‹ Journal d'Alexandre Ribot et correspondances inédites 1914-1922Chapitre 19 sur 24 · LETTRES · texte numérisé non relu

LETTRES

10 avril 1918.

Les nouvelles de la guerre dans le nord ne sont pas bonnes (1) : la divulgation par Clemenceau de la lettre de l’empereur d’Autriche (2), a, dans ces circonstances, une gravité qui n’échappe à personne. J’ai été voir hier le président de la République pour lui faire connaître mon sentiment : le sien est le même au fond. Il a fait des observations qui n’ont pas arrêté Clemenceau. On assure que Pichon était aussi d’avis de ne pas livrer à la presse le secret de ces pourparlers.

Il avril 1918.

Les Allemands trouvent de la résistance dans le nord. Mais ils ne renoncent pas à leur grand effort, et la situation reste grave. La presse autrichienne ne dit rien encore en réponse à la note de Clemenceau : on ne s’attendait pas au coup droit qui vient d’être porté et il doit y avoir quelque désarroi à la Cour de Vienne. Il semble, d’après ce que dit la presse allemande, que l’empereur d’Autriche aurait agi

(1) Après avoir enfoncé l’armée Gough le 21 mars, au point de liaison des armées française et anglaise, les Allemands venaient de faire porter leur second effort, le 9 avril, sur les rives de la Lys.

(2) De nouveaux entretiens Armand-Revertera, autorisés par Clemenceau, ayant été présentés par Czernin comme une amorce d’origine française, Clemenceau avait donné le 9 avril le sens de la première lettre de l’empereur Charles. Il en donnait le texte le 12. L’empereur allait tromper son ministre en prétendant que le passage de sa lettre relatif à l’ Alsace-Lorraine avait été falsifié.

LA FIN DE LA GUERRE

en mars 1917, sans avoir pressenti son allié de Berlin. Czernin lui-même connaissait-il la lettre qui nous a été communiquée ?

12 avril 1918.

La publication de la lettre de l’empereur d’Autriche va mettre ce souverain dans une piteuse situation. Il n’a pas cru que son beau-frère eût laissé une copie au président de la République, et il a eu la sottise de nier l’existence delà lettre... Je constate que l’opinion commence à se répandre que Clemenceau n’avait pas le droit de manquer à la promesse donnée, quelque indigne qu’eût été la conduite de Czernin et de l’empereur lui-même. Reinach, qui est venu me voir ce matin, m’a dit que Briand encourageait ce mouvement d’opposition. Clemenceau ne sera pas renversé en ce moment : les circonstances sont trop critiques ; mais je ne crois pas qu’il se soit fortifié en faisant cet éclat.

14 avril 1918.

Tout s’est bien passé ce matin à l’Élysée. Il est convenu que Clemenceau demandera à la commission des relations extérieures de la Chambre des députés de m’entendre.

Viollettem’a écrit pour protester contre l’ignorance où je l’ai laissé de la lettre de l’empereur et des conversations avec le prince Sixte. Je lui réponds comme il convient.

Meilleures nouvelles ce matin du front : on résiste à la poussée allemande, et on peut espérer que nous tiendrons. Milner est arrivé de Londres.

16 avril 1918.

Rien de nouveau, si ce n’est la démission de Czernin qui fait naturellement beaucoup de bruit. Clemenceau l’a obligé à s’en aller : c’est un beau coup... Il reste à savoir s’il était bien politique de blesser aussi cruellement l’empereur d’Autriche.

Clemenceau ira demain devant les commissions de la

JOURNAL d’aLEXANDRE RIBOT

Chambre, et vendredi devant la commission du Sénat. Il n’aura pas de peine à faire comprendre que la conduite que nous avons tenue était la seule à tenir. Je ne crains rien d’une discussion publique ; mais il vaudra mieux l’ajourner ou ne pas l’ouvrir du tout, si cela est possible. Balfour a refusé de rien dire et demandé qu’on n’engageât aucun débat... J’ai prié hier Gambon de venir me voir et de faire de ma part une communication à Clemenceau et au président de la République. Il est, au fond, entièrement de mon avis.

17 avril 1918.

J’ai vu hier Pichon, et j’ai essayé de lui faire comprendre que le gouvernement n’avait pas le droit de livrer tout le dossier aux commissions. Mais Clemenceau a son parti pris... Le prince Sixte a télégraphié au président du Conseil et au président de la République dans les termes les plus dignes.

