M IL AH ET TEHIN H
convenu ; elle a une petite société, reste chez elle et reçoit des visites journellement. Elle est tantôt aimable et tantôt très maussade; elle est extrêmement capricieuse; elle est quelquefois d'une hauteur extraordinaire et dans d'autres moments simple comme une particulière.
Nos princes élèvent une difficulté qui me parait déplacée. M. le comte d'Artois, comme gendre du roi et altesse royale, a suivi pour étiquette l'usage de la cour de Turin, mais H. le prince de Gondé, après avoir fait une politesse à H~* la princesse de Garignan, en lui rendant visite, voulait que H. le prince de Carignan vint le premier chez lui. Je crois bien qu'en toute autre circonstance on eût pu L'exiger, et Louis XIV n'y eût pas manqué. En ce moment cela met de l'aigreur et cela mécontente le pays. Nob princes finissent par faire la visite, laquelle leur est rendue sur-le-champ.
A notre arrivée & Turin, tous les ministres des cours étrangères ont passé à la porte des princes. Ils auraient pu laisser à leurs portes également les noms de comtes de Nanteuil, de Dammartin et de Saiat-Maur, chez tous les ministres, mais ils ne firent celte politesse qu'au principal et ils négligèrent les autres, ce qui mécontenta encore.
Le casia, qui n'est composé que de la noblesse du pays et où le roi et la reine de Naples, le comte et la comtesse du Nord, le roi de Suède, etc., ont eu l'attention d'aller, n'a pas encore eu l'honneur de la visite de nos princes, par la raison que, la famille royale n'y allant pas, M. le comte d'Artois ne veut pas y aller et qu'ils veulent régler leur conduite sur la sienne. Cela choque infiniment la grande noblesse de ce pays, d'autant plus que plusieurs ont eu l'attention de se présenter à la porte des princes sans en avoir reçu la moindre marque de politesse. Nous devons cependant nous souvenir tous, habitants de Paris, qu'ayant été rendre nos devoirs au comte Falkenslein (l'empereur Joseph II), au comte et à la comtesse du Nord, au comte de Haga (roi de Suède), au comte d'Oels le prince Henri de Prusse), ces grands personnages ont en l attention d'envoyer leurs billets à toutes nos portes. Ces gaucheries et cette circonspection déplacée sont peutêtre cause du peu d'accueil que nous font les piémontais
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TO JOURNAL d'ÉMICHATIOH
et je sais très positivement qu'on était très prévenu en faveur de M. le prince de Coudé, dont la réputation était ici bien établie. Plus on est grand et moins la hauteur est de saison, et moins vous avez de prétention, plus on est empressé à vous rendre ce qui vous est dû.
19 au 21 octobre, — Chaque courier nous apporte des nouvelles des plus intéressantes. Il paraît que M. le duc d'Orléans se trouve tellement inculpé dans les atrocités des K et 6 octobre, qu'il sera obligé de s'enfuir. — Un souper est une chose extraordinaire à Turin. A minuit on n'enlend plus rouler de voitures ; tout 1b monde est à peu près couché. Le prince Marsico, contre l'usage ordinaire, nous fait passer deux charmantes soirées, en réunissant une vingtaine de nos compatriotes allant voyager en Italie. Nous avons de la musique et des jolies femmes, dont est l'aimable M"* des Boulets.
29ocT0fiRB. ■ — Aujourd'hui grande chasse et retour à Moncalieri, où toute la cour se promène à la foire. C'est l'usage de tous les ans. Le roi soupe avec sa famille el tous nos princes. Le roi fait à tous la galanterie de quelques cadeaux de la foire. Après souper, il se trouve dans l'appartement plusieurs tables couvertes de bijoux de toutes espèces, montres, chaînes d'or, tabatières, étuis, et le roi donne à chacun ce qui parait lui faire plaisir et force nos princes à en user ainsi, de sorte qu'ils reviennent de Moncalieri les mains pleines de bijoux. Le duc d'Angouleine et le duc de Bcrry remplissent leurs poches, mais pas assez au gré de l'excellent grand-père, qui ne laisse échapper aucune occasion de témoigner sa tendresse à ses charmants et caressants petits-enfants. — Le comte d'Helmstatt, député, a aussi quitté l'Assemblée. 11 arrive ici avec Bon épouse, allant passer l'hiver à Pise. La comtesse Louis de Durfort, passe à Turin, allant à Florence rejoindre son mari, qui est ministre de France auprès du graud-duc.
