Ambassadeur de Franco k Rom
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Et les hommes causent au milieu de l'appartement. Les étrangères et surtout nos françaises en font le plus bel ornement, car il y a peu de jolies femmes dans la grande noblesse romaine. 11 n'en est pas de même dans la bourgeoisie, où le sombre des belles femmes est très considérable.
Le même jour, vendredi, après la conversation du cardinal Bernis, on en retrouve une autre au palais Borghèse, qui dure jusqu'à minuit. Même profusion de glaces. Un gourmand a de quoi se contenter. Les autres jours il y a ailleurs des conversations, excepté les jours de spectacle. Les théâtres ne sont ouverts à Rome que depuis le lendemain de Noël jusqu'au carême. 11 n'y en a pas le reste de l'année, ce qui rend la vie extrêmement triste. 11 v a plusieurs théâtres ouverts en même temps. Le grand théâtre d'Argentine est celui du grand opéra. La salle est vaste et d'une belle forme. 11 y a six rangs de loges. Avant que le spectacle commence, un grand lustre éclaire parfaitement la salle. Hais il disparaît au moment où la toile va se lever et ne reparaît qu'à la fin du spectacle. L'entrée du parterre est de 3 paules. Les loges se louent par différents particuliers pour tout le carnaval. On ne paye pas pour aller faire visite dans les loges. On y sert des places et rafraîchissements. Les corridors et les escaliers sont remplis de toute la valetaille, ce qui rend les abords de la salle d'une malpropreté dont on ne peut pas se faire idée. Pour sortir il n'y a ni foyer, ni vestibule. Toutes ces incommodités réunies rendent ie spectacle très désagréable. Quant à l'Opéra, il est absolument dans le même genre que celui dont j'ai été le Bpectateur à Florence, avec quelques désagréments de plus. Eu etfet, quel plaisir peut-on prendre à un opéra où l'on n'entend que des hommes et où les femmes sont bannies? Quelle illusion peut faire, par exemple, la mort de César en voyant le rôle de Marc-Antoine rempli par un castrato? Quelle jouissance peut-on avoir à un ballet lorsque la première danseuse est un garçon? Si l'on a craint de faire paraître de jolies actrices devant la foule de jeunes ecclésiastiques qui peuplent les théâtres, les moeurs y gagnent-elles davantage en voyant ces jeunes débauchés adresser leurs hommages à. ceux qui remplacent les objets que la nature
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nous indique? Bien n'est plus scandaleux que ce qui se passe à cet égard à Rome. Le principal rôle, celui de César, est rempli par le sieur Crescentini, célèbre soprano, que j'ai déjà entendu à Livourne. Lorsqu'une ariette plaît et est redemandée par le public, les chanteurs ne peuvent la recommencer qu'avec l'approbation et la permission du neveu du Pape. Dans quelque loge qu'il se trouve, il se montre en déployant son mouchoir, ce qui est le signe de son consentement, qu'il accorde presque toujours.
11 y a encore d'autres petits théâtres où l'on joue des comédies. Le billet d'entrée est d'un prix 1res médiocre. J'ai été quelquefois à l'Opéra, mais il m'a tant ennuyé que je m'en suis abstenu le plus qu'il m'a été possible. J'ai trouvé à tous égards préférable de passer mes soirées au milieu de la société de tous les étrangers qui, demeurant dans les mêmes quartiers aux environs de la place d'Espagne, se réunissent tous les soirs, surtout Anglais et Français. Les jeunes dames dansent, les plus Agées jouent et la soirée se passe très agréablement. H s'y trouve beaucoup de jolies femmes. On évite par ce moyen l'ennui des conversations romaines ou du fastidieux opéra.