18 avril 1918.

Clemenceau a été entendu hier par les trois commissions des relations extérieures, de l’armée et de la marine. Il y avait plus de 80 députés. On discute pour savoir si les pièces du dossier secret seront communiquées à toute cette foule ou seulement aux membres de la commission des relations extérieures, et on s’échauffe, paraît-il, sur cette question. Tout cela est pitoyable. Clemenceau aurait dû refuser les pièces. Il eût été suivi.

19 avril 1918.

Je vais tout à l’heure à la commission du Sénat pour l’affaire Czernin. J’ai reçu ce matin Barthou et Reinach, et j’ai correspondu par téléphone avec Franklin- Bouillon (1) qui se conduit très bien... On attaque surtout

(1) Président de la commission des Affaires étrangères de la Chambre.

LA FIN DE LA GUERRE

le président de la République à cause de la lettre qu’il m’a écrite et qui est tout ce qu’il y a de plus correct.

Reinach me dit que Briand qu’il a vu, tenait un très mauvais langage. Gomment sortirons-nous de làPL’Œwcre et la Vérité publient des articles abominables que la censure devrait arrêter. Que peut-on penser au front de toutes ces discussions? Vraiment le moment est bien choisi. C’est à croire qu’il passe un vent de fgHe.

24 avril 1918.

Clemenceau est de plus en plus critiqué. On trouve qu’il a agi avec légèreté. Sur le fond de l’affaire, on voudrait se persuader qu’à un moment quelconque nous aurions pu faire la paix. La fatigue de la guerre, l’incertitude où nous sommes de la date à laquelle la guerre finira, disposent beaucoup d’esprits à croire qu’on aurait peut-être pu accepter les offres de Charles I®^. Gela ne résiste pas à l’examen. Mais le public n’a pas les éléments d’une décision raisonnée, et c’est en cela que la publication de la lettre a été dangereuse.

On s’attend à une reprise violente de l’offensive allemande et on ne pense plus qu’à cela. Du résultat dépendra la suite des petites intrigues parlementaires.

30 avril 1918.

Je sors de la Chambre des députés. La commission des relations extérieures très nombreuse m’a fort bien accueilli. J’espère que cette affaire sera bientôt liquidée par une déclaration du gouvernement que j’ai déclarée nécessaire, et à laquelle la commission s’associera. J’ai revu beaucoup de députés et, parmi eux, Albert Thomas, qui n’est pas fier de son parti et de la besogne faite depuis six mois... Il n’y a pas de nouvelles importantes du front. Clemenceau était à la Chambre. Il se dit confiant et satisfait.

JOURNAL d’aLEXANDRE RIBOT

l®*' mai 1918.

Je t’envoie un billet de Barthou. Tu verras qu’il ne ménage pas les épithètes (1) : il est tout à sa joie d’être académicien.

On attend l’offensive allemande qui tarde à se produire (2). Au quartier général allemand, l’empereur d’Autriche est obligé de promettre une obéissance encore plus complète aux ordres de son allié. C’est le résultat inévitable de la publication imprudente de sa lettre au prince Sixte.

Chaumeix est venu me voir. Il voulait savoir ce que je pense d’une action des Alliés en Russie. Il ne me semble pas que, pour le moment, nous ayons les moyens d’organiser une résistance à l’invasion allemande. Tout s’effrondre dans ce malheureux pays : il en est réduit à regarder les Allemands comme seuls capables de le tirer de l’anarchie. Quant à l’intervention japonaise, elle ne paraît pas vouloir s’exercer et, de ce côté encore, nous perdons une illusion.

16 mai 1918.

Le conseil de guerre a rendu son jugement. On s’attendait à la condamnation à mort de Duval et à des condamnations sévères contre ses complices. Pour M. Leymarie, on ne savait pas s’il ne serait pas acquitté ou s’il n’obtiendrait pas, en tout cas, le sursis (3). Cette condamnation

(1) « Je tiens à vous redire combien l’impression que vous avez produite a été profonde et unanime. Elle a dépassé ce que j’en attendais. Votre hauteur de vues, votre précision, votre force, votre tranquille bonne humeur et votre dignité ont rallié toutes les convictions. » Après audition du président du Conseil, la commission votait un ordre du jour déclarant qu’à aucun moment l’occasion ne s’était présentée pour la France de conclure une paix honorable.

