que les divisions grecques ne renforceraient le front de Salonique qu’au début de 1918. 11 fallait donc se garder contre une attaque des Allemands qui pouvaient rechercher, en fin d’année, un succès facile à obtenir, conformément à leur tradition, et la situation créée par les derniers succès allemands en Galicie donnait encore plus de valeur à ce point de vue. Enfin l’occasion pouvait s’offrir encore ultérieurement de liquider la question d’Orient par une action décisive.

JOURNAL d’aLEXANDRE RIBOT

italien, le quartier général ou le roi aient autorisé aucune démarche pour obtenir la paix. J’ai toujours pensé que l’affirmation de l’Autriche n’était pas croyable.

Sur le fond, Sonnino dit qu’aucun gouvernement en Italie — fût-ce un gouvernement de socialistes officiels — ne pourrait faire la paix en abandonnant rien des prétentions de l’Italie.

Lloyd George n’a pas mis la question en discussion. Il a changé son fusil d’épaule ; il voudrait qu’on frappât un coup sur l’Autriche pour la contraindre à diminuer ses prétentions : la prise de Trieste serait décisive fl).

(1) Dans son exposé dn 21 juillet, l’état-major français s’était prononcé aussi en faveur d’une action énergique contre l’Autriche.

En raison de la force que représentait l’armée russe — de l’usure de l’ennemi qui ne présentait plus qu’une façade — des symptômes de lassitude et des fissures qui se révélaient dans le bloc des puissances centrales, il semblait « que des résultats décisifs pourraient être, dès à présent, obtenus si la coalition prononçait un effort particulièrement puissant contre l’Autriche » où les signes de faiblesse et de lassitude étaient le plus accentués. L’attaqpie contre l’Autriche par une action combinée des armées russe et italienne était en préparation... « Pour enlever aux forces allemandes leur liberté d’action, était-il ajouté, le seul moyen consiste à les attaquer sur le front occidental et la partie nord du front russe. Dans cet ordre d’idées, la bataille qui, depuis le printemps, n’a pas cessé sur le front franco-anglais, s’étendra et se développera par des opérations offensives importantes en préparation dans la zone britannique et la zone française. »

A la conférence du 24, malgré le désastre de Tarnopol, Foch, Robertson et Cadorna concluaient exactement de la même manière. Mais le 26, assistés de Pétain et de Pershing, ils en\isageaient une hypothèse plus proche de la réalité : la mise hors de cause de la Russie. Ils adoptaient les conclusions du travail d’état-major du 21 août. Il serait alors conforme aux principes mêmes de la guerre de réunir sur le front franco-britannique le maximum de moyens. On rappellerait progressivement les forces franco-anglaises de Salonique, tout en les maintenant sur place jusqu’au commencement de 1918, — afin d’éviter un désastre, tant que la Grèce n’aurait pas réorganisé ses divisions.

En calculant la rapidité avec laquelle l’Allemagne pourrait amener ses troupes vers le front occidental, en cas de défection de la Russie vers le 1®*' octobre, les Alliés conserveraient la supériorité jusqu’au 1®'' janvier 1918 ; puis ils la perdraient dans des proportions qui iraient en s’accentuant jusqu’au l®*" juin. A partir de cette date, la supériorité allemande tendrait à disparaître par suite de l’arrivée des contingents américains. C’est donc à cette date du 1®*' juin 1918 que la supériorité numérique de l’ennemi passerait par son maximum. Mais

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