Voici le nom des dames françaises en ce moment à Borne et se voyant entre elles : la duchesse de Polîgnac, la duchesse de Guiche, la comtesse Diane de Polignac, la comtesse de Polastron, la vicomtesse de Vaudreuil, la marquise de La Guiche, M™ de Migieu et ses filles, M"" de Chousy, M"' Bérenger, M" de Chamailles, M™ des Boulets, M™ do Champcenets et Mu' de Nivenheim, etc. ; en anglaises : milady EUiot et sa fille, deux demoiselles Gibbes, quatre demoiselles O-Gredy ; trois demoiselles Kutz, milady Ern, M"*** Brawn, etc., et plusieurs autres dont le nom ne me revient pas.
Avec une société aussi agréable nous ne pensons guère aux dames romaines, dont le nombre des jolies est infiniment petit dans la noblesse. Voici, à peu près, les dames du premier rang à Rome : la princesse Borghèse, sur le retour et ayant été galante et assez jolie. C'est la seule chez laquelle on trouve le soir souper et bonne compagnie. Le prince Borghèse est énormément riche, fait beaucoup de dépenses et fait travailler les artistes. La princesse
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Santa Croce, autrefois jolie et plus que galante, aujourd'hui vieille intrigante et ayant encore des prétentions. La priocesse Doria, sœur aînée de la princesse de Lamballe, laide, mais fort riche. La connétable Colonne, sœur cadette, Agée de 28 ans, peu jolie, très riche, d'une dévotion outrée, allant peu dans le monde; on prétend que tous les soirs, après la prière générale de la maison, le connétable et son épouse, h genoux l'un devant l'autre, se demandent pardon des sottises de la journée, auxquelles certainement personne n'a été tenté de participer. La princesse Lambertioi, point jolie, mais très bonne personne, accueillant les étrangers avec empressement, se chargeant de les présenter et, vu sa bonne volonté, accablée ordinairement de lettres de recommandation. La duchesse Corbara, grande et jolie mais sans grâce, montrant de grandes dispositions à la galanterie. La duchesse Braselii, épouse du neveu du Saint-Père, ayant été jolie, peu difficile actuellement sur le choix de ses amants. La princesse Thiano, jeune et assez jolie, et n'étant pas cruelle envers notre nation. La princesse Rospigliosi, beauté forte, traits à la romaine, absente depuis plusieurs années, revenant de ses voyages en France et déjà pourvue d'un prélat qui ne tardera pas à être décoré de la barette. La marquise Rondanini, irlandaise, se promenant tout le jour en calèche avec son époux, menant elle-même ses chevaux, mais se conformant le soir aux usages du pays en souffrant les attentions du duc Braschi, neveu du Pape. La marquise Vittoria Lepri, autrefois fort jolie et impudemment galante ; eu voici un trait : elle vivait assez pnbliquemenl avec le célèbre chanteur Marchesi, mais pour que le public n'en pût douter elle Gt faire des billets de visite représentant Léda recevant les caresses du cygne, et mit son nom au bas. J'ai vu un de ces billets.
Il y a encore quelques autres femmes dont je ne puis me rappeler, mais peu remarquables par leurs figures. La fraude noblesse n'est pas très considérable à Rome. La société est infiniment plus agréable dans la bourgeoisie mais il faut faire un long séjour en cette ville pour en connaître les agréments.
Os ne compte à Rome qu'environ se.pt mille ecclésias-
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tiques. J'ai peine & croire que le nombre en soit si peu considérable d'aprèB ce qu'on en rencontre en tous lieux et de toutes espèces. Il n'y a pas de maison où l'on ne trouve établi un moine ou un abbé. Il est vrai que ce dernier costume est presque généralement pris dans la bourgeoisie, même par des gens mariés. Tout ce qui entoure le Pape, les cardinaux, les prélats, porte le rabat et le manteau court. Cependant, à en juger par la conduite des vrais ecclésiastiques, il faut chercher à la dépopulation de Rome une autre cause que le célibat. On ne rencontre pas une femme sans un abbé. Les cardinaux, les monsignors en entretiennent assez publiquement. Si l'on veut trouver de la décence dans les moeurs, ce n'est point à Rome qu'il faut la chercher.