(2) Le troisième effort allemand se portait sur l’Aisne le 27 mai.

(3) Le jugement du Conseil de guerre a été révisé, les reproches

LA FIN DE LA GUERRE

est d’un mauvais présage pour Malvy. On cherche une qualification qui permette de le condamner : après avoir tant excité l’opinion, on sent qu’un acquittement ne répond plus à l’attente du pays (1). Quelle sottise a faite Malvy de demander lui-même à être mis en accusation !

17 mai 1918.

La lettre de Charles a donné lieu à une discussion à la Chambre des communes. Balfour et Asquith ont été d’accord pour déclarer que l’Angleterre n’appuierait pas, si elle se produisait, une demande d’extension de l’Alsace- Lorraine jusqu’aux frontières de 1790 et de 1814 : voilà tout ce qu’a gagné Clemenceau en faisant tout ce bruit...

Il me semble que le ton des discours de Balfour et d’Asquith n’est pas tout à fait le même qu’ auparavant. On paraît plus disposé à causer avec nos ennemis. C’est pour ménager la partie de l’opinion anglaise qui voudrait qu’on pressât la conclusion de la paix. M. Runciman, qui a provoqué le débat, est l’ancien ministre du Board of trade du cabinet Asquith. Il a ce qu’on appellerait en France des tendances pacifistes.

La commission des Affaires étrangères du Sénat se réunit cet après-midi avec la commission de l’armée et la commission de la marine pour entendre le rapport de M. de Selves sur le dossier autrichien.

Nous aurons des interpellations à la Chambre sur le procès du Bonnet rouge : le commissaire du gouvernement sera mis sur la sellette...

Il paraît bien que le procureur général à la Haute Cour aurait décidé de demander une condamnation contre Malvy. Puis viendra le tour de Caillaux. S’il est jugé par un conseil

qn’on pouvait adresser à l’ancien directeur du cabinet du ministre de l’Intérieur étant d’ordre professionnel.

(1) Un des juges de la Haute Cour allait suggérer de condamner M. Malvy pour forfaiture à une peine de bannissement.

JOURNAL d’aLEXANDRE RIBOT

de guerre, il sera très probablement envoyé à Vincennes. Le gouvernement demandera-t-il au Sénat de le juger? Ce serait le plus vilain cadeau qu’il puisse faire au Sénat.

17 mai 1918.

La commission du Sénat s’est réunie. De Selves a conclu que j’avais été irréprochable. On est convenu de ne pas faire d’ordre du jour parce qu’il aurait fallu approuver Clemenceau, et qu’il y a dans la commission une forte tendance à le blâmer d’avoir soulevé cet incident.

7 juin. 1918.

Caillaux a écrit deux lettres au président de la Chambre et à la commission des poursuites pour se plaindre de la lenteur de l’instruction. Tout le monde commence à trouver qu’on cherche à retarder la décision. Il faudra bien que l’on prenne le parti de le déférer au conseil de guerre, de l’envoyer à la Haute Cour ou de le mettre en liberté. C’est un sérieux embarras pour le ministère, parce qu’il ne semble pas que la preuve des intelligences avec l’ennemi ait été faite. Attendons toutefois, avant de nous prononcer, que le rapporteur ait ouvert son dossier.

21 juin 1918.

A la Chambre on discute devant des banquettes vides le privilège de la Banque de France et on n’arrive pas à clore la discussion générale. Gela nous promet de beaux jours, quand il s’agira de créer des ressources pour payer les dépenses de la guerre.

24 juin 1918.

Voici la nouvelle de la défaite autrichienne (1) : elle peut être grosse de conséquence. Décidément la fortune nous revient. Dans la solitude de mon cabinet, je travaille àrelire

(1) Les Autrichiens avaient dû repasser la Piave.

LA FIN DE LA GUERRE

et à analyser les anciennes dépêches : je n’aime guère à remuer ces vieux papiers ; le présent et l’avenir sont trop poignants pour qu’on s’enferme volontiers dans le passé, ce passé fût-il d’hier.

Le Figaro a annoncé hier que le procès de Malvy allait s’ouvrir au commencement de juillet. Triste besogne pour le Sénat dont je serai heureusement dispensé !

9 juillet 1918.

