LA QUESTION DE SALONIQUE
Anglais ne veulent pas envoyer un homme en Tliessalie : ils manoeuvrent pour rejeter sur nous toute la responsabilité ; je me refuse à soumettre leurs propositions au Conseil des ministres.
A 3 heures deuxième conférence : les Anglais apportent de nouvelles propositions; échange d’explications. Je mets le président de la République au courant ; il considère les propositions comme acceptables (1).
Nouvelles inquiétantes de Russie où on craint une rupture entre Kerenski et Milioukoff (2).
des forces britanniques, suivant la situation militaire. Le gouvernement anglais avait, d’ailleurs, pris, d’ores et déjà, la décision d’embarquer pour l’Égypte, à partir du 1®*’ juin, deux brigades de cavalerie et une division. De l’avis personnel du général Pétain, il n’existait pas entre les lignes actuellement occupées et l’ancien camp retranché de positions avantageuses permettant un raccourcissement important du front, à moins de s’appuyer sur la Grèce. Il était donc indispensable de régler, au préalable, la question greccpie : de manière à ne pas laisser les forces réduites de l’Entente aux prises avec la menace de l’armée grecque sur leurs derrières, tandis qu’elles seraient attaquées sur leur front par les Bulgares. Au point de vue militaire, la question grecque ne pouvait être résolue que par la mainmise simultanée sur la Thessalie et Athènes : une occupation limitée à la Thessalie ne donnait pas à l’armée d’Orient la sécurité absolue dont elle avait besoin sur ses derrières.
(1) Passant outre à l’opposition formelle du général Robertson et de l’amiral Jellicoe le gouvernement anglais consentait à remettre à plus tard l’examen de la « méthode à suivre » pour la réduction ultérieure des forces de Salonique. La conduite diplomatique en Grèce était confiée à un haut-commissaire français. Un contingent nominal de 500 hommes représenterait la participation anglaise à l’opération de Thessalie ; mais aucun autre appui militaire ou naval ne serait donné en cas de complication.
(2) Impuissant et isolé, c’est en ouvrant son journal que le ministre des Affaires étrangères de Russie avait appris, le 27 avril, que le gouvernement dont il faisait partie allait adresser une note aux Alliés sur les buts de guerre. La note de presse avait été dictée par le ministre de la Justice, M. Kerenski. Tous ses collègues, sauf deux, déclarait-il à Albert Thomas, étaient avec lui, tandis que M. Milioukoff disait de son côté : « Ils sont avec moi dans l’intimité ; mais, en séance, ils se prononcent pour lui. »
Le 2 mai, les cadets, qui avaient menacé de suivre le ministre des Affaires étrangères dans le cas où il serait obligé de donner sa démission, estimaient qu’ils avaient remporté la victoire puisqu’il n’y aurait ni conférence ni proposition de révision ; les socialistes-révolutionnaires n’étaient pas moins satisfaits, du fait que l’envoi d’une note
JOURNAL d’aLEXANDRE RIBOT
Dimanche 6 mai.
Un succès militaire sur le plateau de Craonne ; meilleures nouvelles de Pétrograd. L’opinion, nerveuse depuis l’offensive manquée, se ressaisira.
Agences de fausses nouvelles à Paris ; envoi d’informations falsifiées par la poste ; la police ne peut en découvrir les auteurs.
Au fond, situation sérieuse : l’Angleterre pressée de finir la guerre... Lloyd George m’a dit hier que si la Russie faisait défaut, il faudrait faire la paix avec l’Autriche en obligeant l’Italie à se contenter de peu.
On parle beaucoup des offres que ferait l’Autriche. Les allées et venues ne cessent pas en Suisse.
M. Barrère venait de rapporter, le 2 mai, que divers journaux italiens avaient relevé un article paru dans V Œuvre en faveur de la paix avec l’Autriche (1) :
« Je crois devoir signaler à Votre Excellence le très mauvais effet produit ici par cet article et les conséquences qu’aurait la répétition de pareilles publications. Elles n’aboutiraient à rien moins qu’à faire douter de la fidélité de l’opinion française aux engagements pris au nom du pays. »
M. Sonnino restait d’ailleurs convaincu que les amorçages de l’Autriche étaient tentés avec l’approbation de l’Allemagne et même à son instigation :
« C’est pour l’Allemagne le moyen de semer la discorde
avait été décidé. Remise le 3 mai, à Paris, par Isvolski, elle affirmait que jamais il n’était entré dans les vues de la Russie de chercher une paix séparée : elle était décidée à respecter strictement les accords conclus avec ses alliés et à poursuivre la guerre jusqu’à la victoire décisive. Mais, le même jour, à Pétrograd, la crise reprenait, aiguë. La note avait été mai accueillie par le soviet, et M. Kerenski regrettait la conciliation à laquelle il s’était prêté. Le 5, sur la publication d’une note explicative de M. Milioukofï, la crise paraissait conjurée.
(1 ) Un article de tête du 26 avril, signé « Un diplomate », était intitulé ; « Une paix séparée avec V Autriche est-elle possible? »