Quand on est recommandé à une dame, il eBt d'usage que ce soit elle qui se charge de vous présenter partout, mais à peine paraissez-vous à une porte ou dans une loge que le lendemain la « famiglia », les gens de la maison où votre nom, où votre personne ont paru, viennent vous demander la * buona mancia ». C'est une vexation dont on ne peut se dispenser. On en est quitte pour 3 paoli, au plus 5. Cela n'est pas cher, mais cela est souvent répété. Il faut également donner 3 paoli dans tous les palais que l'on visite. Il en coûte quelquefois moins dans les endroits de petite conséquence. C'est à votre valet de place, s'il est honnête, à vous avertir.
On compte à Rome et danâ les États du pape par scudi. L'écu romain vaut 10 paoli, le paoli 10 bajoques, etc... Le paoli vaut à peu près 10 sols 8 deniers de France. Le louis passe, en 1790, pour 43 paoli, la piastre d'Espagne pour 10 paoli. Le sequin romain, pièce d'or, vaut 21 paoli, 5 bajoques ; il y a des écus de S et 10 paoli, des pièces de 2, de 3 paoli et de 15 bajoques. Le ruspone ou triple sequin vaut 61 paoli 5 bajoques. Il y a à Borne du papiermonnaie qui a cours. Il faut tâcher d'éviter les payements en cédules. On réalise difficilement le papier en espèces et toujours il y a de la perte, tellement que l'on prend les louis pour 45 paoli, en les changeant contre des cédules.
La partie de la ville la plus habitée a assez de mouvement. On rencontre beaucoup de voitures. La grande rue, le Corso, est magnifique et la plus fréquentée. Il y a des
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trottoirs pour les piétons. L'aprfe a-dîner en cette saison, c'est te lieu de la promenade en voiture. En général, les mes sont belles et larges, mais malpropres en hiver. La nuit elles ne sont pas éclairées. L'usage n'est pas d'avoir des flambeaux derrière les voitures, mais chaque domestique a une lanterne. On assure que les cardinaux et les monsignors tiennent à cet usage qui favorise leurs allures nocturnes. Souvent les gens de pied qui ne se soucient pas d'être vus crient : « Volta la lanterna » a relui qui se fait éclairer. Les équipages ne sont pas généralement très brillants à Rome. Il faut en excepter cependant quelques princesses riches et élégantes. Les cardinaux ont pour les jours de cérémonie d'antiques voitures, comme les anciens carrosses d'entrée des ambassadeurs. Le carrosse de remise, qui est presque de nécessité à cause îles distances et pour toutes les courses du matin, se prend au mois, par jour, ou par partie du jour que l'on divise eu trois. Pour 6 paoli on a une voiture depuis 6 heures du soir jusqu'à onze.
Tons les étrangers logent ordinairement aux environs de la place d'Espagne, ainsi appelée parce que le palais du ministre de la cour d'Espagne y est situé et qu'il a la pouce de ce quartier. Les auberges soiit toutes dans le voisinage, ainsi que les hôtels garnis et une grande quantité d'appartements qui ne sont occupés que l'hiver et loués aux étrangers. Il y en a de très chers et de fort agréables, de 30 à 50 sequins par mois. Un garçon peut m loger très commodément pour 6 à 8 sequins par mois. La vie est à bon marché à Rome dans le courant de l'année, mais elle devient chère l'hiver. C'est la saison où les étrangers y abondent, surtout pendant la semaine sainte. Ou se fait servir à manger magnifiquement pour 10 paoli par tête et l'on est passablement pour 5 paoli. Le vin d'Italie est généralement mauvais et doux. Une « fiasco », qui cil plas considérable qu'une bouteille, vaut 15 bajoques au plus. Le vin d'Orriete est le meilleur. Le vin de France est très cher. Un bon valet de place, bien intelligent, coûte en hiver 5 paoli par jour. On le paye moins de 3 h reste de l'année. Le meilleur hôtel garni est chez Pio. On est bien aussi chez Sarmiente. Il y a table d'hôte à 5 paoli
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chez Damont. On y est mal nourri et souvent en mauvaise compagnie, surtout ou cette circonstance où tous les jeunes artistes sont d'une démocratie insolente.