On presse notre gouvernement d’intervenir en Russm. Mais si Wilson continue de s’opposer à ce que les Japonais entrent en Sibérie, je ne vois pas ce que nous pourrions faire. Si nous battons les Allemands en France, ils seront battus du même coup en Russie. C’est ici qu’est le danger et que sera, je l’espère, le coup décisif porté à la puissance militaire de l’Allemagne. Si Ludendorfl tarde à nous attaquer, c’est qu’il sent que la partie est grave à jouer et que, s’il la perd, c’est le commencement de la fin.

10 juillet 1918.

Clemenceau a reçu la visite de Kerenski. Il m’a dit que l’homme lui a paru des plus médiocres. On ne s’explique pas l’action qu’il a exercée en Russie. Il faudrait l’entendre parler en russe et à des foules.

11 juillet 1918.

Le nouveau ministre des Affaires étrangères d’Allemagne est l’homme du parti militaire (1). Kühlmann ayant échoué dans ses tentatives de paix avec l’Angleterre devait être abandonné par l’empereur. On va tendre tous les ressorts jusqu’à ce qu’ils se brisent.

Le moral de nos soldats est admirable. On attend l’ofîen-

(1) L’amiral de Hintze,

sive avec confiance. Elle ne se dessine pas encore. Sera-ce pour le 14 juillet (1)?

Note.

30 juillet 1918.

Pendant que nous attendions notre tour de déposer dans l’affaire Malvy, M. Briand et moi, nous avons causé de l’affaire qui nous a divisés en octobre dernier. M. Briand m’a dit qu’il persistait à croire que l’empereur d’Allemagne était disposé à céder l’Alsace-Lorraine à la France. L’Allemagne tient à ses intérêts économiques plus qu’à ses intérêts territoriaux :

— J’aurai bientôt, a ajouté M. Briand, une lettre du kronprinz qui confirmera mon allégation.

M. Briand ne m’a pas dit à qui cette lettre était adressée.

M. Briand m’a parlé de la lettre que M. de Broqueville lui a écrite pour l’engager à marcher de l’avant. M. de Broqueville disait, dans cette lettre, qu’il avait l’assentiment du roi. Il prétend que M. Poincaré, au mois de juin, l’avait engagé à poursuivre sa conversation avec Mme de Mérode.

4 octobre 1918.

Les Allemands reculent sur toute la ligne. Le territoire français sera peut-être libéré entièrement avant l’hiver. Mais dans quel état le retrouverons-nous? Lens et Armentières ont été évacuées hier. Ce sont deux villes ruinées. Il faudra des années pour remettre en état les mines de Lens. Quelle rage des Allemands d’appeler sur eux-mêmes de terribles représailles ! On va jouer à Berlin une sorte de comédie parlementaire pour essayer d’obtenir des négociations de paix... Mais qui croira à la sincérité de l’empereur et du parti militaire?

(1) L’attaque allemande du 15 juillet sur le front de Champagne échouait. Foch passait à l’offensive le 18.

LA FIN DE LA GUERRE

6 octobre 1918.

Nous avons eu ce matin le grand coup de théâtre qu’on nous faisait pressentir : l’Allemagne, l’Autriche et la Turquie demandent un armistice en offrant de négocier sur les bases indiquées par le président Wilson : l’armistice sera certainement refusé, et les trois gouvernements ennemis essayeront d’entraîner leurs peuples à continuer la résistance. L’Autriche et la Turquie sont trop à bout de souffle pour ne pas être obligées de fausser bientôt compagnie à l’Allemagne, et alors tout s’écroulera.

Si l’Allemagne n’avait pas été folle d’orgueil, elle n’aurait pas joué sa destinée sur la seule carte de la guerre sousmarine : elle eût tout fait pour empêcher les États-Unis de lui déclarer la guerre.

Si l’empereur n’avait pas été obligé de suivre les pangermanistes, il aurait pris, il y a quatre ans, le parti d’accorder à l’Alsace-Lorraine l’autonomie qu’on lui offre aujourd’hui, et, peut-être eût-il obtenu de l’Alsace-Lorraine qu’elle ratifiât par un plébiscite la nouvelle constitution. Aujourd’hui tout le monde sent que cette concession, arrachée par la défaite, n’est qu’un pas vers l’abandon total de l’Alsace-Lorraine.

