‹ Journal d'Alexandre Ribot et correspondances inédites 1914-1922Chapitre 7 sur 24 · AMORCES DE PAIX AUTRICHIENNES · texte numérisé non relu

AMORCES DE PAIX AUTRICHIENNES

tion des forces cléricales pour travailler à la paix, incliner notamment la France à négocier avec l’Autriche, et faire croire en Italie que des avances pacifiques autrichiennes rencontrent à Paris un terrain favorable. Malheureusement il arrive que des personnes venant de Paris laissent croire à l’existence d’un courant austrophile en France.

« L’invraisemblance de la communication que le Saint- Siège prétend avoir été faite au gouvernement italien par le gouvernement français saute aux yeux, mais je me réserve de signaler cette intrigue à M. Sonnino.

« Votre Excellence sait, par mes précédents télégrammes, que, simultanément au clan clérical, le clan neutraliste répand le bruit que la France est, de la part de l’Autriche, l’objet d’avances qui ne la laissent pas insensible. Le fait m’a encore été confirmé ces jours-ci de diverses sources, ce qui prouve la diffusion de cet injuste soupçon. »

M. Barrère revenait le 12 sur la propagation en Italie de nouvelles tendancieuses venues de Suisse :

(c II m’est revenu confidentiellement qu’un informateur du gouvernement italien a adressé de Suisse à la présidence du Conseil un rapport relatant que des émissaires autrichiens y poursuivaient leurs manèges en vue de la paix et étaient entrés en contact avec des agents français et anglais.

« Ce renseignement vaut ce qu’il vaut : mais il attire d’autant plus mon attention qu’un prélat français actuellement à Rome aurait donné à entendre qu’en Suisse on causait avec l’Autriche. Ces rapports et ces racontars peuvent n’être que l’écho des tentatives du comte Mensdorfî, ancien ambassadeur d’Autriche à Londres. Mais, s’ils parviennent au gouvernement italien, on peut tenir pour certain que les milieux pacifistes en font circuler de pareils dans le pays. Il y a donc le plus grand intérêt à ne prêter d’aucune manière le flanc aux soupçons qu’on cherche à propager ici sur les dispositions des Alliés. J’ajoute que, d’après les meilleures sources, la paix séparée avec l’Autriche est un sujet courant de conversation. »

Le 15 mai, M. Barrère était mis au courant d’un entretien que Viviani avait eu à Washington avec M, Lansing. Le secrétaire d’État s’était montré tenté par l’idée de « pousser à la

paix séparée de la Bulgarie et, si possible, de l’Autriche ». M, Barrère écrivait :

« M. Viviani l’a justement mis en garde contre la faculté illimitée de traîtrise du roi Ferdinand et de son gouvernement ; mais il serait utile aussi que M. Lansing fût mis en garde contre les avances de l’Autriche et détourné de céder à la tentation d’y répondre ou d’en provoquer.

« La recherche d’une entente avec l’Autriche offrirait plus de périls encore, et nous n’aurions pas plus de garanties que l’Autriche fût libre de se mouvoir, pas plus de garanties qu’elle fût sincère, que nous n’en n’aurions de la part de la Bulgarie. Nous nous exposerions, nous-mêmes, en outre, aux soupçons de paix séparée de la part de l’Italie. Il en résulterait pour notre alliance avec elle des conséquences funestes. On risquerait d’ébranler ou même de désagréger la coalition. Il serait chimérique de compter sur la possibilité d’amener l’Italie à sacrifier de bonne grâce ses aspirations nationales dont la satisfaction est subordonnée à la défaite de l’Autriche. Comme les autres Alliés, elle ne sacrifierait ses buts de guerre que devant l’impossibilité démontrée de vaincre. Tout essai de persuasion n’aboutirait qu’à éveiller chez elle une défiance dont les Alliés auraient à se repentir. L’idée de détacher l’Autriche de l’Allemagne avant de l’avoir réduite à subir la loi du vainqueur apparaît donc comme une utopie extrêmement dangereuse et incompatible avec la conservation de l’alliance italienne, sans parler de l’honneur. »

Si l’Italie s’attachait à la réalisation de ses aspirations nationales, la Russie, lasse de la guerre, était sur le point d’abandonner les siennes. Pourtant, si l’armée russe était malade, le général Broussilofî gardait encore foi et confiance : le tout, disait-il à Albert Thomas, le 11 mai, était de reconduire les Russes à un premier succès. Le général était d’autant plus résolu à l’offensive que sa situation militaire était excellente. Mais le Soviet s’en tenait toujours à sa formule de paix « sans annexion ni indemnité » et une crise gouvernementale se terminait, le 16 mai par l’éviction de M. Milioukofî. Les cadets gardaient une participation dans le gouvernement ; M. Kerenski devenait ministre de la Guerre et M. Terestchenko ministre des Affaires étrangères. L’ambassadeur d’Angleterre disait, le 17, à Albert

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