11 y a une grande incommodité à Rome relativement à la poste aux lettres. Il y a un bureau différent pour chaque Etat de l'Europe, et ces bureaux sont très éloignés les uns des autres. La poste de France arrive le lundi et part l« mercredi. Le courrier met ordinairement de 14 à 15 jours de Paris à Rome et passe par Aix, s'embarque à Antibes, à moins de mauvais temps, autrement par la corniche jusqu'à Gênes. De là, à Levici, Pise et Sienne. On gagnerait quelques jours en passant le Hont-Cenis et traversant toute l'Italie, mais on a trouvé des difficultés à cause des différents Etats qu'il faut parcourir. On n'affranchit pas pour la France. — 11 n'y a de bains à Rome que près de la fontaine de Trévi. On y est très proprement, mais très chèrement. Gela coûte une piastre. 11 est bon de savoir qu'à Rome, à Naptes et dans toute l'Italie, on ne peut supporter les odeurs et qu'une personne qui en porte court le risque de faire tomber en pâmoison toutes les dames ou au moins de faire déserter toute une assemblée. Nos agréables musquées et ambrées ont peine à le concevoir et à se soumettre à cette "privation. On les fuit comme la peste. J'en ai été témoin plus d'une fois. Les dames mettent ordinairement peu de rouge, mais beaucoup font usage du blanc. Les mains sont en général bien soignées.
Le roi de France entretient à Rome uhe académie de peinture et de sculpture. 11 y a un directeur, qui est en ce moment le sieur Ménageot, peintre jouissant de quelque réputation. Le gouvernement a acheté pour cet établissement l'hôtel Mancini, appartenant au duc de Polignac. Des élèves distingués de Paris, envoyés à Rome pour se perfectionner, y sont logés et entretenus aux frais du Roi. Ce bienfait de la part de notre souverain n'empêche pas ces jeunes artistes d'être les apôtres zélés d'une révolution qui tend à détrôner celui qui les nourrit, qui les fait élever. Le scélérat David ne doit son existence et son talent qu'aux bienfaits du généreux monarque dont il se montre journellement l'ingrat persécuteur. M"" Le Brun loge à ï'aca-
lémie; elle y travaille avec zèle à acquitter sa dette envers la galerie de Florence. Je vais quelquefois la voir ; ..lit a la complaisance de me montrer son ouvrage. Elle >'esl peinte assise et occupée à faire le portrait de la Reine ,1e France, sa protectrice. Je n'ai pas vu de portrait plus j.'ràble et en même temps plus vrai que celui de M"* Le Brun. Elle ne s'y est pas flattée, mais a mis dans sa phy- Monomie tout l'esprit et tout le feu de l'artiste, occupée d'un ouvrage qui l'intéresse. Ce tableau sera certainement un des plus intéressants de la précieuse collection des jortraiia des peintres peints par eux-mêmes. Il attestera le talent de M"* Le Brun et en même temps sa reconnaissance. Le portrait de la Reine compris dans ce tableau ;cra également plein de grâce et très ressemblant. S" Le Brun jouit à Rome, comme artiste, d'une réputation [Jus grande qu'on ne l'en croyait susceptible avant qu'elle ï arrivât Son amabilité, ses talents agréables, sa charmante tournure, ses sentiments purs et prononcés, l'horreur qu'elle témoigne pour l'ingratitude de ses confrères, uut concourt à la faire rechercher des meilleures sociétés et à la faire traiter avec considération.