La guerre n’est pas finie, mais nous en voyons le te’rme assez près de nous pour dire qu’elle s’achève comme nous avons pu le souhaiter. Il dépend surtout du président Wilson de hâter ou de retarder le dénouement (1).

(1) Le roi des Belges entrait bientôt à Ostende. M. de Gaifïier écrivait le 18 octobre à Alexandre Ribot :

« Après quatre ans d’épreuves nous approchons de l’heure de la délivrance. Nous la devons à l’héroïsme de l’armée et du peuple français, à la résistance énergique de la Belgique et à votre perspicacité. Je me rappellerai toujours qu’au moment le plus critique de la guerre — lors de la trahison russe — vous avez vu que de la meilleure foi du monde des patriotes sincères allaient tomber dans le piège allemand et dissocier l’Entente. »

mré-^

*■■<-■' ■ ■>' ef

■' / ji

' ïH. ’=•■* >-i"

■' ■■'“ , ■ ■ T . . Ji J :' . ■■*•; âLêîvr*-^

.•ft \

■ 'i.^»StK>f'. Sîi^ i:;ifî^‘S^\|iif^é^'%u’xi^ ^w 4 Crl ■ v'-o&i' 4:^^ 'tiilli|£>|:-l'ïXif,fl^

•If- i-.'w .*•. *-!^ <V '-.'» .Ù^V »r' ” ’ "

î'îîi'

'^‘f .’^ ''- * '*"■** ‘1' ■ i'Jiï '...;^W. /■i'-Tf il ‘.*tî'l

il'"' -r/vliiif^tf- ■■• ^ -*f'^tiÉ«»i«^

jS* •''iàsvy jiKîii^iii. ’i.i\^

‘im '

'ft("'' ■-

.■^ j*: j)-i-j ' > t» •■ «>«i--»'»?vtï!« r ./-w ^rV'5'aiVè Jlv'àrii,

.i!>’ïR*'.

«i’-j if

us‘ • > /*v ^r'ii‘‘ ^vîr. >*•'

*> >i/»Ji.'t«^ 'if.«‘-i4^ .^TUf^ô-*» '%h .4 1^

ti* l* ^ '*ï.-.<vt ■«‘fcirt; w t)i <st> -- 'riüi^r* 0.\

-îHi:^ijî^.f»f < >l/»Ji;t<<^ 'if.«‘-l^ .fS-TUf^ô- *»

U •■ ,/*'’^i ‘ tJJ^T

V,ff i’»)f ► 'i/Cl ' ^» • -

f\i')f ■' T'-îy^f < J'ii -' A‘ f‘<^ . -l^

-.c:. , I' .-HM; ;rl«

• '.J' J:ià’

viP»i

,'•.1 -• Ji

r rt. \ :m

:t;4; ■■ • V.JÏ.'''j*o»i -' ■■'.'Jv**® .J5:>iy

■ :' .îfe t ;?■!&!, Zi,,:-: -

âskiSi

LE TRAITÉ DE PAIX

7 décembre 1918.

J’ai vu Clemenceau à la commission des départements libérés, dont je suis le président. Il était très en train.

Il m’a parlé des difficultés qu’il a sur les bras. Il est plus facile de faire la guerre que de faire la paix. Il se plaint des Italiens qui se conduisent « comme des bandits ». A Fiume ils ont abattu le drapeau français et ils refusent à Franchet d’Esperey de se servir de Fiume comme base de ravitaillement. L’amiral qui commande à Fiume a déclaré qu’il consentait à recevoir les bateaux anglais mais non les bateaux français ; il a fait savoir publiquement que les Italiens n’abandonneraient jamais Fiume.

Sonnino est de mauvaise humeur. Il est congestionné, rit toujours en parlant et prononce un anglais dont Clemenceau ne comprend pas la moitié ni Lloyd George l’autre. Orlando, lui, n’a pas de volonté.

Clemenceau se plaint presque autant de Lloyd George. Les choses allaient mal entre eux à Versailles ; le voyage à Londres les a un peu adoucies...

L’Angleterre veut tout pour elle en Asie Mineure. Elle décide d’enlever à Franchet d’Esperey les divisions britanniques pour les porter en Asie. Lloyd George fait de la politique électorale : c’est ainsi qu’il a voulu que le kaiser fût poursuivi criminellement et qu’il veut demander

Page 1