30 bt 31 octobre. — On commence à revenir de ta campagne. Le casin est plus fréquenté, le théâtre mieux garni. On y voit un grand nombre de jolies femmes, mises avec
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MILAN tT TUBIN 71
soût et Élégance. Aussi les marchandes de modes sont nombreuses et M™ Berlin a ici deux filles de boutique avec un assortiment de chiffons les plus à la mode. La comtesse Diane de Polignao passe ici, allant à Rome rejoindre toute sa famille. M. de Sonville et son aimable épouse, Tenant de Suisse, séjournent ici allant passer l'hiver a Nice. La Suisse se meuble de Français. Il y en a beaucoup à Lausanne et a Genbve. Le baron de Breteuil, M"* de Matignon et toute leur suite sont établis & Boleure. U y a aussi une grande société française a Chambéry.
Novembre 1769. — 1" noyrubrk. — Aujourd'hui, jour de la Toussaint, l'usage du pays est de se réunir en famille, surtout dans la bourgeoisie, pour souper et manger des châtaignes. On suit encore ici les anciennes coutumes de ses pères. Je pense sérieusement à faire le voyage d'Italie et je fais mes préparatifs pour me mettre bientôt en route. D'après tout ce qui se passe en France, je ne doute pas que je ne retrouve encore tous nos princes à Turin, lorsque je reviendrai de ma tournée. D'ailleurs, s'il se passait quelque chose, on me promet de m'avertir. Je me munis de lettres de recommandation pour Gênes, pour Rome, pour Naples. J'y trouverai d'ailleurs un grand nombre de compatriotes. Je ne puis faire ce voyage dans une circonstance en cela plus heureuse.
2 au 4 novkubrb. — Les nouvelles que je reçois de mes terres sont moins alarmantes. Mon épouse et mes enfants paraissent y jouir de la tranquillité. Je laisse mon épouse maîtresse absolue de tout ce que je possède en France. Elle touche mes revenus, elle ordonne dans mes terres, elle a la liberté de changer d'habitation et de venir habiter dans ma terre du Forez, si elle éprouve des désagréments en Auvergne. Elle peut même sortir de France si elle est persécutée. Tout cela me tranquillise et me décide à mon voyage d'Italie. Je fais tous mes derniers arrangements. N'ayant pas de voiture, je prends le parti, usité en ce pays, de voyager en voiturins. On fait un marché pour être voiture, logé, nourri et défrayé sur sa route. Le fidèle Picard m'accompagne et je prends de plus Figaro que nous
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avons rencontré au Saint-Gothard. Il me prie de le mener jusqu'à Rome et me promet de m'ètre très utile en route pour les auberges, pour tous mes marchés, et de me servir d'interprète. Pour commencer, il me trouve un voiturin qui doit nous conduire de Turin à Gênes en quatre ou cinq jours, nous nourrir en route, nous défrayer dans les auberges moyennant trois louis. Je suis prévenu qu'en Italie il faut, pour éviter les difficultés, faire tous ses marchés par écrit et n'y rien changer que d'accord avec son conducteur. Il en est de même dans les auberges. 11 faut convenir de son prix avant d'y entrer, autrement on s'expose à être rançonné épouvantablement. Je me munis de livres et de cartes des différents États de l'Italie. Le voyage de M. de Lalande, en 7 volumes in-8°, est le meilleur ouvrage et se trouve ordinairement à Turin, mais pour les bonnes cartes il faut tâcher de les avoir de Paris. On trouve ordinairement dans chaque ville la description des curiosités qu'elle renferme. A Rome, on a tout ce qu'on peut désirer à cet égard. Il faut éviter autant que l'on peut d'avoir à toucher de l'argent chez les banquiers d'Italie. 11 en coûte infiniment cher et il faut autant que l'on peut emporter son argent avec soi. Les louis et les triples sequins sont la meilleure monnaie d'or que l'on puisse avoir : bien loin d'y perdre, on y gagne toujours; en monnaie d'argent, les écus de 6 livres de France et les piastres d'Espagne. Il faut cependant être recommandé à des banquiers et s'en servir pour ses lettres. C'est la seule manière de n'en pas perdre....