Je retrouve ici, avec le plus grand plaisir, M d'Aginrourt, homme aimable que j'avais autrefois connu à Paris. L'amour des arts lui a fait abandonner une place de fermier général pour venir s'établir à Rome, où il est depuis vbieurs années, occupé h un grand ouvrage qui sera extrêmement intéressant. C'est l'histoire dé l'art, traitée Uut-oup plus en grand que dans l'ouvrage de Winckelmann qui est si estimé et qu'il faut souvent consulter en Italie...
On trouve à Rome toutes sortes d'artistes très estimés. Volpalo est un excellent graveur; on a de lui des estampes superbes. Pickler est le plus estimé pour les pierres gravies et les camées. Canova et Maximilicn, bons sculpteurs. ùvacepi, sculpteur, a un magasin de statues d'après l'antique. Pacchetti, excellent restaurateur, travaille pour le muséum du Vatican. Rafaelli et Mora, pour les mosaïques. On vend chez Montagnani des dessins en miniature et eu couleur, des peintures de Rome, etc. Il se fait à Borne un grand commerce de perles fausses très estimées.
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On y trouve aussi des fleurs artificielles bien exécutées, des odeurs, etc. Tout cela se trouve chez Potri. Vasi tient un beau magasin d'estampes et de vues de Rome. Les différentes cartes de l'Etat se trouvent à la calcographie.
Il y a à Borne moins de filles publiques que de femmes qui font commerce de leurs charmes. Ce sont les maris, vêtus en abbés, qui se chargent de les conduire chez vous, et à peu de frais. On en trouve de grandes, faites à peindre, d'une belle figure, extrêmement complaisantes, mais infiniment peu sûres, et les blessures de l'amour sont ici très dangereuses et souvent inguérissables. On court même péril dans toutes les classes de la société, depuis les princesses jusqu'à celles qui pour un écu servent de modèle à l'académie. Les rendez-vous, les propositions se font dans les églises.
On compte à Rome environ 12000 Juifs. Il y a une grande quantité de pauvres. En Italie, et surtout à Rome, être mendiant est un état. On en voit s'entretenir des plaies dégoûtantes, pour inspirer la compassion. D'autres paraissent estropiés et augmentent les imperfections qu'ils tiennent de la nature. On ne peut guëre se dispenser de donner à certains qui sans cela vous accableraient d'invectives. J'en ai vu parlant bien français et d'une insolence menaçante. Tous ces gueux, le soir, se réunissent et dépensent au cabaret ce que la journée leur a procuré. Rien n'est plus commun que le vol en Italie, surtout à Rome et à Naples. Si on a l'imprudence de laisser traîner quelques bijoux dans son appartement, il est rare de ne pas le perdre, s'il est entré quelques gens du peuple chez vous. Il y a un quartier à Rome, situé de l'autre côté du Tibre, appelé Traastevere, dont les habitants prétendent être les seuls descendants des anciens romains. En effet, il semble qu'ils aient conservé dans la figure des traits caractéristiques qu'on ne voit pas ailleurs. Ils ont un physique plus mâle que le reste des romains actuels et se font toujours distinguer dans les émeutes. Même, on les redoute1...
1. Après un court séjour à Rome. M. d'Eapinctial on partit le 19 jutvier (790 et arriva,, le 31 janvier, à, Fiaplei, où il devait rester jusqn'nn
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Xaples. — Les rues ne sont pas éclairées, aussi tout le monde fait porter des flambeaux aux coureurs et aux domestiques. Gela est indispensable. Lee rues ne sont pas sûres la ouït et il n'est pas prudent d'y être à pied, passé naïf ou dix heures. Si la population est considérable, la misère y est extrême dans le bas peuple. II y a trente à garante mille lazzaroai journaliers, dont la plus grande partie couche au coin des rues et ignore comment se passera le lendemain. Quand un lazzarone a gagné quatre ou cinq sols pour avoir du macaroni pour sa journée, il ne s'inquiète plus du lendemain et ne travaille plus. Le roi est le protecteur des lazzaroni afin d'en être protégé à son tour, car ils font trembler le gouvernement. On les contient en favorisant leur paresse et ne les laissant pas manquer de pain ou de macaroni et de glace en été. Avec une pareille horde et une telle police, on craint à chaque instant d'être volé chez soi. Il n'est pas prudent de laisser •a clef à sa porte, ni même rien sur sa fenêtre à un étage peu élevé. On est filouté ici avec une adresse extraordinaire et sans aucun espoir de retrouver ce qu'on a perdu. Malgré cela, tout le monde se sert de lazzaroni et il n'y a [tas de maison qui n'en ait d'attitré.
