LA SAVOIE ET LA SUISSE
22 habs 1791. — Après un séjour d'environ neuf mois consécutifs à Turin, je quitte cette ville sans beaucoup de regrets, y ayant éprouvé Tort peu d' agrément par ta société, et connaissant par expérience l'ennui de l'été et les chaleurs insupportables de cette saison. Je fais marché avec un voiturin pour me conduire à Chambéry avec quatre chevaux sur ma voiture et me défrayer, moi, mon Bis et Picard, pour dîner, souper et coucher, ainsi que pour les frais de passage du Mont Genis, démontage et transport de ma voiture et de mes effets et montures pour traverser la montagne, moyennant dix louis...
Chambéry, du 26 luns ad 2 juin 1791 - — 26 au 30 habs. — Ma première visite à Chambéry est à M. le chevalier de Perron, gouverneur de la Savoie, lequel a reçu l'ordre du roi de faire partir tous les Français à cause de la dernière insurrection. Mais il ne parait pas très pressé de le faire mettre à exécution. Il me reçoit parfaitement, me donne même & dîner, ce qu'il n'a fait ici à presque personne, et me permet de louer un appartement pour un mois, ce qui me fait présumer que l'ordre n'est pas très rigoureux. Je retrouve ici beaucoup de mes compatriotes auvergnats, plusieurs de mes amis et un très grand nombre de gens de ma connaissance, soit de Paris, soit de la province et en général une société infiniment plus agréable pour nous que celle de Turin. II y avait, cet hiver, à Chambéry plus de 60 femmes françaises, dont beaucoup de fort jolies. Cela me donne du regret de n'y être pas venu plus (6t. Les
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personnes les plus marquantes de notre nation qui se trouvent présentement à Chambéry sont : l'archevêque de Paris, vivant très apostoliquement, avec peu de monde et avec la plus stricto économie. J'ai déjà parlé de ses vertus, mais en même temps de sa conduite faible et pusillanime à Versailles, lors de l'émeute qui avait pour objet de l'intimider et de le forcer à passer au tiers, ce qui arriva. M°" la princesse de Conti, chez laquelle on va avec plaisir, quoique sa société soit peu gaie, mais elle est si honnête pour tout le monde, si charitable, que chacun s'empresse à lui rendre ses devoirs. M"" la princesse de Conti, née 24 novembre 1731, est soeur du ducdeModène. Elle épousa, le 27 février 1759, M. le prince de Conti, alors comte de La Marche, lequel avait trois ans de moins qu'elle et avait toujours témoigné de la répugnance à ce mariage. Aussi, n'a-t-il jamais voulu habiter avec son épouse, dont il a Uni par se séparer après avoir demeuré très longtemps dans la même maison sans se voir. Cependant, ce prince n'a jamais pu faire le moindre reproche à M"' la princesse de Coati. Cette princesse, arrivant à la cour de France & l'âge de 27 ans, a toujours paru extrêmement réservée et n'a jamais témoigné de goût pour les plaisirs. Elle n'était ni jolie, ni agréable. L'air très noble, mais le maintien très grave. Elle paraissait tort peu à la cour et n'a jamais été mêlée dans aucune intrigue. Elle est d'une dévotion douce et en même temps exacte, très aimable dans l'intérieur de sa société. Le désir de la tranquillité l'a décidée à sortir de France au commencement des troubles, et elle est venue s'établir à Chambéry. Elle y vit honorablement, est très honnête envers tout le monde et fait autant de charités qu'elle peut. Son opinion est pure, ses principes excellents, mais elle a la faiblesse de garder auprès d'elle des valets connus pour être zélés démocrates. M°" la comtesse des Roches, M™ de Courson et le chevalier de Ravenel, composent toute la maison de M™ la princesse de Conti.
Nous avons encore à Chambéry : Mm* la princesse de Talmont et M°" la comtesse d'Argouges, sa mère; M"" la comtesse François d'Escars et M™ la comtesse de Ligny, sa mère ; Mra" la comtesse de La Massaye, sœur de MM. Douet
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