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CHÀPITKE IV
Jahtibr 1790. — Rome". — 11 serait trop long de décrire toutes les beautés que renferme l'église Saint-Pierre et je ne pourrais le faire que très imparfaitement. Elle reste ouverte tout le jour et on peut y entrer à toute heure. Le Pape y tient régulièrement tons les jours faire sa prière, à une heure après midi. C'est là que j'ai eu le plaisir de le voir pour la première fois. Pie VI est en son nom Braschi. Il est né à Césène, en Romagne, le 27 décembre 1717. Il a été cardinal le 26 avril 1773 et élu pape le 25 février 1775. Il est d'une belle taille, d'une figure superbe, mais commence à paraître cassé et traîne un peu cette belle jambe que l'on a tant vantée.
Il sort du Vatican, suivi de peu de monde, et vient l'abord se mettre à genoux sur un prie-dieu, au milieu de l'église. Il y reste environ une demi-heure et vient ensuite très humblement mettre sa tète sous le pied de la statue de bronze de saint Pierre, que l'on dit avoir été jadis celle de Jupiter Capitolin. C'est là que le Pape fait tontes les simagrées possibles. 11 s'humilie sous ce pied, le baise et le rebaise, raarniole quelques prières, lève les yeux au ciel cl, après avoir joué toutes ces momeries, il se retire pour
t. Parti de Turin le 4 novembre 1788, M. d'Eapinchal voyager en Italie pendut tout l'hiver, passa K Rome (4 an 19 janvier 1790). séjourna t Hiplii |K janvier an 15 mare), revint à Rome (mars et avril) et arriva le Unis V«nis« où il devait rester environ un moi*. Nom n'avons pu cm deioir reproduire ici tontes les descriptions des pays et des villes qu'il Inversa : nous nous sommes bornés à citer les passages donnant les indiatiuu le* pins intéressantes sur la vie à Rome, à Naples et a Venise.
! .11 y était arrivé le i janvier 1780.
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céder la place aux assistants qui se précipitent sur le pied pour le baiser après le Saint-Père. C'est un petit spectacle que l'on peut se procurer tous les jours à la même heure. Au surplus, c'est avec ce moyen et ces pratiques extérieures, qui nous paraissent superstitieuses, que l'on contient le peuple de Rome. Malheur aux souverains qui n'auront pas su conserver dans leurs Etats le respect du peuple pour les cérémonies religieuses en se faisant un devoir de les pratiquer eux-mêmes! Il faut au peuple une religion. C'est un frein nécessaire. S'il en perd l'habitude, les malheurs que nous éprouvons en sont l'inévitable suite... Je dtne chez le cardinal de Bernîs ' tous les deux jours et en nombreuse compagnie. Il continue à tenir un état énorme et à soutenir l'honneur de la nation. Sa table est ordinairement de 30 à 40 couverts. La chère est excellente et somptueuse. C'est le seul des ministres étrangers à Rome qui donne à manger. Sa maison est le rendez-vous de tous les personnages les plus marquants. Il fait exactement les honneurs de Borne à toute l'Europe. Les Anglais s'y regardent comme chez eux par la manière dont ils sont reçus. Il y a toujours des dames étrangères à ces dîners etsouventla princesse Santa Croce, habituellement escortée du cardinal Busca et du chevalier Azara, ministre de la cour d'Espagne, tous deux substituts du cardinal de Bernis auprès de cette vieille habitude. Le cardinal de Bernis jouit dans Rome de la plus grande considération. Il y a été longtemps au moins aussi puissant que le Pape, qui lui doit son exaltation et qui a pour lui les plus grandes déférences. Tous les vendredis, il y a grande conversation chez le cardinal de Bernis. Elle commence à six heures et finit à neuf et demie. Toute la noblesse de Rome y vient exactement et les cardinaux ont l'air d'y venir rendre leurs devoirs au maître de la maison. On sert à deux reprises différentes dans la soirée des rafraîchissements, des sucreries, des glaces de toutes espèces, avec la plus grande profusion. Rien n'est plus ennuyeux a la lougue que ces conversations. On ne joue pas. Les dames y sont rangées cérémonieusement autour des différentes pièces,