La vie n'est pas chère à Naples en y faisant un long séjour. Od loue une maison pour l'année entière, le même prix que pour les trois mois d'hiver et de carnaval. En ce temps, tout est cher et on profite du passage et du séjour des étrangers, ici comme ailleurs. Au lieu de fiacres les places sont couvertes de petites voitures découvertes à quatre et surtout à deux roues. On s'en sert pour les courses dans la ville et aux environs et on va un train effrayant. Les petites voitures à deux roues, appelées sedia, sont attelées d'un cheval dont on vous laisse tenir les rênes. Mais le conducteur est derrière avec le fouet, et de la voix et du geste conduit son animal. On fait son marché suivant la distance et le temps. Ces voitures disparaissent a la nuit...
On est actuellement en plein carnaval. Après dîner, on • ommence à aller le dimanche se promener en voiture dans la me de Tolède. On y rencontre des masques à la nuit et des coureurs avec des flambeaux. Je fais quelques visites. Oo me présente chez M. Meuricoffre, banquier lyonnais, éta-
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bli à Naples depuis longtemps. Il a assemblée le dimanche. Ou y joue, on y danse, il s'y trouve de fort jolies personnes. Aujourd'hui ' le théâtre Saint-Charles est ouvert, mais il n'y a pas d'opéra. 11 y a bal masqué précédé d'un concert qui commence à huit heures. Pour y entrer, le masque est de nécessité. On est en bahute, le chapeau sur la tête, le masque sur la figure On peut le porter ai fort en diminutif qu'un nez seul suffit. Le billet pour le concert elle bal coûte 5 carlins (43 sots). Le concert finît à 10 heures. Alors on peut danser. Le théâtre Saint-Charles est te plus beau de l'Italie. La salle est immense, à six rangs de loges. Toutes les loges sont extérieurement revêtues de glaces, ce qui rend la salle éblouissante les jours de bal, où elle est entièrement illuminée d'une infinité de grosses bougies. Les loges sont grandes et spacieuses, tellement qu'où y soupe les jours de bal. Quelquefois de deux on n'en fait qu'une. Cela fait alors un 1res grand cabinet. L'ambassadeur de France a cet avantage pour tout le carnaval. Les jours de bal et d'opéra, il les paye en conséquence. On est tenu à garder son masque dans la salle, mais non dans les loges. La reine parut dans sa loge avec ses enfants pendant le concert. Elle ressemble beaucoup à la Reine de France, dont elle est l'alliée de trois ans et le parait de davantage; sa figure est plus grave. Elle est grosse en ce moment pour la dixième ou douzième fois, ce qui la fatigue et lui donne un air d'humeur. Le roi n'est1 point a la ville. 11 reste presque toute l'année à Caserle J où il satisfait son goût pour la chasse, ayant cette passion ' comme tous les Bourbons. 1
Indépendamment des Français voyageurs, il y en a beau -j| coup d'établis à Naples, dans les maisons de commerce, et parmi ceux-là l'esprit démocratique est dans toute sa force. Un masque dit assez haut à côté d'un de nos jeune) gens, eu regardant la reine : « Si je n'avais pas peul d'être chagriné, je mettrais ma cocarde nationale. » ffo| étourdis se mettent à toiser ce polisson qui, sentant qui ne faisait pas bon, se lève et veut se sauver dans le bal On le suit, il sort de la salle, s'enfuit, mais pas assez vit;